René Martin Festival international de piano de La Roque d'Anthéron
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Entretien avec René Martin directeur artistique du Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron

par Pétra Wauters

Du 18 juillet au 20 août prochains, le parc de Florans en Provence accueille comme chaque année, les plus grands artistes de la scène classique française et internationale. Mais la Roque d’Anthéronc’est plus que cela, c’est un festival pour tous et une grande famille ! René Martin, directeur artistique du festival évoque pour WUKALI ce grand évènement.


Interview de René Martin 

Ce n’est pas un festival snob. La priorité des priorités, c’est l’excellence !

Déjà la 42ème édition de ce festival international, cofondé en juin 1981 par Paul Onoratini et vous-même. Quel est votre regard sur tout le chemin parcouru ?

Je dirais que je pose sur le festival un regard émerveillé. Quand je l’ai créé, je n’imaginais pas qu’il aurait cette histoire et qu’il deviendrait peut-être l’un des festivals de piano les plus connus au monde. Aux Etats-Unis, on parle de la Roque d’Anthéron. C’est sans doute le village français de cinq mille habitants le plus connu dans le monde grâce à son festival. 

Quels sont les clés de ce succès ?

Olécio partenaire de Wukali

Je pense que d’emblée, lorsque j’ai créé ce festival, je ne voulais pas que ce soit le festival d’un artiste très prestigieux, je souhaitais que le lieu lui-même soit le prestige et que tous les artistes du monde entier auraient le désir de se produire à la Roque, un peu comme un passage obligé dans leurs parcours de musiciens. Et je crois que c’est vraiment réussi. 

Vous auriez pu sélectionner quatre ou cinq grandes stars du piano. Vous n’avez pas choisi la facilité ! 

En effet, mais inviter tous les ans les mêmes stars, ce n’était pas notre volonté. Au contraire !

Bien sûr, il était important que les plus grands artistes soient présents à la Roque, mais nous souhaitions également faire venir des jeunes musiciens complètement inconnus. Des jeunes gens qui écriront eux aussi l’histoire du Festival. Je prends l’exemple de Nikolai Lugansky qui est venu très jeune à la Roque. Le public ne le connaissait pas. Tous les grands ont été révélés à la Roque d’Anthéron.  

Pour cette 42 ème édition, peut-on parler d’un retour à la normale suite à la crise ?

Le Covid a tout bousculé en 2020 et néanmoins, nous sommes le seul festival à ne pas avoir annulé en Provence. Nous avons pu maintenir la programmation. Bien sûr, nous sommes privilégiés, car nous avons un parc de 10 hectares, nous sommes en plein air donc et des allées principales permettent au public de ne pas se croiser.  Toutefois, il fallait de l’audace pour le faire ce festival ! 

Quelle a été sa fréquentation ?

Nous avions 40 000 personnes et en 2021, nous notions une petite reprise avec 50 000 personnes. Des festivals collègues existaient aussi et nous avions volontairement limité les places et fixé une jauge. 

Cette année, nous avons décidé de retrouver la vitesse normale. Nous retrouvons des scènes extérieures dans les villes et villages alentour : Lambesc, Mimet, EygalièresCucuron, Rognes, Gordes, et même Aix-en-Provence

Nous avons programmé 106 concerts cette année !

René Martin Festival International de Piano de La Roque d'Anthéron
René Martin et Vanessa Wagner, une habituée du festival

René Martin et la pianiste Vanessa Wagnerune fidèle du festival

Le public regrette-t-il les concerts avec entracte ?

Je ne pense pas. Nous avons maintenu les concerts sans entracte pour éviter le déplacement du public, qui quitte sa place, descend, remonte, va boire un verre. Je pense qu’il y aura aussi la « vie musicale » après Covid, une vie que l’on va organiser de façon un peu différente. On a perdu un public qui a changé ses habitudes culturelles, qui s’est davantage tourné vers la télévision, et qui de toute évidence craint un peu de sortir. Ceci, on l’observe partout. Cependant, on a également un public de personnes très frustrées par tous ces confinements, et qui a envie de sortir. C’est ce public là qu’il nous faut reconquérir. 

Les comportements changent aussi. Avant, il fallait absolument un entracte entre chaque concert. Aujourd’hui, on constate que les gens arrivent un peu plus tôt, ils profitent du lieu, de ce cadre magnifique. Ils prennent un verre, et regagnent leur place en acceptant très bien qu’il n’y ait pas d’entracte, qui souvent dure 30 à 35 minutes. Certains apprécient aussi de rentrer plus tôt chez eux. 

Il faut donc s’adapter ! 

Tout à fait, il faut s’adapter, bien observer les choses et être à l’écoute de tous ces publics. Je dois reconnaitre que j’ai le privilège de travailler à la Roque d’Anthéron, mais aussi au festival de la Folle journée de Nantes,  à celui de la Grange de Meslay, et en organisant beaucoup d’évènements, il est plus facile de se faire une idée de ce que sera le public de demain. En tout cas, nous avons tous appris du Covid !

A part le lieu bien sûr, qu’est ce qui fait la différence entre ces différents festivals ? 

Il y a des programmations qui se recoupent, et aussi une politique qui s’intéresse à tous les publics. Un jeune homme de moins de 30 ans bénéficie de 50% sur les tarifs des places, de même qu’on propose des tarifs « spécial famille ».  Tout cela est initié de la Folle Journée comme de toutes les expériences positives vécues à Nantes, qui ont pu être transposées et adaptées à la Roque. Et réciproquement.  

Sur le modèle de la Folle criée de Nantes, vous dirigez aussi la Folle criée à Marseille.  Le public est-il le même que celui de la Roque ?

Une partie du public oui, mais il y a également un public marseillais. Nous avons presque 3000 personnes fidèles à la Folle Criée

René Martin Festival International de Piano de La Roque d'Anthéron
de g. à dr. Paul Lay, Abdullah Ibrahim et René Martin

Parlez-nous du Jazz à la Roque

On a toujours proposé du Jazz et ce depuis de nombreuses années. Le souci, c’est que le Jazz nécessite des locations de sonorisation, de lumières, et ça coûte horriblement cher. Lorsque j’isolais des concerts dans la programmation, il fallait installer la sono pour une soirée, la démonter pour l’installer de nouveau. C’était un peu fou et pour faire des économies, nous avons préféré programmer le jazz sur trois jours. 

Vous avez également proposé des concerts le matin 

Oui, et on s’est vite aperçu qu’il y a un vrai public pour ces concerts. 

Ce même public aime venir au concert en fin de matinée, pique-nique ou choisit de déjeuner dans un petit restaurant de la Roque, visite l’Abbaye de Silvacane, revient au concert de 18 heures, et finalement, vient passer une journée entière à la Roque d’Anthéron. Par ailleurs, nous disposons d’une très jolie petite salle « Marcel Pagnol » de 220 places, qui a été réaménagée, climatisée pour accueillir le public du matin. 

Le festival va rendre un hommage à trois grands artistes magnifiques, disparus récemment :  Nelson Freire, Nicholas Angelich et Radu Lupu, des fidèles du Festival. Comment se sont organisées ces concerts ?

Je prends l’exemple de Nelson.  J’étais très ami avec Nelson qui est venu 23 fois à la Roque. Je me suis rendu plusieurs fois chez lui à Rio. J’ai organisé des concerts au Brésil pour lui faire plaisir. Le musicien avait beaucoup d’amis brésiliens, des pianistes pratiquement pas connus ici mais qui sont néanmoins ses frères spirituels.

J’ai donc choisi cette option de faire venir des artistes qu’il aurait aimé voir réunis pour cet hommage. Je n’ai pas eu le parti pris de choisir des stars, qui, toutes aimaient aussi Nelson Freire. Il avait pour amis des artistes brésiliens comme Christian Budu, Eduardo MonteiroPablo Rossi, Fabio Martino, ou encore Juliana Steinbach. Des pianistes qui pour certains vivent au Brésil et en Argentine et que l’on ne connait pas forcément chez nous. Ce sera une soirée complètement originale à découvrir le 7 août, au Parc du Château de Florans. 

Vous avez choisi le même parti pris pour Nicholas Angelich ?

Tout à fait. Nicholas Angelich, de nationalité américaine, a intégré à 13 ans le Conservatoire de Paris. J’ai invité des amis à lui qui étaient dans la même classe.

Le public écoutera François-Frédéric Guy, Etsuko Hirose, Violaine Debever. J’ai également invité des professeurs du pianiste, comme Bruno Rigutto. On retrouvera aussi des élèves, comme Marie-Ange Nguci ou Gabriele Carcano. J’ai donc invité des amis très proches de Nicholas qui souvent étaient dans le public lorsqu’il se produisait. J’ai souhaité des hommages vrais, authentiques ! Ce sera le 10 août, au parc du château de Florans. 

Pour l’hommage rendu à Radu Lupu, la soirée du 13 août au Parc du Château de Florans sera exceptionnelle. Au programme : Chopin interprété par Nelson Goerner. Les deux pianistes s’appréciaient énormément. 

Autre jeune talent Manon Galy, révélation « Soliste instrumental » aux Victoires de la musique classique 2022. Elle jouera avec Renaud Capuçon qui déjà l’accompagnait lors de la cérémonie en mars dernier

Oui, et il faut savoir que Manon, est, si je puis dire, un pur produit de la Roque d’Anthéron ! Elle est venue pendant deux ans dans les ensembles en résidence. Elle retrouvera Renaud Capuçon le 28 juillet à 21 heures au Parc du Château de Florans. Il y aura aussi Raphaëlle Moreau au violon, Paul Zientara à l’alto, Maxime Quennesson au violoncelle et Guillaume Bellom, au piano pour un programme dédié à Franck et Chausson. Manon joue souvent avec son ami cubain, Jorge Gonzalez Buajasan. Un magnifique pianiste. C’est lui qui accompagnera Renaud Capuçon le 20 août à 19 heures pour la soirée de clôture avec l’orchestre de Lausanne et Mendelssohn au programme. Renaud Capuçon a connu Manon et Jorge grâce au disque que j’ai enregistré du trio Zeliha, avec le violoncelliste Maxime Quennesson

Le public vous suit-il dans des musiques plus contemporaines ?

Bien sûr, il suit, même si c’est un public plus « intime ». J’en suis très heureux car la musique du XXème siècle est une musique d’une richesse inouïe ! Quand on aura le recul nécessaire, on réalisera à quel point !  Debussy, Ravel, Rachmaninov, Pierre Boulez…  C’est formidable aussi de pouvoir faire venir des compositeurs qui parlent de leur musique. Aujourd’hui on est décomplexé. Il n’y a plus les dictats qu’il y avait dans les années 70. Boulez était un grand interprète, mais également un grand théoricien. Je souhaite de plus en plus que la musique du XXème siècle soit présente au Festival. Elle est tout simplement belle ! 

On a appris que Lars Vogt sera absent pour cause de maladie 

Oui, c’est une nouvelle très triste. Il a été obligé d’annuler. Il a une volonté inimaginable. On pense très fort à lui. Le programme reste inchangé et c’est Lars Vogt qui a choisi son amie pianiste germano-grecque, Danaé Dörken, une de ses élèves, pour participer à ce concert consacré à Mendelssohn, un compositeur brillant (et un incroyable peintre ! Cliquer). 


Un autre ami de Lars, que je connais bien aussi, le chef d’orchestre Philipp von Steinaecker. Il remplacera Lars Vogt à la direction de l’orchestre pour les deux concerts du 22 et 23 juillet prochains.  Cela va être exceptionnel car c’est tout à fait le genre de répertoire dans lequel le chef excelle.


Entretien recueilli pour WUKALI par Pétra Wauters

Pour en savoir plus sur la programmation et les réservations du Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron 2022, cliquer .

Illustration de l’entête: René Martin été 2021. © France Keyser

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