Metz et la cathédrale Saint Étienne s’apprêtent à recevoir le Pape Léon XIV. Ainsi peut on voir dans la déambulation citadine de la ville des vitrines annonçant l’évement. La mémoire de la visite du pape Jean Paul II en 1988 reste dans les mémoires, la place en face de l’entrée de la cathédrale porte d’ailleurs son nom.
La Galerie Cri d’art à Metz présente en vitrine comme accrochées sur ses cimaises des oeuvres, peintures et lithographies, en rapport avec l’événement. Ainsi une lithographie du peintre Yannis Pei Ming et une autre de Bernard Buffet

Nul doute un temps fort pour la ville et les images de sa visite à Paris, le nombre et la ferveur des foules venues l’acclamer, ont déjà marqué bien au delà des esprits ce temps qui est le nôtre. Le temps long, car c’est de cela qu’il s’agit, ce processus d’intégration intellectuelle, de capillarité qui fait civilisation et qui fait l’histoire. Il nous faut bien entendu parler de l’art et de sa jumellité, l’intensité de la pensée, le domaine de l’esprit et du spirituel, de la philosophie et de toutes les sciences humaines, qui rejaillissent ainsi en actualité sensible.. « Du coeur vers le coeur » écrivait Beethoven en prologue à sa Missa Solemnis
Car parler d’histoire de l’art, c’est quantifier le temps long dans sa géométrie contrariée et binaire, hier et demain. Perte de la mémoire des événements et des hommes, ignorance de l’histoire, notamment pour les plus jeunes, boussoles affolées, orientation fracassée, peur et incompréhension des événement qui bousculent la planète. Un phénomène profond et déjà ancien qui va bien au delà des vains face-à-face de plateaux télévisés contemporains. Nietzsche avait annoncé au 19è siècle « Dieu est mort ». Deux siècles plus tôt, Blaise Pascal avait proposé un chemin de la connaissance spirituelle, celui du pari. Ce pari nous souhaitons le faire au quotidien dans l’idée du beau, il nous apporte ce dépassement de soi dont nous avons tant besoin.
Or nous vivons un temps de rupture, non point de modes et qui sont banales et dont on sait qu’elles nécessitent environ le temps d’une génération pour se substituer les unes aux autres, non, mais ce moment clivant de l’histoire de l’humanité comme jamais il ne nous a été permis de vivre. Aux temps de la connaissance, c’est à dire celui qui existe du néolithique le plus lointain jusqu’à maintenant, le nôtre, lui succède aujourd’hui celui de la vitesse de l’information, c’est dire celui de la lumière. Nous sommes empétrés dans un maelström schizophrène dont nous ne savons pas comment nous en libérer.
«Celui qui croyait au Ciel et celui qui n’y croyait pas», écrivait Louis Aragon, à chacun le choix intime de sa liberté de croire ou non. Nous ne connaissons que trop, et notamment durant ce XXè siècle écoulé où un grand nombre d’entre nous a ses racines, les fruits pourris d’idéologies déshumanisés, rouge ou noire et de l’intolérance et des violences des hommes à travers les siècles. Ce que nous savons en revanche, c’est le plaisir que nous apporte l’art, dont Paul Valéry estimait qu’il est son sens premier, sa raison d’être.
Le plaisir de voir, d’entendre, cette polyphonie des sens qui résonnera dans cette cathédrale de Metz. Son architecture et sa construction avec ce calcaire jaune de Jaumont au demeurant marque de la ville, son élévation, ses 6 500 m2 de vitraux du XVIème siècle, il faut voir la somptuosité des rouges mais aussi ces vitraux du XXème siècle, ceux de Marc Chagall qui célèbre les valeurs oecuménques de la Bible. Pour le visiteur qui le souhaite une petite église de Metz au charme rayonnant St Maximin, voir les vitraux de Jean Cocteau
Metz s’apprête donc à l’occasion de cette visée papale à se découvrir au monde et si les pierres pouvaient parler, celles de la cathédrale St Étienne et de sa première église primitive dont on peut encore apercevoir les traces dès l’entrée dans le transept, elles parleraient de musique. Car oui, c’est à Metz même, Divodurum Mediomatricorum en latin et plus tard Mettis, que fut inventée à l’époque de Charlemagne la musique occidentale, la musique grégorienne avec la Scola Metensis patronnée par l’empereur de ce qui était appelé alors le Saint Empire romain germanique. Soit bien avant l’école de Notre-Dame de Paris au XIIè et XIIIè siècle. Ce même Charlemagne dont le nom fut attribué par erreur à cette cape fastueuse brodée d’argent, trésor de la cathédrale St Étienne, mais qui en réalité date du premier quart du XIIIè siècle et qui sera sortie pour être présentée (Cliquer) à Léon XIV.
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