A delicate pianist enlights French music over centuries, from Baroque till 20th century’s

Un grand moment sur la scène du grand Théâtre de Provence : nous sommes invités à Versailles à la rencontre d’un certain esprit français. Mardi 12 novembre 2019, Alexandre Tharaud nous a proposé un parcours musical de Lully à Debussy, et comme à chaque fois, on assiste à une vraie déclaration d’amour sur scène.

[**Alexandre Tharaud*] est élégant, habillé de noir, couleur qui accentue sa fine silhouette, sa grâce naturelle mais le costume ne fait pas le musicien pas plus que l’habit ne fait le moine. Intéressons-nous à son art !

Il nous en parle avec humilité, commente ses choix, se réjouit à l’avance, s’amuse avec son public. C’est par sa musique que l’artiste nous touche le plus profondément, même s’il garde cette envie de faire se croiser les arts, s’essaye avec bonheur à l’écriture, au théâtre, au cinéma, toutes ces autres vies qui sont les siennes. Il est curieux et pour cause ! Il est tombé dans la marmite dès son plus jeune âge, avec un père baryton, et une maman danseuse…

A l’aise dans tous les répertoires, anciens modernes, populaires, savants, Alexandre Tharaud s’est attaché un public fidèle. Ce n’est pas seulement nous qui l’affirmons. Ce sont des professionnels, des mélomanes, des critiques… qui pour certains critiquent parfois sévèrement. Bien évidemment, on peut le préférer dans tel registre plutôt que dans tel autre. On se souvient de quelques commentaires acerbes au concert de clôture de la Roque d’Anthéron ! On s’interroge : parmi le public, des gens debout pour l’ovationner, d’autres pour tout remettre en question. Deux poids deux mesures.
Le concert de mardi nous convainc, si besoin était, que le baroque est l’un de ses terrains de prédilection. Dans ce répertoire original proposé ce soir-là, le pianiste interprète des œuvres pour clavecin au piano, sans dénaturer la musique. Une musique jamais figée, jouée avec délicatesse et humilité.


– « Marche pour la cérémonie des Turcs » de [**Jean-Baptiste Lully*] nous invite à quitter le hall du Grand Théâtre pour regagner nos places. Une musique devenue familière pour le public. On quitte Lully… pour Lully, cette fois adapté et interprété par Alexandre Tharaud. Jolie transition du hall à la salle. Cette fameuse marche, si connue, ainsi arrangée par le pianiste, c’est tout de même une belle découverte !

– Ah, le divin [**François Couperin*] (1632/1687). Avouons-le, nous avons un faible pour ce compositeur ! Avec « La Logivières » aussi austère que sublime, ou la grandiose « Passacaille », un de ses chefs-d’œuvre, ou encore Les « Ombres Errantes », une pièce qui nous envoûte par son extrême poésie et pour finir, « Tic Toc Choc » ou « Les Maillotins », dont l’obsessionnelle rengaine nous attrape et reste dans notre mémoire, au-delà du concert. Il faut une technique impressionnante pour le jouer et, justement, le jeu d’Alexandre Tharaud est limpide, fluide, léger, régulier. On a envie de compter ses doigts ! Se dédoublent-ils sur le clavier ? On serait bien resté avec le génial compositeur pour découvrir plus en avant cette musique délicate qui sied à merveille au pianiste. Il réussit à nous transmettre toute une palette de sensations, apportant une infinie variété d’effets; son jeu donne à ces pièces une réelle profondeur, une dimension qui ma foi est inconnue au clavecin. Nous ne disons pas que c’est mieux que sur un clavecin, mais ainsi joué au piano, c’est merveilleusement différent.

– Sa partition, le pianiste ne la regarde pas, ou si peu. Elle est là, comme une amie qui met en confiance. Sans doute lui permet-elle de jouer plus librement encore ? C’est l’impression que l’on a lorsque le pianiste nous interprète [**Claude Debussy*] (1862/1918) dans son « Hommage à Rameau ». Cela paraît si facile ! Claude Debussy nous invite à recevoir cette musique élégante et raffinée, des qualités héritées de Rameau qu’Alexandre Tharaud partage avec nous : de belles arabesques mélodiques, des harmonies savoureuses, et même les silences comptent dans cette musique de l’âme. Une musique qui s’entend davantage encore lorsque le pianiste interprète ces silences : il suspend alors son geste, son attention toute portée vers une écoute intérieure. Il faut admirer là encore le mouvement de ses mains qui soudain s’interrompt, puis les doigts surgissent de nouveau, anticipant les notes à jouer. « Il ne s’agit pas d’imiter Rameau, il n’y a pas d’ornementation dans cette musique. Debussy rêve à ce monde lointain. » commente le pianiste.

– [**Reynaldo Hahn*] (1874/1947) surprend. Il est vrai que ce nom apparaît rarement dans les programmes de concert, et pourtant ! L’ami de[** Marcel Proust*] mériterait une écoute attentive. Il a créé de bien belles mélodies. Ce soir-là, chacune des miniatures interprétées par le pianiste, « Versailles, extraits », est un véritable bijou. « Chaque mouvement nous promène dans un endroit de Versailles. » confie Alexandre Tharaud, parfaitement à l’aise dans ces balades royales. « La Reine au jardin », « Le réveil de Flore », « Le Banc songeur », « La Fête de Terpsichore » , « Adieux au soir tombant », « Hivernales », « Le pèlerinage inutile. »

– [**Jacques Duphly*] (1715/1789) n’est pas davantage un compositeur facile à interpréter. Sa musique est si parfaitement adaptée aux qualités d’un clavecin, qu’on peut difficilement « rester dans les clous » mais Alexandre Tharaud se réjouit : « Cette musique sonne bien sur un piano contemporain ». De nombreux interprètes ont tendance à alourdir les compositions de Jacques Duphly. Peut-être voit-on dans l’interprétation quelques contrastes trop marqués ? Néanmoins, la musique de Jacques Duphly semble convenir à la technique et l’agilité du pianiste. En interprétant La de Belombre ou encore La Pothouïn, Alexandre Tharaud savoure, se fait plaisir et le public le suit.

– Avec [**Jean Françaix*] (1912/1997) et Si Versailles m’était conté (extraits) on fait un petit tour au cinéma. Jean Françaix restant, aux yeux du public, un compositeur de musiques de films, associé le plus souvent au réalisateur [**Sacha Guitry.*] « J’ai eu la chance de rencontrer Jean Françaix. C’est un compositeur prolifique, touchant à tous les genres musicaux » nous confie Alexandre Tharaud.

– On termine le récital avec [**Jean-Philippe Rameau*], La Suite en la (extraits), une musique fascinante qui sous les doigts du pianiste libère beaucoup d’émotion. Le pianiste fait preuve d’une folle liberté et d’une grande rigueur aussi. C’est surtout dans ce registre illustre que notre cœur s’est abandonné. Mais que notre pianiste continue à nous entraîner vers des répertoires moins courus ! Il a cette manière bien à lui de redonner vie à une musique rare et donc précieuse, des pièces peu jouées qu’il nous fait connaître. Ce n’est pas donné à tout le monde de créer ainsi des passerelles entre les divers répertoires. Le public ne s’y trompe pas. La démarche de l’artiste est spontanée, sincère et originale. Inattendue aussi comme cette « Marseillaise » de[** Franz Liszt*] offerte à la fin du concert. Un chant à la liberté qui nous émerveille par la virtuosité de ses pages.

[**Pétra Wauters*]


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WUKALI Article mis en ligne le 15/11/2019

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