Not only his virtuosity impressed the artists of his epoch, but he embodied in fact the soul of the Romanticist period


Considéré comme le plus grand violoniste de tous les temps, Niccolo Paganini est né à Gênes en 1782 et mort à Nice en 1840. Il composa sa première sonate à l’âge de huit ans et donna son premier concert six mois plus tard. Il fit des tournées dès ses quinze ans. Il gardait le mystère sur ses techniques de jeu, devenant ainsi le premier musicien à gérer sa carrière comme un publiciste actuel le ferait !

En plus d’une technique spécifique, il disposait d’une morphologie particulière : bien que de taille normale, ses mains possédaient une extensibilité hors-normes. Son ouïe était de qualité supérieure à la moyenne. Deux musiciens contemporains ont marqué Paganini:

Frédéric Durant, violoniste polonais croisé vers 1795

Hector Berlioz, rencontré en 1833 en Italie. Il faut lire les Mémoires de Berlioz pour découvrir l’extrême générosité du personnage et son génie. Paganini avait assisté à un concert de Berlioz le 16 décembre 1838 où était joué Harold en Italie, il en fut bouleversé, après le concert bien que souffrant d’une tumeur au larynx qui l’empêchait de parler et aidé de son jeune fils qui se fait médiateur il vient féliciter avec enthousiasme Berlioz pour son immense talent, puis le surlendemain il lui fait parvenir une lettre avec un ordre de banque à M. de Rothschild pour verser au jeune Berlioz la somme impressionnante de vingt mille francs.

Paganini utilisa de nombreux instruments mais ceux qui le marquèrent, et qu’il préférait, étaient :
-Le « Cannone », créé à Crémone en 1743 par le luthier Guarnerius, son favori pour sa plénitude de son.
-Le «Vuillaume », fabriqué à Paris par le luthier du même nom en 1833, fidèle reproduction du « Cannone ».

Au demeurant il possédait pas moins de 11 Stradivarius !

Paganini appartient à la génération montante des Romantiques apparue au début du 19ème siècle. Il connut Beethoven, Schubert, Chopin, Liszt, Berlioz… Il en est l’un des grands créateurs, révolutionnant l’art du jeu du violon : la pertinence et la précision des effets et des thèmes qu’il propose sont inconnus à son époque. Son influence fut considérable tout au long du 19ème siècle, elle dure encore aujourd’hui.

-Dans « L’Interdiction », Balzac écrit d’un peintre : « il a dans son pinceau ce que Paganini avait dans son archet, une puissance magnétiquement communicative ».
Schubert : « dans l’adagio de Paganini j’entendis le chant des anges ».
Liszt : « Quelle souffrance, quel angoisse, quels tourments ces 4 cordes peuvent exprimer ! ».

-Suite au premier concert de Paganini à Paris en 1831, le critique Ludwig Boerne écrivit : « Ce fut un enthousiasme divin, diabolique, je n’ai jamais vu ou entendu quelque chose de semblable de toute ma vie. Tous les gens sont devenus fous ».
François Castil-Braze : « Vendez tous ce que vous possédez, bradez tout mais allez l’entendre. C’est le plus surprenant, le plus miraculeux, le plus merveilleux…Le plus inattendu des phénomènes jamais survenus ». Suit une description physique de l’artiste : « cinq pieds, cinq pouces(1m65), taille de dragon, visage long et pâle, fortement caractérisé, bien avantagé au nez, œil d’aigle, cheveux noirs, longs et bouclés. Les prunelles, étincelantes de verve et de génie, voyagent dans l’orbite des yeux »…
-Enfin, Spohr le qualifie de sorcier : « On dit que c’est un véritable sorcier car il tire de son violon des sons inconnus avant lui »…

Le triomphe de l’artiste fut total partout où il passa. A tel point qu’il amassa une fortune en or : plusieurs fois son poids ! Ce qui ne s’était jamais vu…

L’image traditionnelle de l’artiste est celle d’un personnage quasi-satanique : que ce soit le tableau de Delacroix, qui annonce directement Daumier par son côté « maçonné », la sculpture de Dantan jeune, portrait exacerbé en pied, les innombrables charges et caricatures parvenues jusqu’à nous, tous nous le montrent bougeant, dansant, triturant son violon avec ses doigts immenses, manipulant l’archet comme une plume d’écriture, de longs cheveux accentuant son « diabolisme », son nez « avantageux » devenant celui d’une fouine par une sorte de transmutation mentale liée à l’ésotérisme ambiant de son époque et dont il reste quelque chose dans notre mental contemporain…

Le dessin qu’en fit Ingres en 1819 est d’une autre nature (dessin d’illustration de l’entête). Le violoniste est vu de face jusqu’à la taille, le violon sous le bras, serein, le regard est de braise, une grande sobriété de moyens et une facture au demeurant très néo-classique. C’est un dessin de parité ( Ingres jouait comme chacun sait du violon et avait sollicité une fois Paganini pour jouer en duo avec lui), celui d’un peintre, dessinateur et violoniste au demeurant talentueux, pour un autre violoniste quant à lui dionysiaque et transcendantal ce que n’aurait pas désavoué Liszt…. C’est d’abord et avant tout un dessin d’hommage.

Yehudi Menuhin et Adolph Baller. Paganini. Mouvement perpétuel. (enregistrement 1947)


On n’en finirait pas de disserter sur le sujet ! Imaginez que vous assistiez à un de ses « récitals » parisiens en 1831 : vous voyez arriver ce petit bonhomme maigre aux yeux immenses, à l’aspect fragile, dans une tenue serrée qui l’enferme en lui-même… Un malaise indéfinissable s’empare alors de vous : le personnage vous déplaît mais vous êtes fasciné….C’est le miroir aux alouettes… Soudain, il se met à jouer… Et là, c’est le miracle : sa main torture son violon et vous le ressentez en vous ! Vous participez alors à cette inquisition musicale et vous en redemandez ! Vous êtes un mélomane averti pourtant, mais il créé des accords musicaux nouveaux, merveilleux, il tire de « l’instrument magique » des sons mélodieux parfaitement inconnus sur Terre… Comme toujours dans ces cas là, c’est-à-dire quand on ne comprend pas quelque chose d’en avance sur son temps, on rattache le personnage au démon : Paganini devient le suppôt du Diable ! Si ce n’est Satan lui-même…

Il y aurait beaucoup à dire sur cette opération mentale liée à notre héritage psychanalytique judéo-chrétien…Qui est un formatage de près de trois mille ans… Nous dirons seulement que nous avons de la chance de vivre dans des démocraties, aussi imparfaites soient-elles…

Revenons à notre sujet : l’artiste vous déborde en unissant vision et audition : seule, la seconde eut été insuffisante pour vous bouleversez ainsi. L’union fusionnelle de l’ouïe et de l’œil est nécessaire à cette alchimie psychologique… Qui s’avère être la recherche primordiale, bien qu’inconsciente et confuse, de tous les artistes de cette entame du 19ème siècle… Qu’ils soient peintres, sculpteurs, architectes ou musiciens, tous participent à cette quête du Graal qui n’aboutira vraiment qu’avec le cubisme et les ballets russes de Serge De Diaghilev, au-delà de leur aspect « vieille Russie » : le syncrétisme des arts classiques…

Le « temps des romantiques », est vraiment le début d’un moment nouveau de l’histoire européenne…Le triomphe de Paganini en est la parfaite illustration. S’il avait vécu au 18ème siècle, il serait resté un marginal, admiré de quelques uns certes, mais ignoré par les autres…

Merci à vous, Signor Paganini, pour votre puissance et votre créativité : vos « dons divins » vous permirent de transcender votre enveloppe charnelle et de nous transmettre cette part d’éternité que vous possédiez lorsque vous manipuliez votre violon…Veuillez excuser vos contemporains de vous avoir relié au démon : ils ne vous comprenaient que partiellement. Un génie comme le votre n’est pas recevable par tous…

Jacques Tcharny


WUKALI 20/08/2016 précédemment paru le 09/11/2015
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Illustration de l’entête : Portrait de Paganini par Jean-Auguste-Dominique Ingres. 1819
crayon, 298 x 218 mm. Musée du Louvre

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