Accueil Livres, Arts, Scènes Le gardien de la colline aux cerisiers le roman à ne pas manquer chez son libraire

Le gardien de la colline aux cerisiers le roman à ne pas manquer chez son libraire

par Émile Cougut

Officiellement les Jeux Olympiques de Stockholm de 1912 se sont achevés le 12mai 1967 avec l’arrivée du dernier coureur, le japonais Shizo Kanakuri avec le temps, jamais égalé, et pour cause, de 54 ans, 8 mois, 6 jours, 5 heures, 32 minutes, 20 secondes et 3 dixièmes. Etonnant soit, mais vrai !

Franco Faggiani est parti de cette anecdote, pour bâtir son nouveau roman. Il ne fait pas une biographie de Shizō Kanakuri mais un roman, surtout après sa mystérieuse disparition lors de la course olympique (dans la « vraie vie », il a bien disparu, mais est revenu puisqu’il participa aux Jeux olympiques de 1920 et de 1924). Et de fait le destin qu’il donne à Shizo Kanakuri est autrement plus beau que la réalité.

Shizō Kanakuri est né en 1891, dans un Japon en pleine ère Meiji, un Japon qui s’ouvre au monde extérieur et surtout à l’occident. Fils d’un haut fonctionnaire pétri de culture shintoïste et d’une mère commerçante, il est fils unique, il développe rapidement un lien privilégié avec la nature en général et les forêts en particulier. Et il court, tout le temps pour se fondre en elle. A l’université il est repéré par Jigorō Kanō, « l’inventeur » du judo, impressionné par ses qualités athlétiques. Bénéficiant d’un entrainement rigoureux, il est inscrit au marathon de Jeux olympiques en 1912. C’est la première fois que le Japon participe à cette manifestation sportive et sa délégation est composée en tout de deux athlètes dont Shizō Kanakuri.

Le voyage dure plus d’un mois, il se fait en bateau et en train. Lors de celui-ci il fait la rencontre avec un concitoyen, Kuma qui se rend en Suède pour affaires. Le jour de la course, tout se passe bien, mais 7 kilomètres avant l’arrivée, il a soif et d’arrête chez un particulier pour boire. Mais il s’assied, s’assoupit et se réveille bien des heures après. Pétri de honte, il se cache auprès de son ami qui s’avère être un yakusa. Or ce dernier est recherché par son gang. Alors ils fuient et se retrouvent engagés dans la Légion étrangère. 

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En 1914, les légionnaires étrangers peuvent partir s’ils le souhaitent. C’est ce que fait Shizo qui rentre au Japon, mais pas chez lui, à Hokkaïdo dans le nord, mais dans le petit et pauvre port de Rausu. Là, sous un nom d’emprunt, il finit par avoir la charge de l’entretien d’une forêt de cerisiers yamazakura. Il est complètement isolé dans une maison en haut d’une colline et se fond dans la nature. Son travail remarquable lui vaut de nombreuses visites, surtout au moment des fleuraisons. Il se marie, son épouse à elle aussi un rapport spécial et harmonieux avec la nature et surtout avec la terre qu’elle sait magnifier et obtient des récoltes abondantes. Ils ont cinq enfants, deux garçons sont tués lors de la Seconde Guerre mondiale, la cadette se noie entraÎnant une forte dépression chez son épouse qui finit par se suicider. Les deux autres sont partis dés qu’ils avaient pu, fuyant cet endroit solitaire. Il est rejoint par Daisuke, un ancien prisonnier, qui lui aussi vit pour et avec les arbres.

Un jour, il reçoit la visite d’un journaliste suédois. Son passé revient à la surface et il prend conscience qu’il doit achever ce qu’il a entrepris dans le passé pour retrouver une vraie sérénité dans le présent. Invité par le comité olympique suédois, il se rend à Stockholm où plus de 54 ans après, il achève son marathon.

De retour au Japon, il revient dans la propriété familiale où il a compris que se trouvaient ses racines, la forêt des cerisiers étant donné à Daisuke qui est devenu, de fait, son nouveau gardien.

L’honneur, le poids du passé, la beauté de la création et de la nature, la difficulté d’être soi, d’accepter ses choix quel qu’en soient les conséquences et vivre dans son présent en acceptant pleinement son passé. Ce roman teinté de philosophie que n’aurait pas nié Spinoza et surtout de shintoïsme est un plaisir de lecture rarement atteint. 

Une beauté de l’écriture, des descriptions, des réflexions font du gardien de la colline aux cerisiers un livre que vous reprendrez régulièrement pour lire une ou deux pages au hasard rien que pour le plaisir de se replonger dans cet univers.

Le gardien de la colline aux cerisiers
Franco Faggiani

éditions Paulsen. 21€

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