A fantastic actor embodying different characters in the stream on May 68 students revolt


[**Philippe Caubère*] a régalé son public du Théâtre du jeu de Paume d’Aix-en-Provence pour les 5 représentations jubilatoires données à guichet fermé du 6 au 10 février 2018. Rien d’étonnant. Le comédien est « exceptionnel » !

Ferdinand a repassé son bac. Essai transformé, mention très bien ! Pas délivré à Ferdinand, qui n’a rien fait de l’année, on est en 68, il ne faut pas l’oublier. Il a manifesté et s’est levé à midi, ça fatigue les manifs, mais Les Félicitations sont pour Philippe Caubère.

« Le Bac 68 » est entré dans les annales de cette année-là de contestation et de révolte. Ce bac fait partie de l’histoire du théâtre, au même titre que le Molière **d’Ariane Mnouchkine,*] inoubliable, ou encore, « Le roman d’un acteur » dans lequel le spectateur est invité à suivre une belle histoire du théâtre. Mais [Caubère, c’est plus encore. C’est toute une œuvre à découvrir ou redécouvrir.

« Le Bac 68 » est un épisode que l’acteur aime particulièrement, extrait de cette saga irrésistible autobiographique, une création revisitée, quelque peu modifiée, actualité oblige. On gardera en mémoire cette formidable séquence devant l’examinateur qui n’en finit pas de mélanger les questions dans son chapeau fictif. On les voit les petit papiers, chapeau bas ! [**Philippe Caubère*] nous parle du grand oral. Ferdinand est pétrifié. Du chapeau il tire son thème : la Sibérie ! Ça jette un froid, mais la salle se réchauffe vite ! L’élève ne sait rien mais va tout inventer, réinventer avec aplomb : la géographie sur la carte, les riches gisements de pétroles, les lapons de Sibérie, les igloos, les rennes qui déambulent, broutent le lichen et mangent des kilos d’agrumes, en passant par la Lorraine ! (à remettre dans l’ordre !)

Il invente tout et le prof, consterné, accablé, de l’emmener encore plus loin dans ses affabulations. Un moment d’anthologie et visiblement l’acteur Caubère s’amuse autant que son public. On le croirait même parti en roue libre. C’est jouissif. Ne nous y trompons pas, tout est tellement pensé, écrit, travaillé que cela paraît justement facile et improvisé. L’improvisation est au départ, à l’arrivée, on découvre un chef d’œuvre d’écriture. On pense aux grands musiciens qui jouent leur morceau à la perfection. Philippe Caubère est un artiste pluridisciplinaire virtuose, qui a fait ses gammes.
Deux heures bénies qui passent trop vite. Que de prouesses physiques, de prouesses de mémoire aussi !

Ceux qui n’ont pas connu 68 se sont régalés, car Philippe Caubère, en grande forme, a emporté tout son petit monde. Assurément, il y a dans la salle ceux qui ont comme lui passé le bac en 68. Ça sent le vécu, les rires complices, il les interpelle, les bouscule un peu. Indispensable pour les jeunes gens pas encore nés en 68 de découvrir les solos biographiques de ce comédien, auteur, metteur en scène qui sait si bien analyser, disséquer la société, et nous faire revivre sa jeunesse passée à côté de sa maman Claudine. C’est une bourgeoise méridionale pleine de principes mais qui se veut par ailleurs émancipée et réagit comme une femme libérée. Elle nous agace un peu, par ses préjugés, ses manières, mais au final, on la trouve attachante.

Son fils Ferdinand veut faire du théâtre. Pure folie pour Claudine. Et on la voit, châle écossais constamment réajusté sur ses épaules, s’énerver, s’offusquer, parler et parler encore…Tout y passe sur fond de baccalauréat. Elle a tant à dire que les mots se bousculent, elle lève les mains au ciel, roule des yeux quand ils ne viennent pas et puis elle maudit cette aphasie, ce trouble du langage qui nous réjouit. La faute à Ferdinand : «Tu me fais tromper dans mes mots d’indignation !» Et de faire les cent pas sur la scène, se laisser tomber, se relever, virevolter, mimer, s’asseoir sur la chaise, unique décor, se relever, et de tout recommencer. Il est seul sur scène, Philippe Caubère, l’illusionniste qui prête son corps et sa voix, qui nous fait croire qu’ils sont tous là ! Les applaudissements soutenus en disent long.

Voilà plus de 30 ans que le public suit le perpétuel vagabondage de ce héros picaresque. Et si une page se tourne avec « L’Adieu à Ferdinand », on en redemande, et redemande encore !

[**Pétra Wauters*]


Prochaines dates à ne pas manquer :

Adieu Ferdinand ! Du vendredi 30 mars au samedi 7 avril. Théâtre du Gymnase. Marseille.

Illustration de l’entête: ©photo Sébastien Marchal

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WUKALI 17/02/2018)]

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