Gautier Capuçon est l’un des violoncellistes français les plus connus. Mais il aime aussi transmettre sa passion à de jeunes musiciens. Ce lundi 28 septembre, le théâtre d’Aix-en-Provence, plein à craquer, découvrait Capucelli, un ensemble de sept violoncelles. Déjà, on s’interroge : « pourquoi Capucelli » ? Gautier Capucon, qui s’adressera à son public tout au long du concert, micro en main, nous l’explique :
« Celli » est le pluriel italien de cello, (violoncelles- dont le pluriel est violoncelli). Le mot est tout trouvé pour un ensemble de violoncellistes. Et « Capu » évidemment renvoie à mon nom, Capuçon !
Un joli mot-valise qui a en plus un petit charme sonore : le « elli » final lui donne une couleur italienne ! Gautier Capuçon poursuit « Capucelli, est un ensemble de sept violoncelles que j’ai créé il y a quelques années. Donc, j’ai sept violoncellistes à mes côtés, des violoncellistes qui viennent du monde entier, qui sont issus de ma classe de violoncelle et également lauréats de ma fondation, la Fondation Gautier Capuçon.On a un très beau programme, avec des œuvres du répertoire classique, mais également des œuvres qui ont été composées pour nous, pour l’ensemble Capucelli. »

Gautier Capuçon nous les présente : Anouchka Hack : allemande, Léo Ispir : français, Charlotte Miles : australienne. Caroline Sypniewski : française, Francesco Tamburini : italien. Jeein You : sud-coréenne. Un ensemble très international ! Avec Gautier Capucon, sept violoncellistes, nous embarquent pour un grand voyage musical, de la musique classique au jazz, en passant par le tango et la musique contemporaine. Sept musiciens qui réunissent leur voix pour créer un seul grand son mais pas que…
Bientôt une surprise annoncée par Gautier Capucon sur un ton amusé. « Nous jouons aux chaises musicales. » Les musiciens changent de place selon les morceaux, chacun tenant à tour de rôle une partie différente de la partition. On n’a pas un « chef du pupitre » toujours à la même place, cette rotation est plaisante et crée un moment de complicité avec le public
Le programme commence avec la Marche triomphale d’Aïda de Verdi, une musique spectaculaire inspirée de l’Égypte ancienne. Il est vrai qu’avec sept violoncelles, elle prend une dimension particulièrement impressionnante !
Puis place à des œuvres plus récentes. Dans Fantaisie, le compositeur espagnol Javier Martinez Campos surprend. Gautier nous prévient : « Il y a un tel mélange de rythmes ! » En effet on y trouve des rythmes énergiques, des sons puissants, des parties très contrastées. C’est intéressant, car on entend distinctement des voix individuelles qui dialoguent.
Avec Wake de Jean-Benoît Dunckel, membre du duo électro Air, Gautier Capuçon nous explique : « Le compositeur a imaginé une musique inspirée par les sons de la forêt qu’il entendait lorsqu’il était enfant. » Cette musique est étonnante, et un rien angoissant… et notre oreille reste pourtant en « éveil », attentive à tous ces bruits de la forêt. On est bien dans l’inquiétude traduite en sons lorsque la forêt s’assombrit sous les nuages ou que le mauvais temps s’installe… On nous recommande de laisser notre oreille « rêver », le cauchemar n’est pas loin mais force est de reconnaître que c’est puissant.
On retrouve ensuite la célèbre Valse des fleurs de Casse-Noisette de Tchaïkovski, avec ses mélodies élégantes et brillantes. On ne s’en lasse pas ! Une musique que l’on associe à l’orchestre de ballet.
Chostakovitch est également au programme avec ses Five Pieces, une musique qui peut être tour à tour drôle, dansante, mélancolique ou pleine d’énergie.
Le vent et la pluie sont ensuite évoqués dans Of Wind and Rain, du jeune compositeur américain Quenton Blache. Ce ne sera pas notre préféré, même si l’interprétation est belle. Cela parle ou pas.
Puis changement d’ambiance avec le Duo des fleurs de Lakmé, de Léo Delibes. Cette musique délicate raconte un moment où Lakmé et sa servante Mallika cueillent des fleurs au bord d’un ruisseau. Bucolique !
Direction ensuite l’Argentine avec Astor Piazzolla et La Muerte del Angel. Cette musique mélange la musique classique et le tango. Son rythme entraînant accompagne une scène dramatique : la mort d’un ange après un combat. Un merveilleux moment de la soirée ! Sans doute notre préféré ! Piazzolla se prête parfaitement au violoncelle, qui peut chanter, frapper, gratter ou marteler, comme le faisait le bandonéon. C’est sans doute dans cette musique que l’on entend le mieux les violoncelles séparément. On est sous le charme même si c’est magnifique aussi d’entendre 7 violoncelles donner de la voix dans une impression d’orchestre. Ce fut le cas pour Aïda de Verdi, ou comme après l’entracte, Guillaume Tell, Ouverture (Rossini) qui nous a offert une jolie palette orchestrale. On découvre alors toutes les possibilités du violoncelle : des sons très graves, des mélodies chantantes, des sons très aigus.
Effet orchestre aussi avec le Boléro (Ravel) : il clôt le concert et séduit toujours autant avec cette montée en puissance des timbres. L’orchestre y est reconstitué par les seuls violoncelles, avec des effets de plus en plus fournis. Joué par sept violoncelles, ce morceau prend vraiment une nouvelle dimension.
Nous avons encore aimé dans cette deuxième partie Lasst mich allein de Dvořák, à l’ambiance intime et nostalgique. D’autant plus que Gautier Capucon nous a raconté la triste histoire. « Dvořák avait aimé dans sa jeunesse Josefina Čermáková, qui épousa finalement un autre homme. Elle devint néanmoins sa belle-sœur lorsque Dvořák épousa sa sœur Anna. Josefina aimait particulièrement le lied Lasst mich allein, que Dvořák cita dans le mouvement lent de son Concerto pour violoncelle. Gravement malade pendant la composition du concerto, elle mourut en 1895. Dvořák en modifia alors la fin, comme un discret adieu à celle qu’il avait autrefois aimée. »
Puis arrive Heptasyllabes de Richard Dubugnon, une œuvre inspirée du jazz et notamment du bebop. Le violoncelle devient presque une basse de jazz.
Avec Life in Sunshine, de Jasmine Barnes, on découvre encore un autre univers, nourri de gospel, de jazz et de néo-soul.
De Rossini à Ravel, de l’opéra au tango, du jazz à la musique électronique et aux créations contemporaines, ce concert montre que le violoncelle peut tout faire !
Encore un cadeau de la soirée, Mambo », extrait des Danses symphoniques de West Side Story, dans l’arrangement de Jérôme Ducros. Et quelle jolie « Panthère Rose » , le thème de Henry Mancini. Elle fait déjà partie du répertoire des Capucelli. On aime le déhanché de la panthère sous les rythmes des violoncelles et cette mélodie si reconnaissable. Et Une création pour finir : Canzone de Thierry Escaich, écrit pour l’ensemble Capucelli. C’est donc intéressant de proposer ce morceau tout neuf qui fait directement partie de l’identité de cet ensemble.
A la fin du concert, le public est debout pour acclamer les 7 artistes ! Capucelli est une rencontre entre un grand musicien, de jeunes artistes et un instrument aux possibilités étonnantes, une sonorité à part, chaude, profonde, presque humaine. Chez les jeunes musiciennes, on admirait ce soir-là la gestuelle magnifique : pleine de grâce et de souplesse, faite d’ondulations qui semblent prolonger la musique. Leurs partenaires masculins ne sont pas en reste, jouant avec autant de talent, de précision et de générosité. Un ensemble homogène, où chacun trouve sa place, porté par Gautier Capuçon, qui fait de la transmission le cœur de son art. Après Aix en Provence, les artistes étaient programmés ce mardi 29 septembre à la Philharmonie de Paris.
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