C’est par un texte de Francis-Benoît Cousté consacré à la musique* que nous inaugurons dans WUKALI une nouvelle rubrique qui présentera des contributions, des articles sur toutes sortes de sujets traitant aussi bien des arts, de l’histoire, des sciences humaines et des questions de société, comme aussi des sciences de la vie ou des sciences exactes dans une approche accessible, ou qui réagira par rapport à des événements faisant actualité et qui affectent l’opinion .

Nous souhaitons ainsi contribuer à bâtir une nouvelle Thélème, en imaginant et mettant à disposition et en ligne sur Wukali un lieu de réflexion et de partage, un espace de savoir, de diffusion de la connaissance, un lieu tribunicien de liberté et d’échange, d’étude et de dialogue voire de confrontation pour autant qu’elle est respectueuse. Une vision de la culture qui donne du sens à la vie pour servir la mémoire, la transmission et l’approfondissement des idées.

Ambition, utopie, absolument et nous assumons car le champ de la connaissance est infini tout comme la curiosité et le doute qu’elle génère et suscite, et avouer comme Montaigne nos manques, nos ignorances et nos lacunes est vertu tandis que vouloir les ignorer et ne pas chercher à savoir et à comprendre n’est que vice et stupidité et signe d’une débilité et d’une arriération mentale profonde fonctionnant comme des prolégomènes de la barbarie.

Pédantisme, certainement pas car le besoin d’analyses, de discernement et d’approfondissement est aujourd’hui plus que jamais nécessaire dans une société qui doute d’elle-même et dans un monde qui se transforme à vitesse vertigineuse sous nos yeux !

C’est pourquoi nous lançons un appel à contributions.

Que vous soyez artiste, enseignant, chercheur, étudiant, ou tout bonnement Homme de bonne volonté comme disait Jules Romain ou humaniste et « honnête homme » dans l’acceptation du terme du XVIIème siècle, nous partageons chacun la même soif de savoir avec curiosité et passion.

Alors, n’hésitez pas à nous écrire et à nous proposer vos articles :contact@wukali.com

Nous avons trouvé un nom pour cette rubrique de Wukali, elle se nommera AGORA, tout un programme n’est-ce-pas, et lisez tout de suite le premierr texte (juste au dessus de cet article), il a pour titre :«L’art est-il un avatar de la sexualité ?» , il est signé par Francis Benoît Cousté et saura vous intéresser.



PROLOGUE

Notre temps est paradoxal, passionnant, exaltant et parfois inquiétant car le chemin de la connaissance n’a jamais été une voie d’évidences.

Le plus grand chef d’oeuvre de toute l’histoire de l’humanité, la plus fantastique création, élaboration, construction, invention, production (quel que soit le mot qu’importe !) a vu le jour voila peu. C’est indubitablement ce système automatique déposé sur la planète Mars, ce laboratoire Curiosity, construit par la NASA et qui envoie aux scientifiques des images et des informations sur la « planète rouge ». Sublime prouesse scientifique, chef d’oeuvre du génie des hommes.

Et pourtant cet événement fabuleux, hors norme, ne fait que quelques rares entrefilets dans la presse alors qu’il est, excusez-moi du peu, transcendantal et sublimissime, et que nos contemporains, à de très rares exceptions près, s’en soucient comme d’une guigne !

Est-il besoin de souligner que Mars est éloigné de la Terre d’une distance variable entre 56 à 400 millions de kilomètres, rien que cela! ( C’est comme en amour à cette distance là on ne compte pas!) Le réel rejoint le virtuel et Cyrano aurait bien du mal aujourd’hui à séduire Roxane en parlant de la Lune !

Nous pourrions aussi de même manière affirmer qu’entre les silex magdaléniens d’il y a 20.000 ans et Curiosity il y a peu de différences, mais c’est un tout autre débat … !

Dans le même temps au sein de nos propres sociétés les différences d’éducation, de niveau social, de revenus ne font que croître entre individus, et que dire dès lors que l’on atteint quelques latitudes !

Nous sommes entrés dans l’économie de la connaissance, et si cette expression fait florès à juste titre dans le monde politique et académique,un très grand nombre de personnes que nous côtoyons au quotidien, n’en ont hélas pas pris conscience et vivent pour le coup, sur « une autre planète » ! Seule une entropie de la connaissance exprimée à travers tous les systèmes et courants de pensée et qui fasse l’objet d’un immense consensus politique notamment diffusé sur les media quels qu’ils soient permettra à nos sociétés de sortir du marasme économique, social et sociétal qu’elles subissent. La première pierre d’un tel édifice reposant fondamentalement (et cela dit sans pléonasme) sur les politiques de l’enseignement.

Un humaniste de la Renaissance Pic de la Mirandole (1463-1494) prétendait posséder tout le savoir du monde de son temps, impossible à vérifier mais il devait en savoir beaucoup.

Dans le Colloque national de la recherche initié par Jean-Pierre Chevènement en 1982 il fut souligné que vivaient à notre époque plus de 99% des chercheurs et scientifiques de toute l’histoire de l’humanité, allant d’Euclide et ses devanciers jusqu’aux spécialistes en blouses blanches de la Silicon Valley ou de la Cité scientifique du plateau de Saclay

Claude Levi-Strauss lors d’un entretien, vingt ans environ avant sa disparition, expliquait qu’au début de sa carrière il connaissait tout ce qui était écrit dans le monde entier sur le sujet de l’ethnologie , la science dont il fut le fondateur ; il ajoutait aussitôt dans un élan passionné :  » aujourd’hui il y en tant et tant de publications que je ne sais même pas ce qui s’écrit sur ce sujet en un seul mois ». C’est dire !

L’art qui fut ce creuset structurant de la civilisation a perdu sa dimension de coalescence, de fusion, de partage, source d’émotions et de plaisir, lien de transmission. Deux guerres au vingtième siècle ont broyé des millions de personnes. La vitesse de multiplication de l’information et du savoir progressent plus vite que le temps naturel de maturation de l’esprit humain. Et si pour passer des Anciens aux Modernes il fallait naguère finalement attendre que la génération des ainés s’éteignît, ou plus précisément que les jeunes prennent la place des pères, c’est à dire un intervalle de temps d’environ vingt-cinq à trente ans, la caducité et l’obsolescence des techniques et des modes vont encore plus vite que l’économie dans toute la polyvalence du terme.

Au XXème siècle, avec les deux guerres mondiales et leurs cortèges d’horreurs et les destructions de générations d’hommes (une guerre à peine terminée vingt ans après une autre guerre commence), la maturation artistique et psychologique sur l’art moderne n’a pas pu se faire car les médiateurs n’étaient plus là !

Parlez-vous de l’art d’aujourd’hui, de peinture ou de musique à Monsieur ou Madame Tout le monde, il n’est pas rare d’entendre citer parmi les artistes contemporains, Picasso ou Stravinski, ah bon ?!

La transmission n’a pas pu s’effectuer, les relais, les messagers, les systèmes d’éducation et de communication ont été soit inexistants ou déficients, la dichotomie entre le monde de l’art et les publics n’a eu de cesse de s’élargir.

L’art aujourd’hui est trop souvent considéré comme relevant de sectes et leurs orants jettent l’anathème à tous ceux qui demeurent interloqués par leurs productions. L’on mélange allègrement les discours dans une confusion mentale porteuse d’amertumes et d’incompréhensions. L’artiste pour la première fois peut-être de toute l’histoire de l’humanité est mis à l’écart du public, et la fusion indispensable à l’équilibre des deux a du mal à s’établir. La lecture et le livre, indispensables et vitaux pour la transmission du savoir, régressent alors que l’on n’a jamais autant publié de livres. Voila qu’apparait un nouveau mot, celui de « liseur », en opposition à « lecteur », c’est à dire celui qui lit ou survole sur une tablette (nouveau mot aussi), par opposition au lecteur passionné, boulimique et amoureux, celui lui dévore des pages de papier, avec éventuellement un crayon pour souligner à la main

Depuis des dizaines d’années les disciplines artistiques dans les collèges et lycées sont les parents pauvres de l’enseignement, et l’on ne parle même point de l’initiation artistique en primaire ! Les programmes, éternelle tarte à la crème, sont constamment remaniés. Tant et tant a été dit sur ce sujet qu’il ne nous semble point utile de développer plus avant, sauf sur un point! Il faudrait souffler à l’oreille de nos responsables qui cherchent désespérément les méthodes pour stimuler la machine, à défaut de réveiller mammouth surpris dans son permafrost, le dispositif suivant: Si l’on veut créer une émulation, un intérêt, un goût pour les enseignements artistiques il suffirait de doter chacun de ces enseignements d’un quotient élevé et qualifiant notamment pour le baccalauréat de sorte que les élèves ainsi stimulés et intéressés d’obtenir quelques points de plus pour l’examen donneront le « coup de collier » nécessaires et ces classe cesseront d’être ces lieux de chahut avec des professeurs impuissants et déconsidérés. Tellement simple, ne croyez-vous pas ?

Aujourd’hui la vitesse cybernétique de l’évolution des techniques (et des modes de société qu’elles induisent et génèrent) se déroulent en un laps de temps dérisoire de l’ordre parfois de quelques mois. Un ingénieur en informatique doit de façon permanente et quasi convulsive se mettre à niveau sinon son savoir deviendra très rapidement obsolète et sa qualification sera très rapidement dépassée. Il en va de même pour toutes les sciences. Qui plus est à l’intérieur de chacune d’entre elles co-existent des niches de connaissances spécifiques ultra spécialisées qui non seulement peuvent constituer à elles seules des disciplines très denses et structurées et que pourtant des spécialistes de très haut niveau de ces mêmes sciences, pourtant rigoureusement formés et instruits, ne maîtrisent pas, voire ne connaissent pas. De micro domaines deviennent essentiels, stratégiques, la spécialisation est sans fin.

Notre pays, la France, souffre de ces pesanteurs qui paralysent.

Au dix-neuvième siècle, un grand empereur japonais Mutsuhito connu sous le nom de Meiji transforma de fond en comble son pays, bouleversa la société, soumis les shogouns, et fit passer le Japon directement du Moyen-Âge à la modernité, sans heurts ni violence (ce qui ne fut pas le cas de nos révolutions nationales). De la langue, à l’architecture, de la vie quotidienne à la façon de s’habiller, du droit, ou en créant bien entendu des industries compétitives et stratégiques s’inspirant de ce qui se faisait alors de meilleur au monde aux Etats-Unis, en Grande Bretagne en Allemagne ou en France où Meiji avait envoyé des missi dominici , en qualifiant ses sujets par une politique dynamique de l’enseignement, bref toute une société, tout un peuple, tout un pays se sont mis en mouvement. Il est vrai que le confucianisme dans sa forme nippone le shintoïsme ainsi que le bouddhisme facilitèrent une telle évolution.

Autre pays, autres moeurs me direz-vous, éternelle théories des climats et des saisons chères à Montesquieu, peut-être, et quand bien même n’est-il pas grand temps de prendre de la hauteur pour se détacher peu à peu des emprises physiques de la nature et de l’instinct pour arriver à une ontologie de la condition humaine : ontologie de la reproduction, de la conception et de la production, ontologie du sens, de l’idéal et de l’art, forces de la lumière et de la vie, force de l’intelligence et de l’éducation dont nous sommes les héritiers et les usufruitiers.

Et si le mouvement constitue la manifestation de l’énergie, de la transformation, de la vie, de cet élan vital, de cette impulsion, de ce souffle, le sur place en est l’anti-thèse et des crispations de tous acabits prennent souvent la forme de la contestation corporatiste ou sectorielle pour préserver prés carrés ou petits privilèges. Peur irrationnelle de l’avenir, oui c’est aussi possible.

Les notions de temps et d’espace ont elles aussi changé, même si le chronomètre mesure de la même manière, que nous vivions à Romorantin, ou dans les steppes de l’Asie centrale.

Cependant… quand Marco Polo (1254_1324) partit avec ses oncles en Chine ou plus précisément à la Cour de Kubilaï, l’empereur mongol, l’expédition mis trois ans pour y parvenir. Plus tard quand Marco Polo deviendra ambassadeur au service de Kubilai, il avait besoin de pas moins de seize interprètes pour communiquer, chacun d’entre eux traduisant ce qu’avait dit dans une langue étrangère le précédent et traduisant à son tour pour l’interprète suivant qui etc. Aujourd’hui voyager en avion de l’europe vers la Chine ou le Japon peut être théoriquement effectué en 24 heures aller-retour, et Google est utilisé pour traduire (même mal et très approximativement ) d’une langue vers une autre !

Faisons-nous douce violence pour mettre nos neurones en état de marche et essayons de contribuer à élaborer une entropie de l’intelligence, de l’universel et du respect seule capable d’affronter les cauchemars de la nuit qui taraudent l’homme apeuré, affaibli et perdu.

C’est l’objectif même que nous poursuivons, c’est cette éthique du beau, du sensible et de l’intense, du dépassement de soi à travers la connaissance, cette dynamique que nous cherchons à faire valoir dans WUKALI, Agora accueillera ce collectif de pensées et de contributions dans la diversité des passions et des curiosités.

*Nous tenons tout particulièrement à remercier Francis Benoît Cousté dont nous publions son fantastique article intitulé« L’art est-il un avatar de la sexualité ?», et qui a bien voulu accepter que nous le publions dans cette première de notre AGORA.

Grand merci à tous

Pierre-Alain LÉVY

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