The abstract landscape paintings by Nicolas de Stael in Provence


Depuis le 27 avril et jusqu’au 23 septembre 2018, l’Hôtel de Caumont – Centre d’Art à Aix-en-Provence abrite une bien belle exposition : Nicolas de Staël en Provence. Autant vous prévenir, il s’agit d’un épisode solaire de sa carrière qui mérite le détour. Il faut s’y presser, à plus d’un titre.

Vous retrouverez le coloriste audacieux qui ose des accords insolents, le peintre qui n’a eu de cesse de se renouveler, des paysages principalement, mais aussi des tableaux moins connus de nus et de figures qui s’incorporent et se fondent dans le paysage. Tout au long du parcours à la scénographie d’une belle sobriété, vous réaliserez encore à quel point le peintre était convaincu de l’impossibilité d’une abstraction radicale. Il restait en effet très attaché à la peinture classique. On découvre encore quantité de dessins, étonnants croquis qui fixent les bases du paysage à peindre.

L’exposition Nicolas de Staël en Provence rend compte des plus hautes envolées picturales du peintre et démontre combien s’enfermer dans une formule était contraire à sa nature. |center>

Organisée par Culturespaces, [**Nicolas de Staël en Provence*], ce sont 71 peintures et 26 dessins provenant de prestigieuses collections internationales publiques et privées qui sont présentées. Cette exposition aborde l’art de Nicolas de Staël d’une façon originale, inédite. On recence au final assez peu d’expositions et rétrospectives malgré une côte marchande plus que jamais au firmament. Nicolas de Staël en Provence nous fait apprécier le formidable virage que le peintre français d’origine russe a effectué lors de son court séjour en Provence entre juillet 1953 et octobre 1954. Focus sur les terres de Provence ! L’artiste y puisera de nouvelles sources d’inspiration qui vont enrichir son œuvre. C’est aussi un tournant dans sa vie personnelle, et on le sait, œuvres et vie privée sont souvent indissociables. La découverte de la lumière du Midi, la beauté exceptionnelle de cette région et la rencontre amoureuse d’une femme lui permettront de répondre à sa future exposition à New York à la [**galerie Paul Rosenberg*]. En effet, toutes ces rencontres auront nourri son imaginaire de façon extraordinaire. Il écrira au galeriste : « Je vous donne là, avec ce que vous avez, de quoi faire la plus belle exposition que je n’ai jamais faite. » Jugez cher public de la chance que vous avez ! Les commissaires de l’exposition, [**Gustave de Staël*], fils du peintre et [**Marie du Bouchet*], petite fille de l’artiste, tous deux commissaires de l’exposition, en sont convaincus : la renommée internationale de Nicolas de Staël prend son élan au cœur de la Provence.

Il a écrit à son marchand [**Jacques Dubourg*]: “La lumière est tout simplement fulgurante ici, bien plus que je ne m’en souvenais. Je vous ferai des choses de mer, de plage, en mesurant l’éclat jusqu’au bout si tout va bien… »

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Dans ce tableau , l’attention du peintre est portée sur les volumes et le dessin des barques autant que sur l’intensité de la couleur ; derrière les deux barques, structurées à coup de large spatule, la compacité immobile de l’eau est traduite en une surface tendue de bleu, intensifiée par un ciel de feu rouge vif.

Le parcours s’articule en huit séquences auxquelles s’ajoute un film produit pour l’exposition, sous la direction de [**Jérôme Cassou*]. On nous ouvre les portes du Castellet de Ménerbes. Il s’agit d’un ancien petit château, dans le Luberon. A noter que l’une de ses œuvres est intitulée « Ménerbes », superbe tableau, qui présente comme pour la plupart de ses œuvres, une belle synthèse de la lumière et des formes. Il connaitra un grand amour avec [**Jeanne Mathieu*]. Cette relation passionnelle périlleuse le bouleversera et le poussera fin 1954 à repartir pour Antibes, peu avant qu’il ne mette fin à ces jours en mars 1955 à l’âge de quarante et un an à peine. Quand on pense à sa production, elle donne le vertige : entre Lagnes et Ménerbes, Staël réalisera pas moins de 254 tableaux et environ 300 dessins en une année.

Une séquence présente, « Paysages de marche ». On part à la découverte du Vaucluse.|center>

On poursuit ensuite « Entre nature morte et paysage, le travail en atelier »,
puis « La cuvette du Vaucluse, à l’infini » qui est une séquence admirable. On se brûle les yeux dans ses « Paysages au couchant, de Provence en Sicile » ou « La Sicile en Provence, paysages et figures ».

Etonnante séquence avec ses « Nus dans le paysage ».
Le public est harponné par la séquence « La couleur juste et vibrante : Marseille et Martigues, la face méditerranéenne de la Provence ». Difficile de quitter la salle. C’est si beau. On termine par « Les nuits d’Agrigente », dans ce soleil qui disparaît pour laisser place à l’énigmatique noir bleuté du ciel nocturne. C’est une autre démarche tout aussi « lumineuse », que le peintre suit. Pour nous public, il est relativement facile « d’entrer » dans cette peinture, de la comprendre, de l’apprécier, de l’aimer. Les textes et les cartels nous donnent de judicieux repères qui nous aident justement. Ils sont enrichis de citations magnifiques extraites de la correspondance de Nicolas de Staël. Un homme brillant à n’en point douter. On apprend à le connaître, et on l’accompagne dans ses tourments et ses doutes au fil du parcours.

Chaque séquence offre son lot de surprises même pour celui qui pense connaître le peintre. L’accent est mis sur des œuvres magiques, juste équilibre entre ses perceptions concrètes du monde extérieur et ses visions abstraites, toutes intérieures. On aime encore lorsque son regard change soudain : de sage, la toile s’anime et s’affole même pourrions-nous dire. Des paysages au plus près du motif, au plus près de la lumière, une lumière qui évolue au fil de la journée. On s’attarde devant sa série de Fiesole, Agrigente ou encore Syracuse. On est toujours surpris de voir comment il réussit joliment à s’éloigner de l’abstraction pour offrir une peinture plus figurative. |center>

Le peintre nous dit la nature, nous la chante, par de larges empâtements de couleurs, épais, rectangulaires, appliqués au couteau ou au contraire, avec cette pâte rugueuse et charnelle qui s’étire, se dilue, se fait opalescente. Nicolas de Staël semble entrer véritablement dans la matière afin de livrer un corps à corps puissant avec la toile. On aime encore quand le sable, la mer et le ciel sont rouges. Dans l’abandon du couteau, il revient à la fluidité du pinceau, à la dilution de l’huile étalée. Puis la pâte s’exalte de nouveau, s’épaissit.Personne n’ose bien évidemment, mais il y a presque ce désir sensuel de toucher ! Alors, il nous reste le yeux pour toucher, caresser ce réseau carrelé, quadrillé, vibrant et palpitant qui se décline en une infinité de variations colorées. Mais ici, dans quelques une de ses marines, la peinture n’est plus qu’un film transparent, une fine pellicule éthérée. « Je n’oppose pas, déclare t-il, la peinture abstraite à la peinture figurative, une peinture devrait être à la fois abstraite et figurative. Abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation d’un espace.|center>

[**Pétra Wauters*]|right>


[**Nicolas de Staël en Provence*]
Hôtel de Caumont-Centre d’Art
[**Aix-en-Provence*]
3 rue Joseph Cabassol.
Tous les jours de 10h à 19h.
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Illustration de l’entête: Le soleil. Nicolas de Staël. 1953, huile sur toile, 16 x 24 cm collection privée © Adagp, Paris, 2018 © Jean Louis Losi

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WUKALI 24/05/2018)]

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