Manga robot, I have a dream !


La chronique de Pierre-Alain LÉVY.


Verrons-nous bientôt dans nos musées La Joconde ou telle autre figure célèbre immortalisée par un artiste dans une peinture ou une sculpture s’adresser aux visiteurs pour les renseigner sur leurs propres histoires ou donner plus largement des conseils ? Telle est bien l’hypothèse envisagée dorénavant, et la science fiction s’efface pour laisser place aux innovations de la robotique. C’est déjà le cas au musée de Tokyo où deux charmantes, quoique étranges, jeunes-femmes répondent aux questions du public

Au Japon les chercheurs de l’Université d’Osaka ont mis au point un androïde qui a toutes les apparences troublantes d’un véritable humain qui comme vous le savez depuis Lucy est depuis le commencement femme.

La recherche japonaise est à l’avant-garde mondiale des réalisations les plus performantes de la robotique. Le professeur Hiroshi Ishiguro de l’Université d’Osaka, directeur du Laboratoire d’intelligence robotique et de communications, qui a conçu ces deux androïdes a, bien au delà du seul domaine productif, poussé sa réflexion et ses réalisations dans les domaines de l’assistance psychologique et médicale ( aide aux personnes seules et âgées, aide au déplacement) ainsi que des sciences cognitives et des neuro-sciences. Ses robots répondent à de véritables besoins dûment identifiés. Hiroshi Ishiguro a publié ses réflexions dans de nombreux livres tel le pertinent: Hito to geijutsu to andoroido–watashi wa naze robotto wo tsukuru no ka (Humans, art, and androids: the reason why I create robots) publié aux éditions Nippon Hyoronsha.

Lors de la conférence de presse qui a suivi ce mardi 24 juin la présentation au musée de Tokyo de ces deux nouvelles recrues le professeur Hiroshi Ishiguro a précisé que «construire des robots, cela signifie explorer tout ce qui constitue l’ être humain»

Les deux charmantes personnes quelque peu statiques, mitraillées par les photographes, et contrôlées à distance parlent, leurs lèvres se soulèvent, comme leurs sourcils, les yeux papillonnent et elles déplacent leur tête de côté. Leurs voix peuvent être modifiées et couvrirent plusieurs tonalités et registres. Les robots présentés lors de cette conférence de presse portent tous de drôles de noms Kodomoroid, Otonaroid, Pepper ( un robot qui sera bientôt commercialisé pour moins de 2100$).


Le robot constituerait-il le chaînon manquant à nos sociétés à bout de souffle, serait-il aussi le médium qui permettra aux pays appelés naguère du Tiers-Monde, de rattraper leurs retards de développement, tout cela est bien probable.

Il est particulièrement intéressant que c’est au Japon, au pays des mangas, que s’est dévoppé depuis des décennies, l’intérêt pour les androïdes robotisés. En d’autres termes, la culture manga a constitué l’aiguillon conceptuelle des étudiants et des chercheurs. Les universités et les laboratoires de recherches japonais ont travaillé sur des maquettes intellectuelles qui dans un premier temps avaient un caractère essentiellement ludique ( mais Einstein ne s’amusait-il pas aussi d’un petit jouet de caractère simpliste à savoir une échelle miniature où une grenouille de bois montait et descendait sans fin). La finalité au demeurant tout à fait intéressante consistant à confier au robot des tâches ingrates ou répétitives. Les grands laboratoires de recherche dans le monde travaillent sur des robots où l’appareil peut remplacer l’homme opérant dans des conditions précaires ou dans un environnement fragilisé tel le nucléaire, et notamment et en France où le CEA a acquis dans ce domaine une expertise unique. Ce domaine du nucléaire ouvre un champ immense à la recherche et conduit à remplacer le travail qu’un humain ne pourrait pas faire par l’utilisation d’un robot, il est parfaitement inutile d’expliciter plus, surtout au Japon.

Chacun sait que les clés du développement industriel résident notamment dans le nombre de robots productifs installés dans les chaînes de fabrication des usines, la France dans ce secteur a accumulé depuis des années du retard qu’il s’agit de combler. Voici maintenant venir le temps des robots sociaux, aubaine ou inquiétude pour nos egos et nos cerveaux névrosés ?

Pierre-Alain Lévy et Tatsuya Suzuki correspondant de Wukali au Japon


WUKALI 25/06/2014


Illustration de l’entête: Deux charmants personnages androïdes féminins à gauche et à droite encadrent à gauche Hiroshi Ishiguro et Mamoru Mohri à droite, directeur opérationnel du musée national des sciences émergentes et de l’innovation de Tokyo


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