Il y a sans doute plus d’amateurs d’histoire que d’amateurs de science-fiction. Le sondage vaut ce qu’il vaut, sur trois personnes interrogées au bord de la piscine, aucune ne connaissait Alain Damasio… moi non plus avant de découvrir ce livre vendu à 475 000 exemplaires (source éditeur).
La Horde du Contrevent a été publié par La Volte en 2004, une maison indépendante située dans les Hauts-de-Seine (Clamart), fondée cette même année. Né à Lyon en 1969, Alain Damasio caracole sur les cimes de l’Imaginaire, lit-on sur la 4e de couverture de l’édition Folio SF. Après un premier roman en 1999, ce second livre a valu à son auteur le Grand Prix de l’Imaginaire 2006 dans la catégorie Roman.
Alain Damasio « L’idée première m’est venue en lisant une nouvelle de Bradbury intitulée « La pluie« . Je voulais construire un univers entier à partir d’un seul élément, d’une seule force primordiale qui irriguerait la totalité du livre et déciderait aussi bien de l’architecture que de la technologie, du mode de vie, des philosophies et des croyances – mais qui déciderait aussi du style, du rythme, du souffle épique, qui traverserait toute l’épaisseur strictement littéraire du roman et c’est ça qui m’a poussé à adopter le vent. » Citation extraite du site Fnac.com

Ce volumineux livre lu laisse un vide sur ma pile des livres à lire. De quoi s’agit-il ? Si c’était un conte : Monsieur le Vent : _ Je vais souffler, souffler sur ta horde si elle n’en démord pas. Il y aurait trois hordiers dont deux gicleraient rapidement et un seul parviendrait à s’accrocher jusqu’à destination. Dans ce roman, s’y ajoute Madame l’Eau (eau, neige et glace). Voilà pourquoi le « conte » est délové en 700 pages.
C’est un récit fantastique entre hauts faits hordiers et vibrante humanité.
Voici pour l’humanité : « Ce qui restera est une certaine qualité d’amitié, architecturée par l’estime. Et brodée des quelques rires, des quelques éclats de courage ou de génie qu’on aura su s’offrir les uns les autres« . Pietro (hordier)
Pour les hauts faits hordiers, on a vraiment l’embarras du choix. Seront-ils battus par le vent, le vaincront-ils ? Ils sont nombreux à s’aligner au départ. Direction la proue de la terre. Un, deux, trois, tracez ! La 34e horde ira-t-elle au bout ? Faites vos vœux miraculeux.
« Rien ne pouvait abattre Golgoth. Strictement rien. […] Le ciel pouvait tomber avant, se fracasser comme une vitre. Mais pas Golgoth« . C’est naturellement l’éclaireur, sa troupe suit en colonne. Crocs (les derniers des hordiers) en queue. Pour eux tous : foi, vaillance et amour. Bon vent ! « Qu’est-ce que ça dit dans le Pack ? Ça suit ? ». Le traceur, premier des hordiers a beau dire : « Au turbin, la marmaille ! », derrière, certains lâcheraient bien la rampe. Ils ont des parents ─ eux aussi ont essayé de remonter à contrevent ─ qui leur prodiguent des conseils, leur prêtent du matériel et leurs rêves…
La langue est in-vent-ive. Elle a dû faire toutes les guerres et l’amour aussi, elle est dopée à la créatine. Les images comme « cette poêlée de gouttes qui rissolaient sur le lac » / « je suis revenu, j’étais une flaque », sont évocatrices. Il y a un jeu sur les sonorités, pour en donner un écho : « la tétanie taquinante »/ « giclent en cloques »/ « des briques de bruit« . Un vrai travail stylistique incluant la typographie, il faut bien un matériau si le scribe Sov veut noter les différentes formes du vent.
On lit La Horde du Contrevent avec un plaisir immense qui tient beaucoup aux surprises que l’auteur nous tend, que tu ne vois pas venir. Exemple, p. 80, Oroshi dit à Sov : « _ Sov, j’aimerais bien qu’on dorme ensemble cette nuit, si possible à l’écart…« . Ils vont dans un coin de prairie loin de leurs compagnons. Tout à rebours de nos pensées, Oroshi prépare Sov à affronter le Contrevent.
Le livre de Damasio est joliment perché, « j’essayais de me figurer que nous étions à la proue d’un navire de terre brute, en train de progresser à travers le cosmos, de filer, princiers, vers le soleil…« . Il faut le lire pour comprendre ce qu’il entend par :« donner une information sensorielle riche qui va ancrer l’univers, le faire exister […] » Ou « J’écris pour que le lecteur, quand il referme le livre, ou même avant, s’il le lâche, en sorte transformé, énergétiquement plus habité, intellectuellement remué, éveillé, énervé peut-être ». Si vous le lisez, vous serez certainement soufflés
La Horde du Contrevent
Alain Damasio
éditions Folio. 12€60
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