Urban musics and marketing


Non point une analyse détaillée, sociologique, culturelle ou scientifique sur le rap et le hip-hop en France ; on pourra regretter que le titre, certes accrocheur, n’est jamais validé par quelques chiffres, statistiques ou argumentaires convaincants. Non. Le rap est la musique préférée des français selon le directeur de la radio Skyrock, spécialiste – s’il en est – des courants musicaux « urbains » (rap, hip-hop, R&B, …).

Spécialiste dites-vous ? Et si en réalité le rap de Skyrock, cette musique préférée des français étaient en réalité une chimère, une illusion marketing fondée sur la sacro-sainte exception culturelle française ? Souvenez-vous, le 1er janvier 1996, le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, autorité de tutelle des chaines de TV et radio en France) fait appliquer une nouvelle loi qui impose la diffusion d’au « minimum 40% de chansons d’expression originale française ». Ainsi font, font, font les petites marionnettes, ainsi font, font, font, Skyrock diffusera du rap, français, original, blablabla. Un positionnement évidemment remarquable, le rap à la radio en cette fin des années 90 est quasiment inexistant, on pourra peut-être se souvenir de l’émission de Tabatha Cash (ancienne star du porno français lui aussi…), bien solitaire sur les ondes… Une métamorphose plus opportuniste qu’un réel choix de puriste ou d’amateur du genre. Début des tensions entre certains artistes et la radio, qu’ils qualifient d’illégitimes…


Laurent Bouneau (il nous le répète assez souvent dans le livre) est là pour trouver des « tubes », accrocher l’auditeur, le faire rester sur Skyrock. Sa méthode est bien rodée. Ecoute collective, collecte d’information auprès d’un panel d’auditeurs. Le choix, subjectif, est assumé par le programmateur et répond exclusivement à des contraintes commerciales. La messe est dite. Le divorce consommé entre certains artistes et la radio. L’autocongratulation de Laurent Bouneau sur sa méthode démontre à nouveau son génie pour faire de l’exception culturelle française une machine à auditeurs prêts et réceptifs à la publicité. Bravo pour la méthode, bravo pour le marketing, le reste…

Toutefois, soyons honnête, Skyrock a popularisé le rap en France. Il l’a fait entrer dans nos maisons, nos cours d’écoles, etc… Sans une radio comme Skyrock, le genre musical serait sans doute encore méconnu. Cela nous rappelle aussi l’importance d’un media radiophonique, même à l’heure d’Internet et du numérique. Oui les radios et leurs millions d’auditeurs, ciblés, restreints sur une fréquence donnée, dans un périmètre géographique déterminé sont des moyens de communications puissants. La publicité ne s’y trompe pas. Les ventes d’album des artistes diffusés sur Skyrock non plus !

Bref, en soit un récit qui nous livre le rapport de force entre un directeur d’une station de radio et des puristes (qu’il qualifie de « bornés »). Le rap n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Entre ceux qui préfèrent garder la culture dans un certain état de pureté et ceux qui souhaitent la voir s’ouvrir, s’émanciper au risque, il est vrai, qu’elle puisse se dénaturer.

Il n’en reste pas moins que le livre est à certain aspect un peu brouillon, on y trouve pêle-mêle, biographies des auteurs, histoire de la station Skyrock, récit des relations tumultueuses entre certains artistes et la radio. Il se termine par un éloge à Laurent Bouneau par Tonie Behar, son compagnon, comme si l’oscar de la programmation musicale devait lui revenir. C’est un peu dérangeant…

Le livre devrait plaire aux auditeurs de Skyrock et à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de cette radio, ainsi qu’à ceux, certainement moins nombreux, fascinés par Laurent Bouneau, sa vie, son œuvre…

Pierre Fruitier-Roth


Le rap est la musique préféré des français

Laurent Bouneau, Fif Tobossi

éditions Don Quichotte 19€90


WUKALI 04/12/2014


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