Clouet château de Chantilly
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Des Clouet, d’exceptionnels portraits des enfants royaux au château de Chantilly

par Pierre-Alain Lévy

Pour la première fois, sans doute depuis le XVIe siècle, frères et soeurs se retrouvent. Les tableaux de François Clouet (1520-1572 ) jamais exposés jusqu’ici, représentant Madeleine et Charles de France, retrouvent celui de leur frère, Henri, futur Henri II, tous restaurés pour l’occasion. Sur les cimaises du cabinet des dessins du château de Chantilly les portraits somptueux de Jean Clouet d’une exceptionnelle densité, en une mot une rare exposition des Clouet à voir du 4 juin au 22 octobre 2022 dans le château du duc d’Aumale près de Paris

Peu de choses ont filtré sur la vie des Clouet, l’historien d’art Michel Melot dans l’Encyclopédia universaliste parle ainsi de Jean, le père:

Peintre officiel de François Ier, Jean Clouet figure parmi les valets de chambre du roi à partir de 1516, sous les ordres de ses confrères Jean Perréal et Jean Bourdichon. D’origine flamande, il apporta un nouveau style à la peinture de portraits d’apparat en pratiquant, outre la miniature traditionnelle (on lui attribue certaines des peintures des Commentaires de la Guerre gallique, 3 vol. ; vol. I : British Museum ; vol. II : Bibl. nat., Paris ; vol. III, musée Condé, Chantilly), le tableau de chevalet exécuté d’après un dessin au crayon, selon le goût des peintres du Nord (Bernard van Orley, Joos van Cleve). On sait fort peu de choses sur sa carrière : il travailla à Paris et à Tours où il épousa la fille d’un orfèvre, mais il est devenu populaire très tôt au point qu’on lui a attribué presque tous les portraits français du début du XVIe siècle.

Des deux seuls tableaux de lui attestés par des textes, l’un n’est connu que par une gravure (Oronce Finé), l’autre par une réplique conservée au musée de Versailles (Guillaume Budé). Mais la célébrité de Jean Clouet vient du groupe de 130 dessins du musée Condé à Chantilly à partir desquels les érudits se sont livrés à un jeu savant d’attributions.

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Certains de ces dessins semblent en effet des préparations pour des peintures : ils sont annotés de couleurs. Mais ces attributions mêmes sont problématiques car ces dessins sont vraisemblablement l’œuvre d’un atelier. Les portraits de la famille royale sont généralement attribués au peintre en titre, et par conséquent les tableaux eux-mêmes, comme le célèbre portrait de François Ier au Louvre (1527 env.), dont l’attribution à Jean Clouet remonte à une tradition ancienne et sûre. Quels que soient les abus auxquels a conduit le désir d’historiens d’attacher les chefs-d’œuvre à des noms célèbres, la réputation de Jean Clouet n’est sans doute pas usurpée et fut reconnue de tout temps quoiqu’on ait vite confondu son œuvre et celle de son fils François. Jean Clouet a réellement introduit dans l’art du portrait français une finesse nouvelle et fondé en fait une école de portraitistes officiels qui, par Nanteuil et Rigaud, devait assurer la suprématie française dans ce domaine pendant plus de deux siècles. Mais la distinction des « mains » dans les recueils de dessins en vogue à la cour des Valois apparaît souvent comme une entreprise hasardeuse qui a peut-être nui à la compréhension du phénomène dans son ensemble.


Quant à François Clouet, voici ce qu’écrivait à son sujet John Oliver Hand, conservateur du département des peintures de la Renaissance d l’Europe du Nord à la National Gallery de Washington

Ni le lieu ni la date de naissance de François Clouet ne sont documentés. Il est généralement admis qu’il est né avant 1520, très probablement à Tours où ses parents ont été enregistrés comme vivant d’au moins 1521 jusqu’en 1525/1527. Dans le contrat de mariage de sa sœur Catherine, en date du 13 mars 1545, François se déclare âgé d’au moins vingt-cinq ans et demeurant rue Saint-Avoye à Paris. Son père, Jean Clouet (1485-1540/1541), était portraitiste de cour et fut certainement le premier professeur de François. L’aîné Clouet était souvent cité au diminutif de « Jehannet » ou « Janet », et François utilisait ce dernier terme sur ses deux toiles signées.

Clouet château de Chantilly
François Clouet. De g. à dr. a) Henri de France duc d’Orléans, futur Henri II (1519-1559), vers 1540-1545, huiles sur chêne
Chantilly, musée Condé,b) Madeleine de France, future reine d’Écosse (1520-1537), vers 1540-1545 Huiles sur chêne, Genève, Ortiz Collection, c) Charles de France, duc d’Angoulême (1522-1545), vers 1540-1545 Huiles sur chêne, Genève, Ortiz Collection

François Clouet est documenté pour la première fois en 1540 lorsqu’il apparaît dans les livres de comptes royaux sous le nom de « paintre et varlet de chambre ». Dans un document important signé par François Ier et daté de novembre 1541, François hérita formellement de la succession de son père, une action qui aurait pu être nécessaire car Jean Clouet n’était pas citoyen français. Le roi loua les deux artistes et remarqua que le fils imitait très bien le père. Ce document a amené certains critiques à situer la date de naissance de François vers 1510, car en termes d’expérience et pour des raisons juridiques, il aurait dû avoir au moins trente ans.

Clouet était peintre et valet de chambre de quatre monarques français successifs : François Ier (r. 1515-1547), Henri II (r. 1547-1559), François II (r. 1559-1560) et Charles IX (r. 1560 -1574). Il n’y a pas de peintures autographes existantes qui peuvent être associées à des documents. Des sources écrites indiquent qu’en plus de faire des peintures, ses fonctions comprenaient la production d’armoiries et de dorures ornementales. En 1547 puis en 1559, il participe à la confection de masques mortuaires et à la fabrication de décors pour les cérémonies funéraires de François Ier et d’Henri II, respectivement.

Clouet château de Chantilly
François Clouet
Élisabeth (Isabelle) de France, future reine d’Espagne (1545-
1568), vers 1551-1552
Pierre noire, sanguine, craie blanche et crayon bleu
Chantilly, musée Condé, MN 34 ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-René Gabriel Ojéda


Clouet est mentionné dans divers documents à partir de 1550. Le 11 septembre 1553 et le 17 décembre 1556, il conclut des accords pour prendre des apprentis pendant plusieurs années ; les deux hommes, âgés de quatorze et quinze ans, étaient les fils d’artistes parisiens. En 1559, Clouet est nommé contrôleur général de la monnaie, mais rien n’indique une activité continue à ce poste. À au moins une occasion, Clouet a travaillé en dehors de la cour, car en 1568, il est enregistré comme recevant 450 livres par an de Claude Gouffier et de sa femme, Claude de Beaune.

Le 21 septembre 1572, Clouet fait son testament. Il est mort le lendemain. L’artiste était célibataire, mais dans son testament, il prévoyait des sommes d’argent égales pour ses filles illégitimes, Dianne et Lucrèce (qui étaient probablement des jumelles) et sa sœur Catherine. Catherine a contesté le testament, réclamant tout l’argent pour elle-même. L’affaire ne fut résolue qu’en 1584, lorsque le Parlement de Paris se prononça en faveur des filles.

Deux tableaux servent de point de départ pour reconstituer l’œuvre de Clouet. Le portrait de Pierre Quthe (Paris, musée du Louvre) est signé « Fr. Janetii » et daté de 1562. Quthe (1519-c. 1588) était un apothicaire qui habitait rue Saint-Avoye, non loin de Clouet, et est décrit dans l’inscription comme « amico singulari ». La deuxième œuvre est A Lady in Her Bath (1961.9.13) de la National Gallery of Art, qui est signée mais non datée. A ceux-ci s’ajoute un portrait en pied de Charles IX (Vienne, Kunsthistorisches Museum). Une inscription identifie la gardienne comme âgée de vingt ans et peinte d’après nature par « Iannet », mais puisque Charles est né en 1550, la date de 1563 sur la photo est soit une modification de 1569, soit un ajout ultérieur.

Un petit groupe de peintures non signées est généralement accepté comme par François Clouet et comprend le portrait en pied d’Henri II (Florence, Galleria degli Uffizi), probablement 1559, et le portrait d’Elisabeth d’Autriche (Paris, musée du Louvre), datable à 1571. Une représentation du Bain de Diane (Rouen, Musée des Beaux-Arts) est souvent considérée comme une représentation allégorique de Diane de Poitiers et Henri II et datée de c. 1550/1559.

Une cinquantaine de portraits dessinés à la craie ont été attribués à Clouet. La plupart sont conservés à la Bibliothèque nationale de France, Paris, au Musée Condé, Chantilly, ou au British Museum, Londres. En raison des variations de style, de costume et d’âge estimé du modèle, les dessins ont manifestement été produits sur plusieurs décennies à partir de 1540 environ.

De nombreux tableaux confiés à l’atelier de Clouet ou à des copistes témoignent de la demande de portraits de la monarchie et de la noblesse. Certaines de ces œuvres sont des copies partielles, des répliques et des réductions de compositions connues. Le musée du Louvre, par exemple, possède des réductions d’atelier des portraits en pied de Charles IX à Vienne et d’Henri II à Florence.

Clouet château de Chantilly
François Clouet (Tours ?, vers 1515 – Paris, 1572)
Marguerite de France, future reine de Navarre (1553-1615).Vers 1561, Huile sur bois
Chantilly, musée Condé, PE 255
©Arcanes

Il n’y a pas de monographie récente ou faisant autorité sur François Clouet, et comme une grande partie de la recherche de base sur l’artiste date des années 1920, un réexamen sérieux des documents et des peintures serait le bienvenu. De toute évidence, une influence primordiale sur François a été la formation et l’exemple de son père, Jean Clouet. La ligne de démarcation entre eux n’est pas toujours claire; dans sa monographie de 1971 sur Jean Clouet, Peter Mellen observe que certains dessins des années 1540 environ peuvent être attribués au père ou au fils. En revanche, la proposition de Charles Sterling selon laquelle le portrait de François Ier (Paris, musée du Louvre) représente une collaboration entre Jean et François est rejetée par Mellen mais acceptée par d’autres. Alors que la combinaison des influences néerlandaises et italiennes observée dans l’œuvre de François se produit déjà dans celle de Jean, il existe des influences supplémentaires de Bronzino, Salviati et Titien, ainsi que de l’école indigène de Fontainebleau. Rien n’indique que François se soit rendu en Italie, mais il y aurait eu amplement l’occasion de voir de l’art italien en France.

De son vivant, François Clouet fut louangé par des écrivains tels que Pierre de Ronsard (1524-1585), poète et membre de la Pléiade. Peu de temps après sa mort, cependant, la connaissance de l’artiste a été obscurcie et les œuvres du père et du fils ont été regroupées et regroupées sous le nom de « Janet ». Il faut attendre 1850 pour que le comte de Laborde réhabilite et différencie l’œuvre de Jean et François Clouet. Depuis, François s’est imposé comme l’un des plus grands artistes français du XVIe siècle dont les œuvres s’inscrivent dans le courant dominant du maniérisme international. Le style et les types de portraits créés par les Clouet dominent tout au long de la seconde moitié du XVIe siècle.

[John Oliver Hand, in French Paintings of the Fifteenth through the Eighteenth Century, The Collections of the National Gallery of Art Systematic Catalogue, Washington, D.C., 2009 : 113-114.]


Clouet château de Chantilly
Jean Clouet. Henri de France duc d’Orléans, futur Henri II , 1524. Pierre noire et sanguine, Chantilly,
musée Condé, MN 6 ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly- René Gabriel Ojéda

Fier de sa nombreuse descendance après plusieurs règnes relativement infructueux en la matière, le roi François Iersouhaita célébrer par l’image sa bonne fortune. À l’aube de son départ pour la guerre en Italie, il demanda à son portraitiste en titre, Jean Clouet, de capturer sur le papier les vibrantes frimousses de ses enfants, afin d’en tirer des portraits. Cette série de dessins ou crayons est, grâce à la formidable action d’Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897) – dont nous célébrons cette année le bicentenaire de la naissance – aujourd’hui conservée à Chantilly.

Deux séries peintes en furent tirées : la première, de petites dimensions, due à Jean Clouet, ne nous est que partiellement parvenue. La seconde, que les études menées à l’occasion de l’exposition attribuent à François Clouet, travaillant au début des années 1540 d’après des dessins de son père Jean, est plus complète.

En partant de ces extraordinaires retrouvailles, l’exposition se consacre au développement des portraits des Enfants royaux au XVIe siècle, dessinés par Jean et François Clouet, mais aussi des portraitistes moins célèbres comme Germain Le Mannier ou Jean Decourt.

Les enfants d’ Henri II et de Catherine de Médicis seront élevés loin de leurs parents, pour les prémunir des dangers et des maladies charriés par la cour.

Tous les membres de la cour des enfants, réunissant le futur François II, son épouse la petite Marie Stuart, les futurs Charles IX, Henri III, Marguerite de Valois et François d’Alençon, seront réunis.

Mélanges d’innocence enfantine et de dignité royale, leurs portraits dessinés permettront d’entretenir une grande proximité avec ces acteurs majeurs de l’histoire de France, et de les voir grandir, salle après salle.

Les prêts de la Bibliothèque nationale de France mais aussi de collections particulières viendront dialoguer avec les dessins du musée Condé, pour explorer le développement du portrait d’enfant. La réunion de plusieurs portraits peints et de leur dessin préparatoire formera un autre temps fort d’une exposition unique !

Clouet, à la Cour des petits Valois
Cabinet des dessins. Château de Chantilly
du 4 juin au 2 octobre 2022

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