La listes des complots contre Richelieu est, le moins que nous puissions en dire, assez longue. Bien sûr, certains ont été plus importants, élaborés, comme la conspiration de Chalais ou de Cinq-Mars, avec à la base une idéologie politique assez différente, ce qui peut s’expliquer ne serait-ce que par la chronologie : le premier se situe au début de l’ascension du Cardinal, le second à quelques mois avant son décès. Entre temps, que de réformes, que de transformations. Ainsi les Grands commencent à prendre conscience que leur rôle dans la marche de l’Etat diminue et va disparaître au profit du monarque au pouvoir absolu. Et tout cela grâce au travail de Richelieu, mais aussi à la volonté de Louis XIII qu’il ne faut jamais sous-estimer. Mais il y a eu des complots, beaucoup moins élaborés et que seuls certains sachants de cette époque connaissent, comme une tentative d’empoisonnement, quelques coups de dagues ou d’épées. Des complots vite déjoués et nettement moins élaborés, souvent pensés dans l’esprit de vrais pieds nickelés si on peut oser cet anachronisme.

De fait cet ouvrage, sous la plume de Jacques Delon, dont on ne peut que saluer la précision et la qualité de la documentation qui sert de base, on va bien au-delà des complots, cet égard il suffit de lire le sous-titre pour en avoir la preuve : « intrigues, révoltes et raison d’Etat sous Louis XIII ». Et de fait, c’est toute la période de règne de Louis XIII qui est ici décrite, du moins à partir du moment où l’évêque de Luçon commence à travailler pour la Reine Régente, Marie de Médicis. Ipso facto, les principales intrigues, voire certains complots pour éliminer celui qui est devenu cardinal, tournent autour de la personnalité de la Reine Mère qui, jusqu’à sa mort, espère retrouver sa place au sommet du pouvoir. Ce n’est que grâce à la volonté de fer du Roi que, ce qui progressivement devient une véritable haine aveugle qu’elle ressent contre Richelieu, se solde par une succession d’échecs aboutissant à son exil hors du royaume. Il faut lire le passage sur la journée des dupes (qui de fait dura trois jours) pour bien comprendre ce « jeu » à trois, enfin plus exactement cette lutte sourde entre une mère et son fils.
Finalement, toutes les personnes qui gravitent autour de ces trois personnages apparaissent être moins leurs marionnettes ou a minima être mus par leurs stricts intérêts personnels ou leurs rêves. C’est évident pour Gaston d’Orléans, le frère du Roi, qui longtemps a pu croire monter sur le trône. Il est de presque tous les complots, de toutes les intrigues et fait preuve d’une totale lâcheté, préférant fuir ou révélant sans aucun scrupule les arcanes de ces complots et de leurs participants, tout en sachant que ces derniers risquent de finir sur l’échafaud.
Parmi ces personnes qui prennent parti contre le ministre, la Reine Anne d’Autriche qui en réalité va parfaire l’œuvre du cardinal et finir d’élaborer les fondations de l’Etat. De part les circonstances, elle va devenir « un Grand Roi de France », comme son fils déclara quand il apprit son décès. Et bien sûr apparait la figure du cardinal Mazarin que Richelieu perçut immédiatement comme son digne successeur. Des complots et des intrigues contre lui, il va y en avoir aussi, cependant la méthode, les façons de résoudre ces crises seront bien différentes. Mais c’est une autre histoire !.
La succession d’Henri IV marqua un moment charnière pour la France en pleine mutation et qui ne s’achèvera, de fait qu’à la mort de Mazarin quand Louis XIV décidera de gouverner sans premier ministre. Période troublée certes durant laquelle la volonté, les visions de personnages « hors du commun » ont permis de créer la France moderne. Tant d’intérêts étaient en jeu que complots, intrigues pour les éliminer de la scène publique se sont développés. Mais Richelieu, soutenu par Louis XIII, a su rester impassible et surtout demeura assuré que le chemin qu’il empruntait était celui qui ferait de la France le pays le plus puissant d’Europe.
Les complots contre Richelieu
Jacques Delon
éditions du Panthéon. 30€
Illustration de l’entête: Triple portrait de Richelieu par Pierre de Champaigne (1642). Huile sur toile, 58,7cm/72,8cm. National Gallery,Londres
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