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Politique US et moralité

par Revue de presse

Voici un article qui traite de moralité et de politique dans la vision américaine qu’il nous a semblé utile de mettre en lumière. Il a été mis en ligne initialement par le Harvard Magazine, il s’agit de la relation d’une conférence. Son objet, un sujet de réflexion et de recherche en sciences politique de fond n’ayant point ( et c’est une chance) une incidence quelconque sur son actualité, bien que celle ci d’évidence ( et je pense à l’Afghanistan ou à la rupture de contrat des sous-marins de l’Australie avec la France) eût pu enrichir le débat. Morale et politique, une thématique qui taraude d’éternité la réflexion outre-Atlantique, il est vrai que les oppositions Rousseau- Voltaire sont elles bien françaises, sans parler ni de jansénisme ni des jésuites !
P-A L

Comment les présidents des États-Unis d’Amérique incorporent-ils la moralité dans les décisions impliquant l’intérêt national ? Des considérations morales expliquent pourquoi Truman, qui a autorisé l’utilisation d’armes nucléaires au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, a ensuite refusé la demande du général MacArthur de les utiliser en Chine pendant la guerre de Corée. Qu’est-ce que l’intelligence contextuelle, et comment explique-t-elle pourquoi G H W Bush est classé premier en politique étrangère, alors que G W Bush 43ème président des États-Unis est jugé défaillant ? Un président peut-il mentir au service de l’intérêt général ? Dans cet épisode, le professeur Joseph S. Nye examine ces questions alors qu’il explore le rôle de la moralité dans la prise de décision présidentielle de Franklin Delanoë Roosevelt à Donald Trump.

Jonathan Shaw : Bienvenue dans le podcast du Harvard magazine, « Demandez à un professeur de Harvard« . Dans une année d’élection présidentielle, le podcast de cette saison se concentrera sur les problèmes et les politiques auxquels sera confronté le 46e président lorsqu’il prendra ses fonctions. Je suis Jonathan Shaw. Nous passerons les heures de bureau d’aujourd’hui avec Joseph S. Nye, Jr., professeur de service distingué de l’Université et ancien doyen de la Kennedy School of Government de Harvard. Le professeur Nye a été secrétaire adjoint à la défense pour les affaires de sécurité internationale, président du conseil national du renseignement et sous-secrétaire d’État adjoint. Dans une récente enquête auprès d’universitaires en relations internationales, il a été classé comme le plus influent sur la politique étrangère américaine. Parmi ses nombreux livres, le plus récent est Do Morals Matter ? Présidents et politique étrangère de FDR à Trump. Oxford University Press. Bienvenue professeur Nye.

Joseph Nye : Content d’être ici.
Tout le monde sait que les dirigeants doivent parfois faire des choix difficiles compte tenu de la complexité et du paysage en constante évolution des relations internationales. Par où commencer pour évaluer le rôle de la moralité dans la politique étrangère présidentielle ?

Joseph Nye  La chose la plus importante est de réaliser que la morale compte. Il existe une sagesse conventionnelle selon laquelle les intérêts nationaux priment tout. Et puis les politiciens arrivent et saupoudrent un peu de moralité par ci par là comme cerise sur le gâteau, mais les intérêts cuisent le gâteau. Ce genre de point de vue cynique, je pense, est incorrect. Et si vous partagez ce point de vue, vous allez vous tromper dans l’histoire. Voila donc pourquoi l’une des choses que j’ai essayé de faire dans ce livre est de montrer qu’il y a des cas réels où les présidents ont agi différemment.

A cet égard, celui que je préfère est Harry Truman. Truman a largué la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki pour mettre fin à la Seconde Guerre mondiale. Mais lorsque Douglas MacArthur lui a demandé de larguer 25 bombes atomiques sur des villes chinoises après l’enlisement de la guerre de Corée en 1950, Truman a répondu que non, il n’allait pas le faire. C’était fondamentalement une décision morale. Les Soviétiques à ce moment-là n’avaient pas de dissuasion nucléaire contre nous. Ils avaient la bombe mais pas la capacité de lancer une attaque. Truman a juste dit qu’il ne pensait pas que c’était la bonne chose à faire de tuer tant de monde. Une telle décision impliquant femmes et enfants eut pour effet chez lui un choix singulier. Comme le monde serait différent aujourd’hui si les armes nucléaires étaient devenues des armes dites normales. Nous devons donc prendre la morale au sérieux.

Et lorsque vous évaluez un bon raisonnement moral, quelles sont les dimensions que vous regardez ?

Joseph Nye : Eh bien, trop souvent, les gens diront simplement : Oh, c’est un discours merveilleux. Il appelait aux droits de l’homme ou à la liberté ou quoi que ce soit d’autre. Et cela s’appelle parfois la clarté morale. Je pense que c’est une erreur. Fondamentalement, il y a trois dimensions à la moralité que nous utilisons tous nous-mêmes à peu près tous les jours. L’une est nos intentions, un second ce sont les moyens que nous utilisons, quant au troisième il s’agit des conséquences que nous en avons, ce que j’appelle la moralité 3D. La morale tridimensionnelle prend en compte ces trois éléments. Il ne suffit donc pas d’avoir de bons mots ou de bonnes intentions par la suite. La route proverbiale de l’enfer est pavée de bonnes intentions !

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George Bush au centre, Colin Powell à gauche, Donald Rumsfeld à droite

D’accord. Pourriez-vous nous expliquer chacune de ces trois dimensions avec des exemples de réussites et d’échecs notables ?

Joseph Nye : Eh bien, permettez-moi de vous citer le cas de George W. Bush qui a parlé de notre programme de liberté en Irak. Son ancien attaché de presse, Ari Fleischer, a déclaré qu’il fallait féliciter George W. Bush pour sa clarté morale. Eh bien, c’est une chose que de parle de la liberté et d’un programme de liberté apportant la démocratie en Irak. Mais si vous n’avez pas la capacité, c’est-à-dire les moyens de le faire, et que vous ne compreniez point le contexte permettant de le faire, vous pouvez provoquer alors un terrible gâchis immoral, qui coûte énormément en vies humaines et dispendieux en moyens financiers. Et ce fut un cas où il y eut une grande divergence entre les déclarations de George W. Bush, qui parfois bénéficiaient d’un éclairage moral, et ses conséquences, qui furent souvent, quand on regarde les séquelles de la guerre en Irak, hautement immorales.

Est-ce donc un cas de ce que vous décrivez dans votre livre comme l’intelligence contextuelle ?

Joseph Nye : C’est vrai. Je veux dire, le problème pour George W. Bush, juste pour s’en tenir à cet exemple, c’est qu’il n’a pas vraiment compris l‘Irak et l’idée que nous pouvions y entrer et créer par la force une démocratie fonctionnelle ou apporter la liberté au peuple irakien dans le sentiment que cela signifiait qu’il n’avait aucune idée du contexte. Tout cela eut pour conséquence objective qu’il fut des plus faciles pour l’armée américaine d’éliminer Saddam Hussein en six semaines comme nous l’avons fait, mais nous n’avions pas la capacité de construire une démocratie dans ce pays. Et dans cette attitude, nous avons ainsi contribué à stimuler la montée des mouvements terroristes dans la région, à la fois Al-Qaïda et l’État islamique. Ainsi, les effets négatifs d’une intelligence contextuelle inadéquate étaient des conséquences immorales.

Donald Trump est souvent mentionné pour avoir dit des mensonges, mais moins de gens savent que F-D Roosevelt a également menti, peut-être plus souvent qu’il ne le devrait. Diriez-vous que les mensonges qu’ils ont racontés sont différents d’un point de vue moral ?

Joseph Nye : Je pense que oui. Je veux dire, je parlais une fois à un chauffeur de taxi qui m’avait demandé ce que je pensais de Trump. Et je lui répondis que je ne pensais pas qu’il avait fait du bon travail. Ce à quoi le chauffeur de taxi me demanda pourquoi, je lui répondis « parce qu’il ment trop« . Et, le chauffeur de taxi de me répondre: « Tout le monde ment, et les politiciens tout particulièrement. » Bien. Il y a du vrai là-dedans. Je suppose que si nous regardons tous dans en nous, nous verrons que parfois nous avons dit des mensonges. Mais il y a une différence entre un mensonge, qui est égoïste et un mensonge qui est d’intérêt public. Franklin Roosevelt, célèbre à la veille de la Seconde Guerre mondiale, voulait entraîner les Américains dans la guerre contre Hitler, mais il s’est retrouvé à contrer une tendance isolationniste dans l’opinion publique.

Ainsi, lorsqu’un destroyer américain a en fait attaqué un sous-marin allemand dans l’Atlantique Nord, FDR a dit au peuple américain que le sous-marin allemand avait attaqué le destroyer américain ( Il s’agit en fait du destroyer américain USS Reuben James et c’était le 10 avril 1941 . Ndlr WUKALI). C’était un mensonge. Roosevelt ne le faisait pas pour son avantage personnel. Il le faisait essentiellement pour essayer de faire prendre conscience au peuple américain de la menace que Hitler représentait pour nous.

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Donald Trump. Photo USA Today

Maintenant, un mensonge est un mensonge, mais c’est un peu plus justifiable qu’un mensonge qui est purement pour votre avantage personnel. Si vous regardez le Washington Post qui a fait une vérification des faits ( fact-checking NDLR) sur le président Trump, ils ont découvert quelque chose comme plus de 10 000 mensonges au cours de ses trois années de mandat, mais ce n’est pas seulement le nombre qui est extraordinaire. C’est aussi que beaucoup d’entre eux sont égoïstes, qu’ils ne correspondent pas à l’intérêt public. Ils sont essentiellement pour la défense des ses propres intérêts. Et c’est l’une des choses qui sont ressorties des enquêtes de destitution (empeachment procédure NDLR) sur la situation en Ukraine, c’est-à-dire qu’une grande partie de ce qui se passait pour forcer les Ukrainiens à enquêter sur les Biden n’avait pour objet que l’intérêt personnel exclusif du président des États-Unis plutôt que l’intérêt national. C’est donc une différence entre ce que Roosevelt a fait, qui peut être débattu, mais aussi une très grande partie des 10 000 mensonges qui ont été attribués à un président Trump ont été dans la catégorie égoïste.

Maintenant, vous avez utilisé votre analyse tridimensionnelle pour examiner tous les présidents depuis 1945. Selon vous, quels sont ceux qui ont le plus réussi en termes de politique étrangère ? Et lesquels ont été les moins efficaces ?

Joseph Nye : Eh bien, si vous prenez les trois dimensions, j’ai classé George H. W. Bush, le premier Bush (nous l’appelons parfois Bush 41 en fonction du classement de sa présidence) tout en haut de l’échelle. Ainsi, Bush 41 a pu présider à la fin de la guerre froide sans qu’un coup de feu ne soit tiré. Et il a également pu repousser l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, en utilisant une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU et une force autorisée par l’ONU. L’époque pendant laquelle Il présida au destin des USA fut très chaotique avec d’énormes changements. Il a manoeuvré et tenu la barre dans cette confusion sans aucune catastrophe. Et on s’en est très bien sorti. Je le classe donc très haut. Tout en haut aussi, ceux que j’appelle les fondateurs, Roosevelt, Harry Truman et Dwight Eisenhower, qui ont bien compris que l’isolationnisme des États-Unis dans les années 1930 avait été une faute, ne permettant pas et échouant à préserver ou à créer un système international qui fonctionne de façon positive. Aussi ont ils ardemment souhaité pendant leur présidence après la deuxième guerre mondiale, lorsque les Américains étaient la puissance dominante, que nous créerions une structure internationale dans laquelle il serait possible d’avoir un ordre plus global et qui nous profiterait mais profiterait aussi à d’autres pays. J’ai donc classé Bush 41 et les trois fondateurs de ce qu’on appelle l’ordre international libéral, FDR, Truman et Eisenhower comme mes quatre premiers.

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Lyndon Johnson et J-F Kennedy. 1960

Et qui est en bas ?

Joseph Nye : Eh bien, je ne veux pas paraître trop négatif. Qui plus est le président actuel (l’interview a été réalisé avant l’élection de Joe Biden. NDLR Wukali), n’a pas terminé son mandat , il peut encore tirer un lapin du chapeau, cependant le dernier rang est occupé par Donald Trump, George W. Bush ( le fils, le 43ème dans l’ordre de présidence), mais aussi Lyndon Johnson, qui est responsable d’un tel gâchis avec la guerre du Vietnam, même s’il avait d’autres vertus sur le plan intérieur ! Sa politique étrangère le classe en bas. Richard Nixon quant à lui a fait de bonnes choses en politique étrangère, mais sa posture générale a contribué à ternir davantage la fin de la guerre du Vietnam lorsque 21 000 soldats américains sont morts ainsi que d’innombrables Vietnamiens sur une période qui a duré au mieux quelques mois. Je pense que ça le positionne pareillement tout en bas aussi. Voilà donc les quatre premiers et les quatre derniers, bien qu’il soit peut-être prématuré d’évaluer la politique étrangère de l’administration Trump.

Vous notez des différences significatives après 2016. Quels sont certains de ces changements ?

Joseph Nye : Eh bien, je pense que le plus important est que dans les 70 ans qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, chaque président américain a essentiellement essayé de préserver cet ordre international libéral dans lequel les Américains aident à fournir des biens publics mondiaux, des choses qui pourraient profiter à tout le monde, y compris nous-mêmes, mais d’autres pouvaient y participer. Et cela reposait également sur une structure d’alliances, l’OTAN, l’Alliance américano-japonaise, etc.

Trump a été le premier président depuis la Seconde Guerre mondiale qui ne se soucie pas le moins du monde de ces institutions internationales et qui met à mal ces alliances. C’est un grand changement. Je veux dire, quoi que vous puissiez dire à propos de Nixon ou Johnson ou de n’importe qui d’autre, ils soutenaient toujours cet ordre international libéral. Trump est le premier président qui lui a essentiellement tourné le dos.

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Signature des Accords de Camp David, 17 septembre 1978
Anouar el-Sadate et Menahem Begin, sous la médiation de Jimmy Carter

Pour en revenir au rôle de la moralité et de la prise de décision présidentielle, quel rôle la présidence Carter a-t-elle joué dans la promotion des droits de l’homme ?

Joseph Nye : Eh bien, dans ce domaine là, Jimmy Carter était assez unique. C’était un chrétien repenti, un enfant de Dieu ( en anglais: a born again NDLR WUKALI ) qui enseignait même à l’école du dimanche lorsqu’il était Président à la Maison Blanche. Et il était très attaché aux droits de l’homme. Ainsi, à la rhétorique d’usage sur les droits de l’homme, pour Carter, c’était une priorité. Il a donc nommé un Secrétaire adjoint aux droits de l’homme au département d’État, Pat Darien, et il a demandé au personnel du Conseil de sécurité nationale et au secrétaire d’État Cyrus Vance de faire plus sur les droits de l’homme. Et ils l’ont fait.

Je me souviens notamment, quand je servais alors dans le département d’État, être allé avec Vance en Argentine où Carter avait vivement critiqué la junte militaire au pouvoir sur la question des droits de l’homme. Nous avions été reçus et traités très froidement par l’Armée argentine une fois arrivés là-bas. Je suis retourné en Argentine en tant que professeur à Harvard deux décennies plus tard, et la chaleur des sentiments envers l’Amérique était assez extraordinaire. Je me suis alors dit, comment peut-il y avoir un tel changement? Ils ont dit, parce que les gens dont on arrachait les ongles quand vous étiez ici avant sont maintenant au pouvoir aujourd’hui.

Jonathan Shaw : Waouh. Comment la boussole morale de Ronald Reagan a-t-elle guidé ses décisions concernant la non-prolifération nucléaire ?

Joseph Nye : Eh bien, Reagan était un grand rhéteur et très capable de simplifier parfois plutôt que de simplifier les problèmes, mais en expliquant très clairement ce qu’était la moralité. Et beaucoup de gens pensent que c’est ce qui a mis fin à la guerre froide. Mais le point intéressant est que Reagan savait aussi négocier et il a vu en Mikhaïl Gorbatchev, quelqu’un avec qui il pouvait travailler et sa capacité à rencontrer Gorbatchev à mi-chemin pour négocier pour établir un cadre était en fait aussi importante que sa soi-disant clarté morale.

Jonathan Shaw : Vous avez parlé de l’importance du soft power par rapport au hard power, comme la force militaire ou les sanctions économiques. Quel rôle la morale a-t-elle joué dans le soft power ?

Joseph Nye : Eh bien, le soft power c’est la capacité d’obtenir ce que vous voulez par l’attraction plutôt que par la coercition ou la force. Et dans la mesure où vous pouvez utiliser la puissance douce, vous pouvez économiser sur l’utilisation de la puissance militaire ou économique dure. Il s’agit essentiellement d’utiliser du miel au lieu de carottes et de bâtons et cela donne aux autres une plus grande chance de participer. Si vous utilisez la force dure – si je sors une arme et menace de vous tirer dessus si vous ne me donnez pas votre argent – ​​ce que vous pensez n’a pas d’importance du tout. Si j’essayais de vous persuader de me donner votre argent, je pourrais encore vous induire en erreur, mais vous avez beaucoup à dire sur le résultat. Donc je pense que vous pouvez faire valoir que le soft power permet plus de choix moraux, pas toujours cependant. Il peut être abusé, détourné et mal utilisé, mais les présidents qui ne pensent qu’en termes de bombes et de balles ou de sanctions économiques se méprennent sur l’importance du soft power et son rôle dans la moralité.

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Le président américain Richard Nixon trinque avec le premier ministre chinois Zhou Enlai lors de sa visite en Chine, en février 1972.
Photo : Getty Images / AFP

Jonathan Shaw : La morale elle-même peut-elle être attractive ?

Joseph Nye : Absolument. Oui. Non, absolument ! Je veux dire que la réputation de l’Amérique de protéger les droits de l’homme et de défendre les libertés individuelles est une grande source de soft power et d’attraction dans le reste du monde. Les gens se plaignent de la façon dont nous allons rivaliser avec une Chine autoritaire, qui est si efficace. Je pense que nous pouvons rivaliser, mais l’un des domaines dans lesquels nous serons en compétition est le fait que les gens préfèrent voir une société ouverte plutôt qu’une société dans laquelle des millions de personnes sont enfermées comme à Shin Jong dans les camps de détention.

Jonathan Shaw : Exact. Vous avez mentionné que l’administration Trump était moins intéressée par le maintien des institutions internationales. La moralité est-elle un élément clé de la participation des États-Unis à ces institutions ? Oui, je pense que oui. Essentiellement, lorsque vous devez travailler avec d’autres et négocier avec d’autres, vous permettez aux autres d’avoir une certaine voix. Cela ne veut pas dire que vous ne poursuivez pas votre intérêt, mais il y a une différence entre trois comme America first, ce qui signifie que ce n’est que mon intérêt personnel et une phrase qui dit en quelque sorte, vous savez, l’Amérique dans un intérêt mondial plus large. Et je pense que ces institutions, que ce soit l’ONU ou l’OTAN ou ainsi de suite, permettent aux autres de s’exprimer.

Joseph Nye : Oui, je le pense. Essentiellement, lorsque vous devez travailler avec d’autres et négocier avec d’autres, vous permettez aux autres d’avoir une certaine voix. Cela ne veut pas dire que vous ne poursuivez pas votre intérêt, mais il y a une différence entre une phrase comme America first, qui signifie que ce n’est que mon intérêt personnel, et une phrase qui dit en quelque sorte, vous savez, l’Amérique dans un intérêt mondial plus large. Et je pense que ces institutions, que ce soit l’ONU ou l’OTAN ou ainsi de suite, permettent aux autres de s’exprimer. Il permet aux autres de participer. Ainsi, le slogan L’Amérique d’abord, pur et simple, a en quelque sorte la connotation que tout le monde est subalterne. D’un autre côté, si vous faites d’abord l’Amérique dans le cadre d’une institution où d’autres ont une voix et la capacité de participer, alors cela n’a pas ce côté dur.

Jonathan Shaw : Vous prédisez qu’à l’avenir, il y aura plus de cas où le pouvoir américain sera exercé en coopération avec d’autres nations. Diriez-vous que cela est dû en partie à la nature transnationale de problèmes tels que le changement climatique, la cybersécurité et le contrôle des pandémies ?

Joseph Nye : Oui. Je veux dire, il y a beaucoup de problèmes maintenant qui échappent au contrôle des gouvernements. Ceux que vous venez de citer en sont de parfaits exemples. Aucun gouvernement ne peut gérer seul ces problèmes. Il faudra de la coopération. Par exemple, aujourd’hui sur le changement climatique, qui est, je pense, un problème majeur que nous devons régler avec la Chine, c’est le plus grand émetteur de CO2 au monde, et donc nous pouvons avoir une politique parfaite chez nous et si les Chinois ne coopèrent pas , ça ne sert à rien. D’un autre côté, nous et les Chinois sommes ensemble les deux plus gros pollueurs. Si nous pouvons conclure des accords avec les Chinois dans le cadre de l’accord de Paris et travailler avec eux, alors nous pourrons commencer à avoir une discussion sérieuse sur le problème de la décarbonisation de nos économies. Et je pense à l’administration Obama, et l’une des choses intéressantes à voir les progrès qu’Obama et Shujing ping ont fait depuis la conférence des Nations Unies à Copenhague en 2009 où nous et les Chinois étions en désaccord avec les accords de Paris sur le climat en 2015 où nous et les Les chinois avaient des positions similaires. 

Je pense donc que c’est un exemple où vous pensez au pouvoir avec un autre pays, pas seulement au pouvoir sur un autre pays.

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Le Président Obama et Joe Biden devant les troupes américaines en Afghanistan. 2017.
Photo Daily Beast

Jonathan Shaw : Qu’en est-il de la montée en puissance militaire et économique d’autres nations comme la Chine ? Comment les États-Unis devraient-ils réagir au rôle croissant de la Chine dans les affaires internationales ?

Joseph Nye : Eh bien, la montée en puissance de la Chine va être, ou est déjà l’un des faits majeurs du 21ème siècle. Et si nous nous trompons, nous nous retrouvons avec quelque chose comme la montée de l’Allemagne, euh, qui a été perçue comme une menace par l’Angleterre au début du 20ème siècle et qui a conduit à la Première Guerre mondiale. Ce sera donc un désastre ou un résultat hautement immoral. Nous devons donc déterminer comment travaillez-vous avec la Chine, équilibrez la puissance chinoise, par opposition à la Chine sur des choses où ils font essentiellement pencher la balance ou essaient de faire pencher le terrain de jeu en leur faveur et en même temps être en mesure de travailler avec eux quand c’est dans notre intérêt à tous les deux. J’appelle cela non seulement une compétition stratégique, mais une compétition stratégique coopérative. Nous devons prêter attention à la fois aux aspects de compétition et de coopération. Cela signifie donc que nous pouvons nous opposer aux efforts de la Chine pour étendre sa juridiction dans la mer de Chine méridionale en organisant des opérations de liberté de navigation navale, ce que nous faisons. Et en même temps travailler avec la Chine sur le climat. Et je pense que les États-Unis, quel que soit le président, euh, après Trump, que ce soit un républicain modéré ou un démocrate, rejoindront probablement les accords de Paris sur le climat. Et dans ce contexte, nous travaillerons avec la Chine sur cette question tout en nous opposant à la Chine sur d’autres questions. Et l’un des problèmes sur lesquels nous continuerons probablement à avoir de l’opposition concerne les domaines technologiques qui affectent la sécurité nationale. Par exemple, le problème de ne pas permettre à Huawei ou à d’autres entreprises chinoises de construire la prochaine génération de technologie de télécommunications, dite 5g, cinquième génération. Il y aura donc des zones de différence, des zones de coopération. Et la question est de savoir si le peuple américain peut apprendre à marcher et à mâcher du chewing-gum en même temps. Nous comprenons une politique où ce n’est pas une nouvelle guerre froide, mais c’est un domaine. Y aura-t-il à la fois une compétition stratégique et une relation de coopération ?

Jonathan Shaw : Quel est, selon vous, le plus grand défi auquel sont confrontés les futurs présidents dans leurs décisions de politique étrangère ? Est-ce le risque de réagir de manière excessive à la montée en puissance de la Chine ou quelque chose comme ça ?

Joseph Nye : Eh bien, si nous réagissons de manière excessive à la Chine et suivons ces projections selon lesquelles nous nous retrouverons dans une nouvelle guerre froide avec la Chine, cela aurait, je pense, des effets très négatifs pour nous et pour le monde. Ainsi, une menace majeure pour un 21e siècle pacifique et plus moral est l’incapacité à gérer les relations avec la Chine de manière appropriée. Mais un autre est l’incapacité à accepter ces nouveaux problèmes transnationaux où vous ne parlez que du changement climatique est réel. Nous devons faire quelque chose à ce sujet. La cybersécurité est un enjeu majeur. Comment allons-nous gérer l’intelligence artificielle dans la manière dont elle affecte nos relations, non seulement en matière d’emploi, mais également militaires ? Il y a toutes sortes de problèmes dans lesquels un président va devoir développer son intelligence contextuelle de manière beaucoup plus complexe que ce que nous avons vu dans le passé si nous voulons avoir un bon résultat pour notre politique étrangère. .

Jonathan Shaw : Merveilleux. Je vous remercie d’être venus aujourd’hui.

Article publié dans Harvard Magazine (03-02-2020)
Traduction, adaptation et Illustrations choisies par WUKALI

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