Pour son exposition de l’automne-hiver 2026, la Maison de la culture du Japon à Paris met à l’honneur les shunga ou « images de printemps », ces estampes et peintures érotiques japonaises longtemps marginalisées avant d’être reconnues comme un pan majeur du patrimoine artistique du Japon. Réunissant un grand nombre de chefs-d’œuvre du genre, et notamment ceux d’Utamaro et de Hokusai, la Maison de la Culture du Japon à Paris ambitionne de mettre en lumière leur originalité et en quoi leur place est unique au monde.
Rares sont en France les expositions présentant des estampes et peintures érotiques japonaises. L’art des shunga (春画), ou « images de printemps », a connu son essor durant l’époque Edo (1603-1868), quand le Japon entretenait de rares contacts avec l’étranger et que s’épanouissait une culture urbaine, riche et raffinée. Quasiment tous les maîtres de l’ukiyo-e, à commencer par Harunobu, Utamaro et Hokusai, ont composé des images érotiques, ce qui est une des caractéristiques majeures de ce genre.
À l’origine, les shunga se présentent sous forme de peintures, réservées à une élite en raison de leur rareté. Mais au 17e siècle, avec le perfectionnement rapide de la technique de la gravure sur bois, les livres imprimés et les estampes deviennent leurs principaux supports de diffusion. Il peut sembler étonnant que, malgré leur thématique licencieuse, nombre de shunga soient réalisés avec un soin remarquable et constituent des chefs-d’œuvre de l’art japonais. Cependant, les maîtres de l’ukiyo-e considéraient la réalisation d’œuvres érotiques comme faisant partie intégrante de leur travail.

L’humour est une autre particularité majeure des shunga qui, longtemps, ont été appelés « images pour rire » (warai-e). Il faut en effet souligner que les œuvres érotiques n’avaient pas pour seule fonction de stimuler le désir sexuel. Leurs usages étaient multiples : amuser, divertir, éduquer les jeunes mariés… voire même se protéger des incendies.
Tout aussi surprenant est le fait qu’au 18e siècle, les représentations érotiques de courtisanes, notamment du célèbre quartier des plaisirs de Yoshiwara (吉原 ) sont peu nombreuses comparées à celles dépeignant les ébats de couples mariés ou d’amants. Les shunga mettent en avant l’épanouissement sexuel de partenaires heureux de faire l’amour et accordent une grande attention au plaisir féminin. Sans doute parce que les femmes de l’époque Edo aimaient, elles aussi, contempler ces images.

Présentées de façon chronologique, les superbes œuvres réunies dans cette exposition retracent l’évolution des shunga et déconstruisent certaines idées reçues sur cet art qui connaît un regain d’intérêt dans le monde entier.
L’exposition Shunga – Chefs-d’œuvre de l’art érotique à l’époque Edo (1603-1868) représente ainsi une occasion exceptionnelle pour les visiteurs de pouvoir non seulement admirer des œuvres magnifiques longtemps conservées de façon confidentielle, mais aussi découvrir des aspects surprenants de la société japonaise à l’époque Edo.
En raison de la fragilité des œuvres, leur présentation se fera en deux temps : premier volet : 12 novembre-19 décembre 2026 / second volet : 5 janvier-13 février 2027
Exposition réservée aux plus de 18 ans.
Commissariat :
Kazutaka Higuchi (professeur à la Jumonji University)
Rossella Menegazzo (professeure associée à l’université de Milan)
Organisation : MCJP (Fondation du Japon) et le soutien de :Sumisho Art Gallery et Hosomi Museum
Avec le concours de : Association pour la MCJP, Fondation Franco-Japonaise Sasakawa.
Illustration de l’entête: Chōbunsai Eishi, Beautés rivalisant de charme au fil des saisons, 1789-1801, Quatre rouleaux verticaux, couleurs sur soie, Collection Michael Fornitz
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