The ECB rescuing the Greek government


Le président de la Banque Centrale Européenne (BCE), Mario Draghi s’est mis dans une position qu’il a longtemps cherché à éviter : Celle du pilote dans la crise grecque. Une position où il a beaucoup à perdre et peu à gagner.

Vendredi 19 juin, la BCE a, à nouveau, augmenté le plafond de son assistance en liquidés d’urgence pour les banques grecques : un cordon de sécurité qui permet au système financier et au pays de se maintenir à flot depuis plusieurs mois.

Cette décision répond aux inquiétudes que pourraient déclencher une accélération de la sortie de dépôts de Grèce – problème qui a frappé le système bancaire depuis janvier – après l’échec des négociations, jeudi, au conseil des ministres des finances de la zone euros (Eurogroup) sur les oppositions entre la Grèce et ses créanciers.

La BCE avait déjà augmenté ce plafond de liquidités d’urgence de 1,1 milliards d’euros, l’établissant à environ 84 milliards d’euros, mercredi dernier. Il était de moins de 60 milliards d’euros en février.

Comme le bras-de-fer entre la Grèce et ses créanciers va de mal en pis, et que les soi-disantes « liquidités d’urgences » continuent d’affluer dans les banques grecques, la BCE se retrouvent exposée aux critiques visant à soutenir qu’elle finance indirectement un gouvernement aux bords de la faillite. Mais arrêter l’aide serait forcer le gouvernement à imposer des contrôles de capitaux, ce qui serait considéré comme la première étape vers une sortie progressive de l’euro.

D’un avis général, on a longtemps pensé que la Banque Centrale Européenne aurait attendu un signal politique des gouvernements (de la zone euro) avant de prendre une décision concernant les banques grecques. Mario Draghi a toujours insisté sur le fait que la BCE était une institution qui, au regard des traités et de son mandat, ne prend pas de décision politique.

La question est maintenant de savoir si Mario Draghi a le sentiment que les commentaires, violents, émis à la suite de l’échec de la rencontre des ministres des finances de la zone euro, jeudi, constituent un signal politique clair. Dans sa dernière décision, la BCE a autorisé aux banques grecques moins de 3,5 milliards d’’euros de fonds supplémentaires par rapport au montant total qu’elles avaient demandés. Un signe que Francfort a commencé à resserrer la vis.

Une remarque aurait fuité d’un officiel de la BCE, jeudi 18 juin, qui illustre bien le dilemme de Draghi. Benoit Coeuré, un membre du comité exécutif de la Banque Centrale Européenne aurait révélé aux ministres des finances de la zone euro qu’il n’était pas sûr que les banques grecques puissent ouvrir ce lundi.

Les clients des banques grecques semblaient restés remarquablement optimistes vendredi, en s’abstenant de se précipiter vers les distributeurs automatiques de billets en grand nombre. Certes, le niveau des retraits d’espèce est déjà élevé. Plus d’un milliard d’euros a été retiré des banques jeudi, selon Reuters ; portant le total à 3 milliards depuis le début de la semaine. Les banques estiment le total des retraits depuis le début de l’année à 30 milliards.

Et si cette remarque de Coeuré n’était pas juste une gaffe ?

La BCE peut penser que des rumeurs au sujet d’une crise des banques grecques, lundi matin, aideraient le Premier ministre Alexis Tsipras à se concentrer quand il rencontra d’autres dirigeants de la zone euro lors d’un sommet convoqué à la hâte, tard dans la journée de vendredi, par le président du Conseil européen, Donald Tusk.

« Ce n’est pas mon scénario principal, mais il est possible qu’ils aient voulu envoyer un avertissement » a déclaré Holger Schmieding, chef économiste de la banque d’investissement Berenberg. Les banques grecques ne peuvent pas continuer à se refinancer auprès de la Banque Centrale Européenne et dépendre de leur propre banque centrale nationale pour des financements d’urgences. La Banque Centrale Grecque a demandé une rallonge de 3,5 milliards d’euros vendredi, selon le journal grec Kathimerini, en plus du milliard octroyé plus tôt cette semaine. Le conseil des gouverneurs de la BCE peut refuser cette rallonge à la majorité qualifiée des deux-tiers.

La question est de savoir comment la BCE va autorisée la Banque Centrale de Grèce à augmenter le plafond des liquidités d’urgence. Normalement, ces liquidités d’urgence sont du ressort des banques centrales nationales et non de la BCE. En dernier recours des gouvernements nationaux.

Une faillite bancaire entrainerait indirectement un coût supplémentaire sur le budget national. Aggravant encore plus la situation de la Grèce. D’un autre côté, un ou deux milliards en plus ne changeraient pas grand chose à l’explosion du plafond des liquidités d’urgence, d’ores-et-déjà à plus de 84 milliards d’euros.

Le contrôle des capitaux : une boule à facettes

Les banques grecques sont en train de financer le gouvernement en achetant des bons du Trésor à court terme, sous le plafond des 15 milliards que la BCE a refusé d’augmenter. Et les banques ont été gravement atteintes par la détérioration rapide de l’économie grecque, les exposant à des prêts dangereux. Leur solvabilité est dans le viseur

La BCE peut prétendre que la solvabilité des banques grecques et du gouvernement est assurée jusqu’au 20 juillet, date à laquelle Athènes doit rembourser 3,2 milliards d’euros à la Banque Centrale Européenne.

« Si la Grèce ne peut pas remplir ses obligations, il sera impossible de continuer à verser des liquidités d’urgence » rapporte une source à la BCE. Même le non-remboursement des 1,6 milliards dus aux Fonds Monétaire International (FMI) qu’Athènes doit rembourser au 30 juin n’entrainerait pas une faillite immédiate. Le moment de vérité est celui du remboursement des prêts accordés par la Banque Centrale Européenne.

La fin de l’assistance en liquidités d’urgence ne laissera pas d’autre choix à la Grèce – afin d’endiguer le flux de dépôts – que de mettre en œuvre des contrôles de capitaux, coupant l’économie grecque du reste de la zone euro et forçant Athènes à prendre des mesures douloureuses qui seraient probablement beaucoup plus sévères qu’un accord avec ses créanciers. Une solution que le ministre des finances grecs, Yanis Varoufakis, a, à de nombreuses reprises, refusée. Mais la fin de l’assistance de la BCE sur les liquidités d’urgence ne lui laissera pas beaucoup de choix.

Le contrôle des capitaux se présente sous plusieurs formes et ce ne serait pas la première fois dans la zone d’euros : Chypre l’a mis en œuvre après son sauvetage financier en 2013 et l’a graduellement assoupli depuis. Mais Chypre a fait l’objet d’un accord consensuel entre les pays de la zone euro et son gouvernement l’a accepté.

Dans le cas de la Grèce, la mise en place de contrôles des capitaux qui suivrait la fin de l’assistance en liquidés d’urgence sont peu enclins à ouvrir la voie à une trêve entre Athènes et ses partenaires.

Donc, il est fort probable que la Banque Centrale Européenne va continuer son jeu jusqu’au 20 juillet afin de permettre au système bancaire et de crédit grecque d’exister ; à moins que les créanciers de la Grèce décident officiellement de stopper les négociations et de prendre leurs pertes.

Affaire à suivre…

Pierre Fruitier-Roth


WUKALI 21/06/2015
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