Les Belges connaissent bien l’homme politique qu’est Paul Magnette, les Français nettement moins. Mais ce n’est pas grave car le livre qu’il a écrit et que les éditions Michalon viennent de publier dans leur collection Le bien commun est le résultat du travail universitaire de l’auteur, car Paul Magnette est avant tout, professeur de théorie politique à l’université libre de Bruxelles. Plus exactement un livre qui rassemble une série de séminaires et de conférences qu’il a dirigés et qu’il a tenus autour de la pensée de Machiavel.

Encore, diront certains. Oui, encore, mais l’angle d’attaque de l’auteur pour étudier la pensée du génial florentin est pour le moins original : la nature, la nature avec les savoirs, les mentalités, les rapports entre l’homme et la nature de ce début du XVIèsiècle. Nous sommes loin, très loin de de ce qui prime à notre époque : la domination de la nature par l’homme, Descartes est passé par là.
Non, la nature est perçue comme pleine de mystères, dangereuse et c’est l’homme qui doit se plier à ses règles, ce qui ne l’empêche pas d’essayer de percevoir les règles qui la dirigent et de les adapter.
Je ne vais pas prendre tous les développements de l’auteur qui se base bien sur les œuvres principales de Machiavel comme le Prince ou les Discours sur la première décade de Tite-Live mais aussi sur sa riche correspondance dans laquelle il est bien plus explicite sur sa pensée. dont ses inspirateurs se trouvent être Lucrèce avec le matérialisme, et Polybe en ce qui concerne la corruption. La corruption venant essentiellement de l’envie et de l’insatisfaction qu’ont les hommes de ne jamais être satisfaits de ce qu’ils ont et veulent posséder encore plus, ou jalousent les biens des autres. Nous sommes très loin de Rousseau, pour Machiavel, l’homme n’est pas naturellement bon ; la société, contrairement aux jérémiades du Genevois ne le pervertit pas, au contraire, elle permet d’endiguer tant faire se peut cette corruption « naturelle »
La nature nous la retrouvons aussi dans la similitude entre la société et le corps des hommes avec un parallèle entre les différentes sortes d’organisations politiques et la médecine de l’époque avec la théorie des humeurs de Galien.
Tout, strictement tout est une question d’équilibre, les sociétés évoluent quand l’équilibre en son sein se maintient tout va bien, mais dés qu’ill se rompt, c’est la crise, la révolution, voire le changement de régime politique qui perdurera jusqu’à une nouvelle crise. Tout périt, tout évolue, tout est dans le changement dans une vision non linéaire mais plutôt cyclique de l’Histoire.
Paul Magnette nous livre ici une analyse de la pensée politique de Machiavel bien loin des préjugés que la légende noire nous a livrés autour du cynisme, de l’art du mensonge qu’il aurait promu pour gouverner. Et bien des passages ne vont pas s’en nous faire penser à la situation politique de la France actuelle autour de la corruption, de l’insatisfaction qui provoque l’envie de s’accaparer ce que d’autres ont et pas nous. On trouvera des passages sur la reproduction des élites que Bourdieu n’aurait pas démentis, voire-même des explications sur le mouvement des gilets-jaunes ! Décidément, Machiavel est vraiment un immense penseur politique toujours et même encore plus d’actualité.
Machiavel
La liberté naturelle
Paul Magnette
éditions Michalon. Collection Le bien commun. 12€.
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Illustration de l’entête: Portrait posthume de Nicolas Machiavel, par Santi di Tito. Palazzo Vecchio, Florence • WIKIMEDIA COMMON


