Quand vous commencez un livre publié par les éditions Au Diable Vauvert, vous êtes nul doute certain de vous plonger dans une lecture assez éloignée de la production littéraire classique, toujours captivante, et c ‘est tant mieux ! Nous sommes en effet bien loin des autopsychanalyses ou de la reconnaissance que l’on doit à nos ancêtres! Cela ne veut au demeurant pas dire que c’est loufoque, irréaliste, loin de là. On peut être très sérieux sans se prendre pour un génie (que généralement nous ne sommes pas) pédant, suffisant, donneur de leçons. Ce que n’est sûrement pas le cas de ce roman de Marie Colombe et au titre quelque peu farfelu ( mais nous sommes au Diable Vauvert!) : Le Bruit du melon qui tombe !

Mila est une jeune femme d’une vingtaine d’années qui a toujours vécu dans un palace à New-York avec sa « nounou » colombienne Lupita. Son univers se résume à cet établissement et à ses environs. Elle voit de temps en temps sa mère June qu’elle déteste quelque peu. Cette dernière, une des pontes de la finance internationale, créatrice des subprimes, totalement absente dans son rôle de mère et ne voyant en Mila que son héritière au niveau de la finance.
Mais arrive la crise et sa mère qui partie de rien et est arrivée grâce à son travail, ne fait pas partie de l’élite, aussi sert-elle de fusible et finit dans un hôpital psychiatrique. Tous les comptes bancaires sont fermés et toute la famille (Mila, June et Lupita qui ne veut pas les abandonner) se retrouve à la rue. Grâce à la colombienne, elles se retrouvent en Provence, dans un mas chez le grand-père de Mila, un homme taiseux, ayant quelque peur de sa fille et qui a du mal à communiquer.
Pendant que June rumine des plans pour se venger, Mila essaie de s’acclimater à son nouvel univers et de profiter d’un sentiment nouveau : la liberté, car progressivement elle arrive à s’extraire des griffes de sa mère. Elle va même jusqu’à travailler dans le bistrot du village où elle finit très vite par se faire apprécier. Mais surtout Mila arrive à reconstituer la jeunesse de sa mère, ses aspirations à cette époque mais aussi ses traumatismes et sa révolte contre son père et ce milieu alors qu’elle était enceinte.
Mais Mila se sentant toujours responsable de sa mère, elle l’accompagne dans la réalisation d’un de ses délires. Si rien de grave ne se passe c’est grâce non seulement à Lupita mais aussi (et surtout) aux clients habituels du bar. Et enfin, elle est libre.
Je ne sais pas pourquoi, j’ai très vite trouvé que Mila avait beaucoup de ressemblance avec Lizzie Martin l’héroïne d’Ann Granger : une jeune femme espiègle, dotée d’une imagination foisonnante et quelque peu « casse-cou », prête à toutes les expériences même les plus risquées. Et il est vrai que Mila est attachante dans sa quête de liberté tout en étant prisonnière de ce sentiment qui fait qu’elle se croit obliger de protéger sa mère. Même cette dernière, toute ignoble, désagréable, voire odieuse qu’elle est, dès qu’on comprend ses passifs devient fragile, humaine et ne résistant que par une force morale hors du commun. Des Mila, des June, voire des Lupita, nous en connaissons et c’est pour cela certainement que nous trouvons la lecture de ce livre si plaisante. De plus vous avez une très bonne leçon sur les surprimes et la finance internationale, monde sans pitié où règne la loi du plus fort (et du plus riche), mais adoucie dans le livre par l’empathie colombienne.
Le bruit du melon qui explose
Marie Colombe
éditions Au Diable Vauvert. 22€
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