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« House » par Amos Gitaï au théâtre de la Colline

par Pierre Roth

House texte et mise en scène Amos Gitaï raconte l’histoire d’une Maison de Jérusalem Ouest pendant un quart de siècle au travers des récits de ses occupants successifs, Arabes et Juifs, Palestiniens et Israéliens. Au fil des ans, ces fragments biographiques dessinent une mosaïque plus large, celle d’un territoire et d’un conflit tels qu’ils s’incarnent dans les existences de ce microcosme.

House Amos Gitai

À partir de sa trilogie documentaire – La Maison (1980), Une maison à Jérusalem (1997), News from Home / News from House (2005)Amos Gitai revient sur les lieux en convoquant ces destins humains dans une création qui remonte le cours du temps.

Sur scène, l’histoire de la Maison devient une métaphore et le lieu d’un dialogue entre des comédiens et des musiciens issus de tout le Moyen-Orient, aux langues, aux origines et aux traditions musicales différentes, réunis pour tenter de dire ensemble la mémoire du passé et la possibilité d’une réconciliation. Dans l’épaisseur du temps qui s’écoule, la Maison fabrique alors des espaces possibles pour tous. L’espace que l’on souhaiterait à chacun sur cette terre.

La pièce s’ouvre avec des tailleurs de pierre qui travaillent avec acharnement. Puis, les résidents successifs de cette maison se rassemblent pour échanger leurs histoires, qui ont marqué celle de la Maison. Parmi eux, certains ont quitté le pays pour vivre à l’étranger, d’autres sont venus de loin mais tous, d’une certaine manière, se sentent dépossédés et éloignés de leur propre foyer. Leurs mots, exprimés dans différentes langues (hébreu, arabe, anglais, français et yiddish) se mêlent pour dévoiler un conflit insoluble qui déchire cette ville cosmopolite et, au-delà, le Moyen-Orient tout entier.

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House Amos Gitai

Bien sûr, il y a le propriétaire de 1948 (un médecin Palestinien) qui a dû fuir lors de la guerre arabo-israélienne. Sa maison a été confisquée par le jeune Etat qui y loge des juifs expulsés du Maghreb. Partis quant à eux, quelques années plus tard, rejoindre un appartement plus « confortable ». La maison a été, ensuite, vendue à un immigrant belge (Micha Lescot) venu en Israël, par patriotisme, après la guerre des Six jours au nom d’une part de sa famille exterminée pendant la Shoah. Puis vient Claire (Irène Jacob), née en Turquie, expatriée un temps en Suède, dont sa famille aussi a été victime de la Shoah : « Vous voulez que je vous parle de ce médecin qui était malheureux de revoir la maison de son enfance habitée par d’autres, dit-elle, je suis désolée mais ce n’est pas moi qui ai fait l’Histoire. Je ne l’ai pas faite mais je ne veux pas la défaire non plus …Quand je vais en Turquie, je pleure, parce que je vais voir la maison où je suis née… »

House Amos Gitai

Chacun a ses raisons de venir occuper cette maison, ce quartier. Le voisin, un juif allemand qui a échappé à des rafles a aussi décidé d’immigré en Israël. Ces témoignages successifs, portés par huit acteurs et cinq musiciens, constituent une sorte d’enquête de terrain honnête mais Amos Gitaï n’oublie pas les Palestiniens et fait finalement parler les ouvriers. L’un d’entre eux explique que les égouts de Jérusalem se déversent maintenant dans son jardin, l’autre que sa maison, neuve qu’il vient de finir de construire, doit être démolie faute de permis de construire (impossible à obtenir parce que les : « juifs ne donnent pas de permis aux arabes, et les arabes, ils ne répondent même pas »). Le tout ponctué d’une réplique politique d’une rare justesse prononcée par l’ouvrier palestinien à destination de son interlocuteur israélien : « Vous, votre gouvernement il vous répond et il agit, il travaille pour vous parce que vous le choisissez. C’est la démocratie. Nous, notre gouvernement il ne travaille pas pour nous, il travaille pour lui-même, on ne le choisit pas. ».

Au Moyen-Orient plus qu’ailleurs, le geste de l’artiste se rapproche de celui de l’archéologue. Il s’agit de prendre en considération les strates, les mémoires et les histoires pour approcher les situations humaines contemporaines.

Amos Gitaï, La caméra est une sorte de fétiche, Leçon inaugurale du Collège de France, Fayard, 2019

Avec cette pièce, Amos Gitaï ne prend pas parti. Il laisse au spectateur le choix, sa liberté. Le réalisateur israélien porte à la scène la mémoire de ces pierres qui parlent d’hommes et de femmes arrachés à leur terre, déracinés par la force de l’Histoire qui essayent de se construire un présent et peut-être un futur.

House, par Amos Gitaï au théâtre national de La Colline à Paris

House théâtre de la Colline

texte et mise en scène Amos Gitaï
du 14 mars au 13 avril 2023 au Théâtre de la Colline
du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30
relâche le dimanche 19 mars
spectacle en anglais, arabe, français, hébreu, yiddish surtitré en anglais et
en français 
• durée estimée 2h40

Regarder la bande annonce de « House »

Amos Gitaï

« « On n’effacera jamais l’attachement des Palestiniens à notre terre. Commençons par cette vérité. Reconnaître d’abord la tragédie de l’autre. Après, on trouvera des solutions. L’Europe ne s’est-elle pas finalement construite sur les millions de morts provoqués par le nazisme ? »

Amos Gitaï

1950
Naissance à Haïfa, Israël.
1973
Blessé pendant la guerre du Kippour, où il fait partie d’une unité d’évacuation sanitaire.
1980
Réalisation de son premier documentaire, House, commandé par la télévision israélienne.
2016
Yitzhak Rabin : chronique d’un assassinat, mise en scène au Festival d’Avignon.
2018
Élu professeur à la chaire de création artistique du Collège de France.

Amos Gitaï

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