Accueil Actualités Igor Levit géant du piano à La Roque

Igor Levit géant du piano à La Roque

par Pétra Wauters

Cette édition aura décidément été très mouvementée. Après l’annulation de dernière minute de Khatia Buniatishvili, qui nous aura permis de révéler au public une nouvelle étoile du piano, Martina Meola, le 16 juillet dernier, c’est Arcadi Volodos qui s’est trouvé dans l’impossibilité de participer au festival ce dimanche 2 août, cette fois-ci pour raisons médicales.

Nous ne vous le cachons pas, nous étions un peu déçus ! Arcadi Volodos est un merveilleux artiste, un invité fidèle du Festival, et nous avons assisté à de nombreux concerts de ce géant ! On nous a annoncé qu’un autre géant, Igor Levit, avait accepté de le remplacer au pied levé. C’est une première dans l’histoire du Festival, car malgré une carrière internationale immense, qui l’amène chaque année de Carnegie Hall à la Philharmonie de Berlin, en passant par le Festival de Salzbourg et le Musikverein de Vienne, Igor Levit n’était encore jamais venu à La Roque d’Anthéron

Mais on se souvient, et notre magazine Wukali en parlait,  qu’il s’était déjà produit à Aix, au Grand Théâtre de Provence, le 6 avril 2023, aux côtés du violoniste Renaud Capuçon, à l’occasion du festival de Pâques. On soulignait déjà la palette sonore exceptionnelle du pianiste et sa vélocité. On s’attardait sur ses doigts, son attitude recueillie, sa posture méditative, cette façon qu’il a d’aller vers son clavier, de se fondre dans les touches. Avec Renaud Capuçon, il interprétait une sonate de Bach, en fa mineur, BWV 1018, puis nous avons découvert une sonate rare et peu connue,  celle de Ferruccio Busoni,

igor Levit
La Roque d’Anthéron. 02/08/2026
©photo Franck Denis

Les communiqués du Festival de la Roque présentent Igor Levit  comme l’un des pianistes les plus importants de sa génération. Le « New Yorker » va plus loin et écrit qu’il est « un pianiste comme aucun autre ». De quoi être vite rassuré. Et de fait, dans ce programme, on confirme : il ne ressemble à aucun autre, et c’est une vraie première historique ! On n’allait pas rencontrer un remplaçant, on a assisté à un événement en soi.

Olécio partenaire de Wukali

Des avis mitigés, mais c’est bien normal. Son jeu est d’une intensité et d’une profondeur d’engagement rares. Il possède une approche très « intellectuelle » de la musique, qui peut déplaire à certains, mais cela n’exclut en rien l’émotion. Il nous a bouleversés, et nous n’avions pas l’impression de tomber dans le sentimentalisme facile. Quelle présence aussi ! C’est un pianiste qui a un vrai discours, une vision de l’œuvre très personnelle, sans oublier une technique impeccable. Et il le fallait, car le programme était des plus exigeants.

Avec la Sonate D 959 de Schubert, sommet du répertoire, ample et contemplative, dotée d’un mouvement lent (Andantino) si lent chez Igor Levit que l’on peut s’étonner de cette vision, justement très personnelle. Toujours est-il que dans ce registre-là, le pianiste a été excellent.

On l’a aimé aussi dans Chopin, la Fantaisie op. 49, une œuvre narrative et dramatique, très intéressante à entendre jouée par Levit. Là encore, on allait vers autre chose !

Beethoven, l’Appassionata, était encore une œuvre qui convenait parfaitement au pianiste, tout feu tout flamme ! Il était visiblement très heureux de la jouer, même si, au moment des saluts, rien n’en transparaissait.

Non, Igor Levit n’était pas un pis-aller : dimanche 2 août, c’était une occasion rare d’entendre un artiste majeur dans ce lieu superbe où il ne s’était jamais produit, avec un programme taillé pour lui.

En bis, toujours du Beethoven : Sonate n°8 en do mineur, opus 13 « Pathétique », II. Adagio cantabile. Un choix qui tombe juste : après un programme exigeant, (presque exigeant aussi pour l’auditeur !) Igor Levit offre l’un des passages les plus mélodieux et les plus aimés du répertoire pour piano ! Un moment simple et chaleureux pour finir la soirée avec le public.

Dans les allées du parc, en sortant, on entend : « Cet artiste-là, on le reverra sûrement à la Roque d’Anthéron ! » À suivre…

Pour réagir à cet article, nous faire part de votre actualité ou nous proposer des textes et des sujets, contactez-nous : 
redaction@wukali.com 

WUKALI est un magazine d’art et de culture librement accessible sur internet
https://wukali.com

Ces articles peuvent aussi vous intéresser