Renaud Capuçon manie admirablement la baguette et l’archet

 Samedi 3 décembre, à la tête de l’Orchestre de Chambre de Lausanne, le chef/violoniste nous a offert un programme majoritairement français : Berlioz, Fauré, Ravel, avec une touche russe en début de programme (Prokofiev) et  deux pièces, anglaises et finlandaises, offertes en bis. 

En 30 ans, l’Orchestre de Chambre de Lausanne a su s’épanouir, se forger une identité et rayonner avec des chefs engagés et reconnus, et des musiciens de grande qualité. Son aventure avec Renaud Capuçon est particulièrement belle. Le chef violoniste a succédé en 2021 à Joshua Weilerstein à la tête de l’orchestre, et assurément, c’est le bonheur, cela se voit, cela s’entend ! C’est l’occasion pour Renaud Capuçon de partir explorer tout un nouveau monde et de proposer de superbes programmes avec cet orchestre de chambre de belle dimension. L’état d’esprit du l’O.C.L., à la fois collégial et professionnel, lui va comme un gant. Il était « chez lui » samedi soir au GTP d’Aix-en-Provence. Enraciné à la fois à Lausanne et à Aix.  Lié à la suisse, à la Haute École de Musique, où il enseigne le violon et fonde en 2017 l’ensemble d’Étudiants des Solistes de Lausanne. Et lié à Aix grâce, entre autres, au Festival de Pâques dont il est le directeur artistique depuis sa création en 2013. 

C’est le chef d’orchestre qui ouvre le bal avec Sergueï Prokofiev et la Symphonie n°1 en ré majeur “Classique”

Une musique heureuse, d’inspiration classique, fluide et facile à écouter de prime abord, avec quelques dissonances prokofieviennes comme on les aime.

Olécio partenaire de Wukali

L’orchestre est affûté, l’ensemble est bien en place,  et dans son rôle de chef, Renaud Capuçon parvient à trouver le ton juste, entre le respect des formes et les exercices de style. On apprécie la cohésion de l’ensemble, musicalement déjà,  mais aussi humainement, là encore, c’est un ressenti partagé avec le public, aux anges.

On poursuit avec une grande figure de la musique française, Hector Berlioz à travers Rêverie et caprice, une musique qui, comme son nom l’indique, fait rêver. Une romance de douceur éclairée par le violon de Renaud, tout en délicatesse et virtuosité. 

Avec Tzigane, du musicien français Maurice Ravel, nous est proposé un petit tour par la Hongrie.

Impressionnant jeu de Renaud Capuçon, qui là encore se fait plaisir, tout seul dans un premier temps. Il s’abandonne à son instrument, à tel point qu’il semble improviser, part dans le flou et dans des variations incroyables et audacieuses. Puis, il est rejoint par l’orchestre qui l’accompagne admirablement mais ne fait pas oublier que l’instrument roi pour cette pièce est bel et bien le violon, son Guarneri de 1737, et la fusion entre les deux est particulièrement émouvante dans ce Tzigane endiablé.


Après l’entracte, on nous livre Gabriel Fauré avec Pelléas et Mélisande, suite pour orchestre, et on se love dans le romantisme avec bonheur. Le prélude est caressant, mystérieux, il nous conduit à « la fileuse », un morceau de toute beauté où le hautbois nous envoute littéralement. Puis c’est la flûte, la harpe, et toutes les cordes qui nous implorent et nous emmènent vers le tragique. Il s’agit bien de la mort de Mélisande, on part la rejoindre, en tout intimité, en toute intériorité.

Le concert se termine avec Maurice Ravel Ma Mère l’Oye, du plus léger, assurément ! Des pièces qui rencontrent toujours un énorme succès et réveillent en nous notre âme d’enfant. Les cinq pièces, inspirées de différents contes, sont tour à tour pleines de poésie, de rythme, de couleurs, et de surprises ! Tout simplement jouissif !

Mais notre plaisir ne s’arrêtait pas là ! Renaud Capuçon et les musiciens de l’O.C.L. ont offert deux bis au public sous le charme : la « Chanson de nuit » du britannique Edward Elgar, rendu célèbre par « Variation Enigma » , et le souffle du romantisme de se propager dans la salle, grâce à une interprétation divine de la  « Valse Triste » de Sibelius, un des volets de la musique de scène, Kuolema (“La mort”). On s’étonne. Le compositeur n’attachait pas beaucoup d’importance à sa « Valse triste », qui est pourtant, une de ses œuvres majeures, acclamée par le public de l’époque, mais aussi par celui du GTP ce samedi soir.

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