Accueil ActualitésThierry Lefort a décoré à fresque un hôpital d’Aix-en-Provence

Thierry Lefort a décoré à fresque un hôpital d’Aix-en-Provence

par Pétra Wauters

Proposé par l’association Ka Divers, en partenariat avec le Centre hospitalier intercommunal Aix-Pertuis et la Biennale d’Aix, Thierry Lefort crée une œuvre monumentale et poétise le centre hospitalier.

Quand la peinture ouvre un horizon

En 2022, l’artiste nous confiait n’avoir jamais peint de fresque et ne pas savoir comment s’y prendre. Quatre ans plus tard, Thierry Lefort fait dialoguer les ciels de Californie et ceux de Provence dans le hall du Centre hospitalier d’Aix-en-Provence Pertuis.

Nous l’avions rencontré dans le domaine du Château de Sannes, où il exposait. Il évoquait alors une commande inédite pour lui : une fresque destinée à l’une des artères principales de Burbank, près de Los Angeles. Environ 170 m², 20 mètres de long sur 10 de haut, « quelques kilos de peinture ». Et cet aveu : « Je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre car je n’ai jamais fait ça ! Pour moi, c’est un défi assez curieux. »

Depuis, les murs se sont succédé, dont celui d’un immeuble près de la gare de Poissy. Les gros pots et les gros rouleaux ont remplacé les pinceaux de la toile. Le voici aujourd’hui à Aix-en-Provence, en résidence pendant deux semaines, pour réaliser une œuvre murale monumentale dans le hall d’accueil de l’hôpital.

La poésie au cœur du soin

Le lieu peut surprendre. Et pourtant, quoi de plus pertinent qu’un hôpital pour y faire entrer la couleur et la création ? À l’occasion de la Biennale, l’établissement réaffirme sa mission d’accueil inconditionnel en y associant la culture. L’ambition : faire entrer la poésie au cœur du soin et offrir aux patients, à leurs proches et aux soignants des espaces de sérénité et d’émotions partagées.

Olécio partenaire de Wukali

Le projet est porté par l’association Ka Divers, déjà à l’origine du Street Aix Project, un parcours de fresques XXL qui invite la création contemporaine dans les rues de la ville.

L’association a fait appel à cet artiste voyageur, qui partage sa vie entre Los Angeles et Saint-Ouen, près de Paris, et expose dans des galeries et institutions internationales. Ses œuvres, graphiques, colorées et vibrantes de lumière, naissent d’un regard attentif sur le monde. À Aix, ses ciels éclatants de Californie dialoguent avec ceux de Provence, dans un hommage à Cézanne.

Son agente, Yoyo Maeght, petite-fille d’Aimé Maeght, fondateur de la célèbre Fondation, souligne la rigueur de ses compositions : « on ne peut rien enlever, ni rien ajouter ». Thierry Lefort retire les détails pour ne garder que l’essentiel. Yoyo Maeght et Thierry Lefort affichent une belle complicité. Une première monographie consacrée au peintre paraîtra le 27 novembre aux Éditions de La Martinière. Yoyo Maeght, qui en signe les textes et les notices, se réjouit de la préface de Jean-Christophe Grangé, l’auteur des romans « Les Rivières pourpres », « L’Empire des loups » et « Miserere ». L’écrivain avait déjà écrit sur le travail de Thierry Lefort à l’occasion d’une exposition parisienne.

Quatre murs, des fenêtres et un défi de composition

Centre hospitalier intercommunal Aix-Pertuis
©photo Pétra Wauters 

Contacté en avril par Camille de Ka Divers, alors qu’il se trouvait au Japon, le peintre a accepté la proposition avec enthousiasme. Aix lui plaît, et l’ombre de Cézanne y est omniprésente. Il s’intéresse depuis longtemps aux recherches du maître sur les formes, les couleurs et la composition. La perspective de travailler dans un hôpital a donné à la commande une résonance particulière.

Mais le projet lui réservait une surprise : il ne découvrirait pas un seul mur, mais quatre surfaces découpées par des fenêtres. Une contrainte architecturale devenue terrain de recherche. Plutôt que de juxtaposer des tableaux indépendants, il a imaginé des séquences qui communiquent entre elles, les fenêtres devenant des passages d’une composition à l’autre.

Au fil du travail, des formes inattendues ont surgi, comme un écureuil ou un toucan. L’artiste a également pu compter sur l’aide de sa fille Marine, de son compagnon Greg, de Karim, le conducteur de la nacelle, et de plusieurs autres personnes.

La création ne s’est d’ailleurs pas faite à huis clos. Le public était invité à la voir naître : rencontres avec l’artiste les 8, 9 et 12 octobre, atelier de peinture Ombre et lumière dès 12 ans le 13, puis atelier graffiti le 14 pour les jeunes patients dès 10 ans, avec le street artiste ENKAGE, autour d’une œuvre collective.

Le vendredi 16 octobre, la fresque a été dévoilée lors d’une inauguration ouverte à tous, en présence de l’artiste et de Yoyo Maeght. La soirée s’est ouverte avec la Compagnie Grenade de Josette Baïz. Par ailleurs, Pierre Boileau-Sanchez et Kim Evin ont proposé un duo plein de fougue, mêlant danse contemporaine, hip-hop et influences du monde, célébrant le métissage et les cultures urbaines.

Discret, Thierry Lefort a pris le micro avec une formule qui lui ressemble : « Je n’ai pas besoin de parler car ma peinture parle pour moi, mais je vais quand même vous dire deux mots. »

Il a raconté comment cette commande avait pris sens à ses yeux : dans un hôpital, on vient passer des examens, on traverse des moments difficiles, on ne vient pas toujours le cœur léger. Même si les patients et leurs proches sont absorbés par leurs préoccupations, il espère que la couleur et les paysages pourront les toucher au passage. Sur les murs se déploient ainsi des paysages aixois, des arbres balayés par le vent, une fontaine, la silhouette familière de la Sainte-Victoire, le tout baigné de lumière.

Yoyo Maeght a trouvé les mots pour résumer la manière dont le peintre s’empare d’une commande : « On vous propose un cadre, vous nous offrez un horizon ! » Avant de poursuivre : « Il y a des dimensions à respecter, et vous nous livrez des émotions ! ». Une façon de souligner comment l’artiste transforme les contraintes en possibilités et propose, au-delà du cadre imposé, un univers auquel on ne s’attendait pas.

Le directeur de l’hôpital, Francis Saint-Hubert, s’est réjoui de voir l’artiste trouver la beauté là où elle n’apparaît pas nécessairement au premier regard. Il rêvait, en prenant ses fonctions, d’un projet capable de rompre avec la grisaille et la tristesse associée à l’hôpital. L’œuvre réalisée dépasse aujourd’hui ce qu’il avait imaginé.

Centre hospitalier intercommunal Aix-Pertuis 
©photo Pétra Wauters

Pour Thierry Lefort, cette fresque constitue un défi plus complexe encore que son expérience de Los Angeles : il s’agissait ici de faire dialoguer plusieurs surfaces, de composer avec les ouvertures et de donner du sens à l’ensemble. « Plus c’est simple, plus c’est compliqué derrière », reconnaît-il. Cette recherche le ramène à Cézanne, dont les études et les expérimentations continuent de le fasciner. Le peintre aixois a, selon lui, laissé des questions ouvertes, des portes entrouvertes sur lesquelles il reste passionnant de travailler.

En 2022, Thierry Lefort rêvait d’Arizona, du Grand Canyon et d’une route 66 « traversée d’ombres comme il les affectionne ». Quatre ans plus tard, ce sont les ciels d’Aix et la lumière d’un hall d’hôpital qui prennent le relais. Une nouvelle aventure murale où, une fois encore, la peinture ouvre un horizon.

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