Accueil Livres, Arts, ScènesHistoireQuand les Corsaires servaient l’état et écumaient la Manche

Quand les Corsaires servaient l’état et écumaient la Manche

par Émile Cougut

Voici un petit essai historique sur un sujet rarement traité concernant les corsaires. Pas les corsaires en général car les études ne manquent pas et elles portent essentiellement sur ce que l’on appelle la Grande Course, c’est à dire loin de nos côtes, mais la Petite Course, celle qui part de nos ports pour des missions courtes sur des bateaux légers comme des cotres (un voilier rapide à plusieurs mâts qui possède au moins deux voiles d’avant, le foc et la trinquette). La Petite Course est régie par les « mêmes règles » que la Grande, des lettres de marque au partage du butin suivant des critères très précis.

Lettre de marque servant patente entre un corsaire et son commanditaire

Jean-Noël Benoit retrace ce phénomène durant le Consulat et le Directoire autour d’Antoine Joseph Preira dit Balidarès. Ce dernier est né à Guimaraes eu Portugal le 27 août 1782. Il faut bien dire qu’il y a énormément de zones d’ombre dans sa biographie, ce que l’on connait de sa vie est à rechercher dans des archives diverses et variées qui dessinent un homme arrivé à Dieppe, employé par l’armateur Quenouille l’Aîné qui le prend sous sa protection et lui confit un vaisseau pour la course. Il est vite reconnu pour son courage, son intrépidité et par voie de conséquence, ses succès maritimes. Il fait souche à Dieppe, se marie, achète des immeubles, est fait au moins deux fois prisonnier et connait les pontons anglais (il s’échappe au moins une fois), renonce à la course et se lance dans la contrebande.

En 1815, à la suite d’un incident avec les douaniers, Balidarès est condamné à 10 ans de travaux forcés, mais il a le temps de s’enfuir pour le Mexique où il va indéniablement participer à l’indépendance de ce pays (et d’autres pays d’Amérique Latine d’ailleurs) avec d’autres corsaires français comme Lafitte, avant qu’il ne disparaisse des archives. De fait, on ne sait ni quand, ni comment, ni où il décède.

A travers ce personnage, Jean-Noël Benoit retrace la vie à Dieppe en ce début du XIXè siècle et surtout celle des marins embarqués dans cette Petite Course. Un monde rude, pauvre, mais qui avec de la chance et du courage pouvait permettre une ascension sociale rapide. De jeune réfugié pauvre portugais qu’il était, Balidarès va vite devenir un bourgeois, un notable respecté. Il nous fait revivre aussi les combats maritimes en insistant, à juste titre, à leur évolution : au début peu meurtriers, ils deviennent à la fin de l’Empire de véritables boucheries particulièrement sanglantes. 

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Il est bon de noter qu’après cette période, la Course va aller en diminuant jusqu’à son interdiction par le Traité de Paris de 1856. Mais les Etats-Unis ne l’ont pas ratifié, ainsi en 2007, la société Pistris a eu des lettres de lettre de marque pour armer un navire battant pavillon étatsuniens pour traquer les pirates dans le Golfe d’Aden. Les corsaires ne font pas que partie du passé, sacrebleu !                 

Corsaire dans la Manche : légende et réalité
Jean-Noël Benoit

éditions. L’Harmattan. 14€

Illustration de l’entête: Combat naval 26 floréal An VII. Anonyme. Huile sur toile. © Musée du Vieux Granville. Un corsaire français attaque un navire anglais bien plus grand que lui. Les voiles déchirées par les boulets prouvent l’intensité du combat.
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