Contemporary dance, from top to toe with beauty, vibrance and emotion


En une seule soirée, l’esprit Preljocaj traverse les époques : un véritable hommage à la danse, avec deux oeuvres mythiques de son répertoire, « l’Annonciation », création 1995, « le Parc », de 1994, et enfin une pièce plus récente, « Ghost » de 2018.

On aime les regards croisés proposés par le chorégraphe en un spectacle. Trois pièces très différentes qui se répondent dans le temps, trois bijoux qui à priori ne peuvent pas être mis en relation tant les approches musicales et la ligne chorégraphique sont éloignées et pourtant. Le rythme insufflé par ce programme est passionnant et on glisse d’une chorégraphie à l’autre avec bonheur. Déjà parce que tout y est fluide et toutes portent le sceau d’[**Angelin Preljocaj*]. On se répète, mais cela paraît tellement évident encore à l’issue de cette soirée : le potentiel du créateur semble infini. Une constante encore : il est toujours question d’amour et d’émotions.

– [**Annonciation.*]

« Quelle clé détient le concept de l’Annonciation ? Qu’est censé ouvrir en nous cet événement fondateur d’une religion ? » Interroge le chorégraphe. Nombreux sont les peintres qui se sont penchés sur cette question, source constante d’inspiration dans l’art occidental, notamment dans la Renaissance italienne. Nous ne souvenons pas d’avoir vu des ballets sur ce thème. Si, [**Béjart*], dans sa somptueuse « Cantate 51 ». Le mardi 3 décembre Angelin Preljocaj, avec cette pièce pour deux danseuses [**Elda Logo*] (L’Ange) et [** Fjoralba Zere*] (Marie), nous offre un tableau vivant de cette annonciation, où l’Ange retrouve Marie et lui apporte le message de la vie éternelle. Un grand moment d’intimité sur deux musiques très contrastées, comme l’est cette partition chorégraphique à la fois douce et brutale. Musique de [**Stéphane Roy*] (Crystal Music) aux sons durs, parfois à la limite du supportable pour beaucoup, pour nous parler de douleur, de lutte et de peur, et celle d’ [**Antonio Vivaldi*] (le Magnificat) profonde et céleste, qui évoque l’attente de Marie, l’espoir, l’acceptation. Des états émotionnels décrits par Luc dans les versets de l’Evangile. Ainsi dansés, esprit et vie s’unissent intimement sur scène. Les deux danseuses sont éloquentes, expressives, chacune dans son registre car elles sont différentes l’une de l’autre. Marie et L’ange, touchées par la Grâce.

Le[** ballet Preljocaj*] poursuit son projet de coopération avec l’Opéra national d’Albanie débuté en 2014. Le spectacle sera également présenté à[** Tirana*] du 12 au 15 février 2020. Interprètes du Mercredi 5 décembre : [**Rovena Shqevi*] (L’Ange) et [**Loreta Bala*] (Marie)


– [**Le parc*] – extrait le baiser –

Envolée d’émotion avec le baiser emblématique du ballet, [**« Le Parc »*] créé pour les danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris. [**Mozart*] guide les pas et Agnelin Preljocaj dessine de sensuels mouvements qui conduisent à l’amour. On assiste à une fête galante à laquelle [**Antoine Watteau*] aurait sans doute aimé assister. « Le Parc » , un cadre de séduction pour des jeux de l’amour et pas tout à fait du hasard, car tout ici a été pensé au millimètre près. Le décor du parc est à imaginer. Même les bras du danseur se font « cachette improvisée », comme si l’on jouait à cache-cache dans un labyrinthe de verdure. La jeune femme ([**Verity Jacobsen*]) glisse, le long du corps, lui ([**Jordan Kindell*]) s’éclipse et revient, les rôles sont inversés entre deux pas de deux jubilatoires. On assiste à une sorte de colin Maillard, sans les yeux bandés, cela va de soi. Un jeu coquin s’il en est. Les mains touchent, caressent, tout cela est très charnel, jusqu’à ce baiser « céleste», ou le corps de la jeune femme, soudain léger comme une plume, s’envole, seules les bouches ainsi scellées semblent les unir dans ce tourbillon d’amour. Il n’est guère étonnant que ce baiser ait été repris par une compagnie aérienne ! Copié et presque collé car le baiser de Preljocaj nous embrasse à jamais. Etreinte inégalée.|right>

[**Angelin Preljocaj est à Paris en ce moment pour préparer un événement de taille : L’ Opéra Garnier reprend « Le Parc », ce premier ballet qu’il a créé pour l’Opéra, il y a vingt ans déjà. A découvrir ou redécouvrir : 7 au 31 décembre 2019. *]

– [**Ghost*]

Encore une belle surprise pour finir avec [**« Ghost »*], proposé en fin de programme, ce ballet revisite l’univers de [**Marius Petipa*] et s’empare de l’esprit du célèbre Marseillais. Un hommage est rendu au plus russe des chorégraphes français et à son fameux « Lac des Cygnes ». Vous imaginez un ballet classique ? Vous êtes très loin du compte et du conte qui a inspiré tant de maîtres de ballet. Tradition romantique garantie par Marius Petipa, et en partie suivie dans « Ghost » d’ Angelin Preljocaj.

Tutus et pointes se mêlent à quelques lingeries érotiques rouges! Des réminiscences classiques on garde la flagrance, puis tout se décale, se brise, comme seul le chorégraphe sait le faire, entre chorégraphies et musiques décalées et le parfum d’aujourd’hui se mêle à celui d’antan. Petipa s’impose sur scène, se rappelle à notre bon souvenir. Tout est revisité entre postures académiques et postures contemporaines d’une surprenante fantaisie. Les quatre danseuses sont incroyables. [**Isabel Garcia Lopez*], [**Verity Jacobsen*], [**Emma Perez Sequeda*], [**Anna Tatarova*]. Le solo romantique du malheureux Prince, [**Simon Ripert,*] annonce la fin du voyage. Est-ce Petipa lui même qui se retire ? A moins que ce ne soit le Prince qui s’éclipse, tel un fantôme, « Ghost » effrayé, tiraillé entre ses obligations royales et son amour impossible. Quand on vous disait que tout tourne autour de l’amour !

[**Pétra Wauters*]|right>


Actualité du Ballet Preljocaj 2019-2020 (Cliquer)

Illustration de l’entête: Verity Jacobsen et Jordan Kindell. Photos © JC Carbonne


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WUKALI Article mis en ligne le 05/12/2019

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