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De la danse à la BD avec Josette Baïz et le Groupe Grenade

par Pétra Wauters

Josette Baïz, la danse en partage… et sans frontières !

Il y a des artistes qui suivent un chemin tout tracé. Ce n’est pas le cas de Josette Baïz, qui a toujours préféré ouvrir des portes, bousculer les habitudes, laisser les rencontres lui montrer la voie.

Un coin de Paradis
© Yvon Alain

Depuis ses débuts à Aix-en-Provence, en 1978, elle nourrit une curiosité insatiable pour toutes les formes de danse. Elle aime décloisonner les styles, mélanger les influences et faire tomber les frontières entre les univers chorégraphiques. Pour elle, les styles ne s’opposent pas : ils se rencontrent, se mélangent et s’enrichissent. Et c’est bien ce qui nous a été offert sur scène lors de ces trois représentations d’Un coin de Paradis au GTP d’Aix-en-Provence. Les corps y racontent le monde à leur façon : classique, contemporain, hip-hop, break, danses orientales, africaines ou gitanes… C’était drôle, touchant, émouvant, et audacieux. 

La chorégraphe est partie de « Paradis », créé en 1997 par le duo José Montalvo et Dominique Hervieu, une pièce emblématique, au succès international et populaire, qui touche aussi bien les enfants que les adultes. Presque trente ans plus tard, Josette Baïz, fondatrice du Groupe Grenade à Aix-en-Provence, la rebaptise « Un coin de Paradis » avec sa patte si reconnaissable. Les films qui avaient été tournés entre 1997 et 2000 ont été conservés dans leur intégralité, et quelle belle idée de les projeter en fond de scène ! On découvre sur les planches dix danseurs du Groupe Grenade, répartis en deux distributions selon les jours de représentation (10-13 ans et 13-16 ans), ainsi que les jeunes danseurs de l’époque.

Un coin de Paradis
© Laurent Pallier

Inutile de vous dire que le spectacle est « complet » : les séquences dansées se multiplient sur scène et, tout à la fois, sur des rideaux-écrans, voiles blancs qui se soulèvent et s’animent grâce à des projections souvent très drôles, décalées, colorées, joyeuses, métissées. Les danseurs de chair se mêlent aux images filmées. Mais où est qui ? On croit voir un vrai danseur, et hop, il se fait aspirer par une force venue d’ailleurs et file vers le plafond, depuis son rideau blanc. Il sera suivi par d’autres, qui disparaîtront à leur tour en accéléré, dans une agitation ubuesque de bras et de jambes incontrôlables !  De la magie, je vous le dis, de la magie ! Dans « un coin de Paradis », on y danse, on joue, on crie, on s’amuse même à des vocalises complètement loufoques, qui reviennent à deux reprises et font rire les plus jeunes. On y sera peut-être un peu moins sensible, de même qu’aux tableaux de percussions sur les fesses, qui reviennent souvent : des séquences créées par les auteurs de la pièce originale, qu’il aura sans doute fallu conserver. C’est la loi de la reprise : l’essentiel est que Josette Baïz honore l’œuvre des créateurs tout en y glissant sa propre signature. On s’émerveille, car une ménagerie est invitée à la fête : un petit chien cabotin, et même un éléphant, un tigre, un chameau… Normal, c’est le Paradis, et au jardin d’Éden, les animaux ne manquent jamais à l’appel ! Comme on ne fait pas monter un éléphant sur scène, c’est la vidéo qui prend le relai et, très drôle et bien fait et on s’y croirait, les danseurs leur courent après, manquent souvent de se faire piétiner ! Voilà qui dépasse les frontières entre les continents, et aussi entre les styles : ici, tout se mêle, tout se transforme. De la danse à la BD, on croit rêver. La partition musicale colle si bien à la chorégraphie : elle mêle l’esprit baroque d’Antonio Vivaldi et de Jean-Philippe Rameau aux sonorités urbaines de DJ Z-Tripp et Toni Murena.

Olécio partenaire de Wukali

On sait combien, dans le travail de la chorégraphe, ces jeunes apportent leurs propres univers, leurs rythmes, leur énergie, leur spontanéité. Elle leur consacre du reste tout son temps depuis quelques années. Avec eux, Josette Baïz ne se contente pas d’explorer le mouvement ou d’étudier une prouesse physique : elle questionne, fait entendre des voix, instaure des dialogues, et nous surprend toujours.

Elle nous a fait un coucou dans la salle ce mercredi soir, et a rendu un bel hommage à « ses jeunes gens » avant de présenter son spectacle, vivant et généreux, à son image. Elle est « sérieuse », Josette Baïz, mais elle est aussi profondément joyeuse, et cela fait un bien fou ! Une joie et une énergie communicatives !

D’après la pièce Paradis de José Montalvo
Adaptation Josette Baïz – Groupe Grenade
Directrice artistique Josette Baïz
Assistantes chorégraphiques Groupe Grenade Kanto Andrianoely, Sinath Ouk
Assistante chorégraphiquede la pièce originale Dominique Hervieu 
Transmission Joëlle Iffrig 
Création lumière Christophe Pitoiset 
Re-création et lumière Erwann Collet
Images et régie vidéo Pascal Minet, Samuel Carré
Régie son Lambert Sylvain
Re-création costumes Claudine Ginestet
Musiques Antonio Vivaldi, Jean-Philippe Rameau, DJ Z-Tripp, Toni Murena

Avec les interprètes du Groupe Grenade – 10 danseurs
Distribution 1 (10/13 ans) – Mardi 3 novembre 
Nour Belmekki, Elena Chevereau, Ella Christophers, Anatole Derieux, Marius Duseaux-Olive, Chiara Ménard, Fanya Mhoumadi, Antoine Palazzo, Salomé Rudloff, Issam Ousseini
Distribution 2 (13/16 ans) – Mercredi 4 et jeudi 5 novembre
Hector Amiel, Zhina Boumdouha, Manon Collins, Thelma Deroche-Marc, Joanna Freling, Tristan Marsala, Sacha Marty, Lilith Orecchioni, Noah Said Ali-Grenier
Interprètes film de la Compagnie Montalvo-Hervieu Walid Boumhani, Delphine Caron, Laurent Chédri, Dominique Hervieu ou Olga Plaza Villen, Joëlle Iffirg, Chantal Loïal, Mélanie Lomoff, Mktar Niati, Merlin Nyakam, Bobo Pani, avec la participation de Marquis Pauwells et son chien Binic

Illustration de l’entête: Paradis © Laurent Pallier

Pour nous écrire: redaction@wukali.com

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