The great bronze equestrian statue by a master of the Renaissance period


[**Donatello *] (1386/87-1466), le plus génial sculpteur du [**Quattrocento,*] a créé cette statue équestre entre 1446 et 1453 à [**Padoue*]. Elle mesure 340×390 cm et se trouve sur la Piazza del Santo, le parvis de la basilique Saint-Antoine, au cœur de la ville historique. Elle repose sur un important piédestal en pierre de 777cm de hauteur, soit le double de la statue. L’œuvre était donc présentée ainsi pour être vue de loin .

C’est la première statue équestre créée après la fin de l’Empire Romain d’Occident, donc la première depuis plus d’un millénaire. Les seules références possibles de l’artiste furent la statue équestre de l'[**Empereur Marc-Aurèle*] qu’il vit à[** Rome*] lors de son passage en 1432/33, les[** chevaux de Saint-Marc*] conservés dans la basilique du même nom de la proche [**Venise*] qu’il connaissait bien et, peut-être, la statue connue sous le nom de [**« regisole  »,*] représentation probable de l’Empereur [**Antonin le Pieux*], qui se trouvait alors à [**Pavie*] et qui fut détruite par les armées napoléoniennes lors de la campagne d’Italie(1796/97).

Padoue est une très ancienne cité, devenue ville universitaire européenne dès le douzième siècle, et un des foyers du renouveau humaniste qui devait conduire à la Renaissance. Le grand historien [**André Chastel*] la désigne même comme un des trois « centres » de la vague humaniste : celui des recherches épigraphiques et archéologiques. La cité connut son apogée sous les [**Carrara*] au quatorzième siècle. Elle était devenue dépendance de Venise en 1403.

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Le [**Gattamelata *] était un chef de guerre, un commandant de soldats mercenaires au service des cités-états ou du Pape, en italien un « Condottiere», mot passé à l’Histoire par l’intermédiaire des plus belles représentations équestres, dont celle-ci. Leur ériger de tels cénotaphes implique une reconnaissance de leur pouvoir [**militaire et politique dans l’Italie de l’époque, comme celui de*] Francesco Sforza à Milan. Notre homme mourut en 1443.

Le caisson sur lequel repose l’œuvre grandeur nature montre les armoiries du condottiere sur le bas-relief de droite. Deux génies ailés, avec l’armure de guerre du Gattamelata et son casque surmonté d’un chat en cimier, enserrent les blasons. Sur le bas-relief de gauche, deux génies différents montrent un écusson formé de la signature de Donatello et d’entrelacements. L’ensemble est situé sur une base arrondie. Sur le bas, des portes aveugles symbolisent l’entrée aux enfers.|center>

Donatello a utilisé la méthode de la cire perdue pour ériger ce monument de bronze, ce qui l’aida à résoudre les innombrables difficultés techniques nécessaires à la fonte du métal. La réussite exceptionnelle atteinte par l’artiste lui permit de produire une image puissante, idéalisée à l’instar des artistes de la Rome antique, tout en conservant un réalisme vivant. Sa création devint le modèle de toutes les statues équestres qui suivirent.

[**Rappelons brièvement ce qu’est la méthode de fonte à la cire perdue :*]

– « Procédé de moulage à partir d’une sculpture originale en cire à laquelle on soude des jets et des évents, également en cire. On recouvre le tout d’un ciment réfractaire qui laisse passer les jets et les évents. On chauffe après solidification du revêtement, ce qui provoque l’évacuation de la cire par les évents. Elle laisse un creux qui sera remplie via les jets. Les évents permettent l’évacuation de l’air et la répartition adéquate de la matière dans les détails du moule. On va alors détruire le moule pour laisser apparaître l’œuvre de bronze, qui devra être débarrassée des traces des jets et des évents, c’est ce que l’on nomme : la re-parure (d’où le verbe : réparer). Cette technique permet la réalisation de pièces uniques en métal, généralement en bronze ».

La taille de l’homme est réelle, en opposition avec la représentation de l’Empereur Marc-Aurèle sur son destrier, bien plus importante. C’est une personnification du héros militaire de l’antiquité, ce que la vie de ce Condottiere ne justifiait pas. Il est en selle, recouvert d’une armure, une immense épée, excessive, au flanc gauche, un bâton de commandement dans la main droite mais l’homme manque visiblement d’énergie. Il tient les rênes de la main gauche. Ceux-ci sont ouvragés, comme la selle.|center>

Sa tête penche sur sa gauche, le regard paraît lointain : il est perdu dans ses pensées. L’homme est assez âgé : les mèches de cheveux sont éparses. Une forme de lassitude évidente s’empare de lui et se communique au spectateur. Visage réaliste où rides et arcades sourcilières sont fortement présentes. Le menton est restreint. Le front est dégagé…

La cuirasse est celle des Empereurs de la Rome antique. Elle est en cuir avec des parties métalliques, ornée d’une figure de méduse. On notera l’absence de casque. Des armatures métalliques protègent épaules, coudes et genoux. Des sandales recouvrent ses pieds. Tous ces attributs sont romains alors que l’épée, d’apparat, est de son temps ainsi que la selle et les éperons à molettes.

Le cheval est au pas, il marque l’amble : les pattes avancent du même côté. Il tourne sa face vers la gauche, accentuant ce léger mouvement de la statue équestre sur ce côté. Il opère une légère inflexion vers le sol. Le sabot de sa patte avant gauche repose sur un boulet de canon, permettant une meilleure assise. Les problèmes de poids du métal utilisé, l’échelle constitutive de l’œuvre, la posture du cheval sont les motifs expliquant la présence de ce boulet. Un certain défaut d’expressivité est visible également sur la physionomie de l’animal, malgré le rendu apparent des veines et la présence du mors. Il est incontestable que les proportions du quadrupède sont peu harmonieuses, surtout dans le rendu de la croupe trop épaisse, trop haute, trop massive, et dans celle du poitrail lourd, empâté, compact.

Ces défauts n’empêchent pas la puissance intrinsèque de la sculpture de se développer car Donatello a su lui insuffler suffisamment de souffle épique : il utilise l’émotion, la position et le symbolisme pour transmettre son message de « puissance éternelle ».

Jacques Tcharny

[*À suivre…! *] [**Prochain article vendredi 5 Août: Verrocchio, Le Coleone.*] [*Qu’on se le dise !*]


WUKALI 02/08/2016
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