Accueil ActualitésMary Cassatt une femme libre et américaine au coeur tendre à voir à Orsay

Mary Cassatt une femme libre et américaine au coeur tendre à voir à Orsay

par Communiqué musée

Pour marquer le centième anniversaire de la mort de l’artiste, le musée d’Orsay organise en 2026, une grande exposition consacrée à Mary Cassatt (1844-1926), en collaboration avec la National Portrait Gallery de Londres et le Museum of Fine Arts de Boston. Il s’agit, en France, d’un événement attendu de longue date : les musées nationaux n’ont en effet jamais consacré d’exposition majeure à Mary Cassatt, membre actif du groupe impressionniste et l’une de ses figures majeures. Son centenaire invite à examiner la place centrale de cette artiste de tout premier plan, parvenue par son talent et sa détermination à se forger une identité unique dans l’histoire de l’art de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, des deux côtés de l’Atlantique.

Mary Cassatt se qualifiait d’« Américaine, nettement et franchement américaine », mais a d’abord ancré son art dans la tradition picturale des maîtres anciens, qu’elle a étudiée lors de ses voyages en Europe, avant de devenir une figure incontournable du mouvement impressionniste en France, où elle vécut pendant pas moins de six décennies. « Je suis indépendante ! », proclamait-elle. « Je peux vivre seule et j’aime travailler. »

Adoptant une approche chrono-thématique, l’exposition dresse un nouveau portrait de l’artiste, étudiant son art sous le prisme de la notion d’indépendance, dont elle tirait une grande fierté et qu’elle érigea toute sa vie en principe directeur. Comprenant près de 80 tableaux, pastels et estampes, et couvrant l’ensemble de la carrière de l’artiste, cette exposition ouvre de nouvelles perspectives sur son œuvre, en s’appuyant sur des lettres inédites et des sources jusqu’alors inexploitées. Y seront présentées des œuvres issues de collections européennes, publiques et privées, rarement montrées, ainsi que des peintures et des pastels provenant de collections américaines peu exposées en dehors des États-Unis.

Le thé (1880). Mary Cassatt. Huile sur toile 64,8/92,1cm
Museum of Fine Arts de Boston

Une sélection d’œuvres de jeunesse de Cassatt et de portraits de ses proches montre comment le milieu social de l’artiste, ses déplacements et sa connaissance de l’art du passé ont façonné son approche et sa pratique. Mettant un point d’honneur à être indépendante – à l’origine, à la demande de sa famille fortunée –, elle s’établit rapidement dans son propre atelier et y emploie des modèles rémunérés. Dans un milieu très largement masculin, et sur fond de nationalisme latent, elle parvient sans tarder à s’imposer comme peintre professionnelle.

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Ses représentations de jeunes femmes élégantes, évoluant en société, recevant chez elles ou se divertissant au théâtre – à la conquête du monde moderne et de leur indépendance –, comptent parmi les réalisations les plus remarquables de l’artiste, comme en témoigneront des exemples éblouissants. Ces images, pleines d’audace et de vivacité, ne manquent pas d’attirer l’attention dans les expositions impressionnistes, auxquelles Mary Cassatt participe assidûment (à quatre reprises, à partir de 1879), sur invitation de son ami Edgar Degas. La contribution essentielle de Mary Cassatt à ces expositions d’avant-garde, autoproclamées « indépendantes », y sera examinée et réévaluée.

Fillette dans un fauteuil bleu (1878). Mary Cassatt
Huile sur toile 89,5cm/129,8
Museum of Fine Arts de Boston. Collection Paul Mellon.

Ses activités sur le terrain du marché de l’art constituent un autre aspect fondamental de l’indépendance de l’artiste. Celle-ci se spécialise dans la peinture de « mères à l’enfant », genre alors très demandé, dans lequel elle excelle – et auquel elle reste associée –, tout en honorant des commandes de portraits. Quelques œuvres clés de l’exposition évoqueront également son rôle crucial de « consultante », conseillant ses proches, ses amis et connaissances américains dans leurs achats de tableaux, notamment impressionnistes, et donc dans la constitution de collections d’art aux États-Unis.

À ce stade de sa carrière, au début des années 1890, l’indépendance financière de Mary Cassatt lui permet de devenir propriétaire foncière. Entouré d’un vaste parc, le château qu’elle acquiert dans l’Oise sert de toile de fond à de nombreuses scènes d’extérieur où évoluent femmes et enfants : œuvres lumineuses aux couleurs vibrantes. Modern Woman, la plus importante commande qu’ait reçue l’artiste, pour un décor monumental destiné au Pavillon de la Femme lors de l’Exposition universelle de Chicago en 1893, constitue un temps fort dans sa carrière et une étape majeure dans son œuvre. Cette décoration colossale, aujourd’hui disparue, sera évoquée au sein du parcours au travers d’un ensemble d’estampes et de pastels en lien avec ce décor, ainsi que par le biais d’un film proposant une restauration numérique de cette œuvre gigantesque (4 × 18 m), d’une ambition unique tant par ses dimensions que par son sujet. Son admirable série d’estampes, les « Dix Planches en couleurs », sera également étudiée à la lumière de cette nouvelle phase de son travail, remarquablement expérimentale, et de ses opinions progressistes sur l’éducation des femmes.

Panneau central de « Jeunes femmes cueillant les fruits de la connaissance ou de la science », tiré d’une photographie parue dans le Harper’s New Monthly Magazine (mai 1893), accompagné d’un détail en couleur de l’époque imprimé par George Barrie

L’engagement de Mary Cassatt en faveur de l’indépendance est en effet allé au-delà de son propre parcours et de sa démarche artistique. Fervente partisane de la lutte des femmes pour le droit de vote, Cassatt encourage ses contemporains à « œuvrer pour le suffrage, car ce sont les femmes qui décideront de la question de la vie ou de la mort d’une nation ». Avec son amie Louisine Havemeyer, elle organise en 1915, à New York, une exposition au profit du suffrage des femmes. Une sélection restreinte de tableaux de Mary Cassatt montrés dans cette exposition conclut le parcours, démontrant comment non seulement l’art de cette artiste pionnière, mais aussi ses agissements, ont pu tendre vers l’activisme. 

Mary Cassatt
L’indépendante

Musée d’Orsay. Paris
Du 06 octobre 2026 au 31 janvier 2027

Illustration de l’entête: Femme au tournesol (1905). Huile sur toile. Chester Dale Collection

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