Thierry Lefort peintre
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Thierry Lefort en lumières et en ombres

par Pétra Wauters

C’est un artiste discret, réservé et néanmoins lumineux qui expose tout l’été au Château de Sannes près d’Aix-en-Provence :  Thierry Lefort.

Une exposition initiée par la charismatique Yoyo Maeght, la petite-fille de l’éditeur, galeriste et mécène Aimé Maeght. Elle a des coups de cœur et les partage pour le plus grand plaisir du public. Elle connait Thierry Lefort depuis un peu plus d’un an seulement, mais cela a suffi pour qu’elle détecte en lui un homme et un peintre d’exception. 

Thierry Lefort peintre

« J’avais repéré ses œuvres sur les réseaux sociaux, mais c’est autour d’une œuvre de Pierre Bonnard que nous avons établi le lien. J’ai publié un tableau de Pierre Bonnard sur les réseaux, dans lequel je disais que l’on voyait bien dans cette œuvre que seule la composition comptait. Figuration ou abstraction n’avait pas de sens pour l’artiste. Une personne m’a répondu assez vertement que je me trompais parce que Bonnard était le peintre du sujet. Il se trouve que mon affirmation était partagée, tout de même, par un grand spécialiste et ami de Pierre Bonnard, Thadée Natanson, créateur de la « revue Blanche ». J’avais de plus relevé cette phrase d’un livre extraordinaire de Natanson: « Le Bonnard que je propose ».  Bonnard y évoque justement le principe de la composition et non pas du sujet. Dans les commentaires qui ont suivi sur les réseaux, une personne a écrit quelque chose de très juste pour moi, et aussi de très beau sur cette question-là. C’était Thierry Lefort !  Je l’ai remercié en message privé et depuis, nous travaillons ensemble ! Le premier jour de notre rencontre dans son atelier, je lui ai proposé de faire deux estampes, puisque je publie beaucoup d’estampes, et le troisième jour, je lui organisais une exposition ! »

C’est ainsi que Yoyo Maeght a choisi un lieu magnifique pour créer une galerie éphémère, dans le Marais, non loin du Carreau du Temple. Elle y a présenté des œuvres de Thierry Lefort et d’Aki Kuroda, un artiste qu’elle soutient depuis plus de 40 ans.  

Château de Sannes n’est pas un domaine éphémère d’art et de gourmandise, de vin et de culture. C’est un lieu magique bien ancré sur ses terres. Yoyo Maeght est l’amie de la famille Gattaz, propriétaire du domaine. La première exposition qu’elle proposait à Sannes réunissait deux géants de l’Art, « Miro et Prévert », dans un dialogue joyeux ! Nous avions relaté cet évènement dans nos pages. 

Olécio partenaire de Wukali
NN

Yoyo Maeght s’enthousiasme sur la beauté du site. « Je préfère un lieu de très grande qualité avec une petite exposition, qu’une grande exposition dans un lieu qui n’est pas de grande qualité. Ici, tout est en harmonie. La qualité de Sannes convient avec ce que j’aime faire et les artistes que j’admire.  

Ce n’est pas seulement une question d’accrochage. C’est une question de sensations. On rentre dans un domaine comme on rentre dans la peinture ! »

Thierry Lefort plein les yeux

C’est facile, la beauté est partout ! Comment des lieux communs, d’une grande banalité dirons-nous, deviennent extraordinaires par cette façon qu’à le peintre de les représenter, de les sublimer ! L’artiste réside quatre mois par an aux États Unis et ses vues de Los Angeles fascinent. « Pourtant, ce n’est pas une jolie ville » reconnait-il. « Ce n’est pas très beau. Des espèces de zones industrielles partout, des bâtisses parfois sans intérêt. Les palmiers sont drôles, étranges, ils me font penser à ces vieux plumeaux avec juste une touffe en haut. » décrit l’artiste.

Peu importe ! Le décor, le peintre le décompose. « Mon travail est essentiellement basé sur la composition, je prends le paysage, je le tords un peu dans tous les sens, je ne me calque pas sur la réalité, je déplace les lignes d’horizons. Si unendroit parait peu séduisant et pas facile à interpréter, je me dis qu’ il y a quand même un truc à faire ! 

Thierry Lefort peintre
Thierry Lefort devant ses bleus saphir et d’Azur
©photo Pétra Wauters/Wukali

Et il l’a fait ! Géométrie des voitures, des maisons, des usines, un ciel d’un bleu soutenu font partie de sa signature tout comme ces ombres portées qui donnent à la lumière une force incroyable. C’est beau et étrange tout à la fois.  Un monde de silence, et pourtant l’homme n’est jamais très loin. Nous sentons sa présence. Nous, spectateurs sommes invités à le rejoindre, à entrer dans l’image, à faire partie du décor. 

« Lorsque je suis arrivé pour la première fois en Californie, j’ai découvert de nombreux peintres de paysage.  Personne ne s’intéressait à la ville. Ce que j’aimais, c’étaient les lumières et surtout les ombres qui s’y trouvaient. Dans la nature, on ne les distingue pas aussi bien. » 

Même s’il y a des voitures, Thierry Lefort ne les détaille pas car l’attention du spectateur ne doit pas être détournée et le regard doit circuler. Seules leurs formes, leurs ombres et leurs couleurs intéressent l’artiste.  « Je présente à Sannes des encres, et des huiles, réalisées pour la plupart sur le site, aux USA. Je fais des croquis, je mets en page, et je complète mon travail en atelier à Paris ou à Studio City, non loin d’Hollywood où je travaille également ». Thierry Lefort possède une galerie du côté de Beverly Hills et, surprise pour lui, la municipalité vient de lui commander une fresque pour l’une des rues principales de la ville, un beau projet qui va démarrer cet été. « La fresque fera environ 170 m2, 20 m de long sur 10 mètres de haut. Cela représente quelques kilos de peintures ! J’avoue que je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre car je n’ai jamais fait ça ! Pour moi c’est un défi assez curieux. » 

Après la fresque, en route pour de nouvelles aventures dans l’Arizona. Le peintre se confrontera au grand Canyon et recomposera les impressionnantes architectures minérales de la région, et qui sait, peut-être réinventera-t-il la route 66, traversée d’ombres comme il les affectionne ! 

Thierry Lefort peintre
Thierry Lefort

D’admirables encres bleues dans un format inhabituels nous hypnotisent, le bleu du ciel a soudain disparu pour se répandre dans la rue. Les arbres et palmiers, les ombres se contorsionnent à la limite de l’abstraction même si les traits restent d’une extrême netteté. 

Son parcours explique nos « petites sensations asiatiques ».  « J’ai vécu trois ans en Chine, où j’ai été initié à la calligraphie chinoise, pratiquée dans la province du Henan. Avec le Maître, j’ai développé de nombreuses techniques de calligraphie, et j’ai eu envie d’expérimenter encore. J’ai réalisé des mélanges d’encres spéciales et j’ai obtenu ce bleu glacial. 

Je ne souhaitais pas utiliser le noir, plus classique. Le format aussi surprend, trois panneaux de 50X65 attachées ensembles, c’était parfait pour les cadrages que je souhaitais faire ». 

Plus importante que la lumière : les ombres !  

« Elles dessinent des formes abstraites. Ce que la lumière ne fait pas. » nous explique Thierry Lefort.  La lumière est là, elle irradie, elle rayonne, elle rend les choses lumineuses, mais elle n’est pas grand-chose sans l’ombre qui peut créer des formes bizarres. 

Thierry Lefort a travaillé en Provence, mais s’il reconnait que la ville d’Aix-en-Provence est belle, le thème est un prétexte

« J’avais des commandes d’Aix. Je passais parfois un temps fou dans les rues à faire des allers-retours. Ce que je recherche, c’est la lumière, comment elle va se poser, quelles ombres elle va projeter. Et soudain, il se passe quelque chose !  Je découvre un point de vue qui n’avait pas attiré mon attention auparavant. Il se présente différemment, avec de belles lumières et des ombres superbes. Soudain, ça me plaît, j’ai quelque chose à étudier et à interpréter. «  

Bientôt une rencontre dédicace autour du livre « La saga Maeght » sorti en 2014 et dont le succès est toujours retentissant.

Yoyo Maeght retrace l’aventure de sa famille.  On songe à Aimé Maeght, qui créa la Fondation Marguerite et Aimé Maeght, à Saint-Paul-de-Vence, génial marchand d’art, collectionneur, mécène, qui voua sa vie entière à l’Art. À ne pas manquer cet automne au Château de Sannes.  Nous aurons l’occasion d’en reparler.

Illustration de l’entête

Atelier de Thierry Lefort

 

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