Gold fingers, an incredible enthusiasm shivering through the audience


Par Pétra Wauters, envoyée spéciale au festival de piano / «Montrez-moi vos mains !» C’est le titre du livre que le pianiste a écrit sur son métier et dans lequel il raconte sa vie de nomade musicien, et bien plus encore. Sorti en 2018 aux Editions Grasset. Cela aurait pu être aussi le sous-titre du concert de dimanche 19 août, tant ses belles mains aux doigts fins donnaient à voir !

On se souviendra longtemps de ce concert de clôture présenté par le musicologue et conférencier [**André Peyrègne*] qui nous donnait « en lever de rideau » de précieuses clés de lecture.

Parlons de la fin … au début ! Le concert s’est terminé dans un débordement de joie et d’allégresse ! On peut se dire que, s’il est recommandé de respecter les partitions et les compositeurs, on peut parfois offrir de la fantaisie et de l’humour à cette grande musique. Allez, laissons-nous porter par un peu de folie. C’est si gentiment proposé par l’excellent [**Alexandre Tharaud*]. D’autant plus que l’éternel jeune homme, quinquagénaire (incroyable mais vrai), nous composait ce bouquet final avec naturel, générosité, et spontanéité. Même si, on s’en doute un peu, ces bis devaient être prémédités… En tout cas, effet de surprise pour nous, et à voir la réaction du public debout, applaudissant à tout rompre le pianiste, on se dit que les friandises offertes en rappel ont été appréciées par le plus grand nombre. La sonate en ré mineur de [**Scarlatti*] est jouée dans un tempo peut-être étonnant, mais on adore, ne changez rien ! Toujours du même compositeur, qui colle si bien à la personnalité d’Alexandre Tharaud. Dans la sonate 481, le pianiste obtient des sonorités bien à lui, tout en se conformant au texte, et les rythmes sont surprenants pour une musique écrite pour clavecin. Il fait sonner son piano dans des nuances qui collent parfaitement à ces œuvres. On se dit, et tant pis si on n’est pas suivi par les esprits chagrins, que les pièces de Domenico Scarlatti autorisent bien des choses, toutes les interprétations, et le virtuose ne s’en prive pas.


Il a fait de même pour [**Beethoven*], au programme de la soirée. Et là, les avis étaient partagés. Et le nôtre mitigé aussi ma foi, même si entre la sonate n°30 en mi majeur, opus 109 et la sonate 31, en la bémol majeur opus 110, notre cœur balance et on ne sait plus sur « quel pied danser ».

Alexandre Tharaud en tout cas le sait, lui qui claque bruyamment des talons par moment, et use un tantinet trop des pédales. Il est vrai qu’il y a quelque chose du danseur dans sa façon de jouer. Toujours est-il qu’on peut se poser la question. Où est le Beethoven « Lion rebelle et fougueux ? Il apparaitra davantage peut-être dans la sonate 31 offerte en deuxième partie. Mais le premier Beethoven ainsi joué ne manque pas pour autant de charme. Il est souvent intériorisé, minimaliste, exécuté avec beaucoup de simplicité. On aime cette façon que le pianiste a de maintenir « le silence » quasi méditatif du bout de ses doigts, dans un final magistral. On songe encore au vibrato de ses mains qui tremblent soudain quand la musique se fait plus intense. On regarde ces paumes ouvertes parfois, comme données en offrande.

Dans les pièces de Clavecin de [**Couperin*], le musicien nous surprend encore, et opte pour un jeu aux accents lyriques. Dans les suites de Holdberg opus 40 de [**Grieg*], Alexandre Tharaud mène la danse dans des extraits rythmés comme la joyeuse « Gavotte » qui boucle cette partie du récital.

Et plus que jamais, on se pose des questions avec ce pianiste charismatique, humble et si vivant, qui fait corps avec les musiques qu’il interprète, quelles qu’elles soient. Ce sont toutes ces questions, sans frontière aucune, sur l’exécution d’une œuvre, sur son interprétation, sur l’émotion dans le jeu que l’on transmet, sur la liberté de réinventer ou pas, bref, au final, c’est tout cela qui est passionnant.

[**Pétra Wauters*]


Illustrations de l’article: photos ©Christophe Grémiot.


[**Festival de piano de La Roque d’Anthéron 2019*]

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Alexandre Tharaud « Montrez-moi vos mains ! »

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Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne le 20/08/2019

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