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La dernière main pour la préparation de Cézanne 2025 à Aix-en-Provence

par Pétra Wauters

Dans le cadre des préparatifs de Cézanne 2025, le grand événement tant attendu à Aix-en-Provence, une exposition internationale autour de l’oeuvre du peintre avec des toiles venues du monde entier et spécialement prêtées pour l’occasion, la ville a organisé, le 18 mars dernier, une visite de chantier.

Parmi les personnalités locales présentes, Madame Sophie Joissain, maire de la ville, accompagnée de Mme Sicard-Desnuelles, adjointe en charge du patrimoine et des musées, Bruno Ely, conservateur en chef du musée Granet, Denis Coutagne, président de la Société Paul Cézanne et conservateur en chef du patrimoine, ainsi que Messieurs Kirchthaler, Fraisset, qui consacrent leur activité au rayonnement de la ville. M. Philippe Cézanne, l’arrière-petit-fils du peintre avait tenu à être présent.

Une cinquantaine de journalistes régionaux et nationaux, casqués – chantiers obligent –, ont pu mesurer l’avancement des restaurations en cours. Entre la bastide du Jas-de-Bouffan, l’atelier des Lauves et l’exceptionnelle exposition du musée Granet, l’événement promet une redécouverte majeure du peintre aixois. D’autres lieux emblématiques jalonnent également ce parcours cézannien ; ils offriront aux visiteurs aixois et aux touristes une immersion encore plus riche dans l’univers du peintre. 

Exposition au musée Granet

« L’objectif initial était de rassembler une centaine d’œuvres, et nous en sommes à 133″, a annoncé Bruno Ely, conservateur en chef du musée Granet. Nous pouvons être fiers de ce projet, un projet ambitieux et exigeant, mais nous sommes d’ores et déjà certains d’avoir une grande exposition autour du thème, « Cézanne au Jas de Bouffan ». Bruno Ely nous rappelle que ce musée aixois occupe une place particulière dans l’histoire du peintre : c’est ici que, jeune étudiant, Cézanne suivit des cours de modèle vivant et de dessin d’après l’antique, à l’école gratuite de dessin alors installée au rez-de-chaussée.

Olécio partenaire de Wukali
©Musée Granet Aix-en-Provence

On se souvient de l’exposition de 2006, qui déjà avait passionné les visiteurs du monde entier. Avec 78 peintures et 50 œuvres graphiques, Cézanne 2025 aura une portée internationale encore plus importante. Elle réunira des prêts exceptionnels en provenance de 75 institutions et collectionneurs répartis dans 15 pays et de grands musées, parmi lesquels ceux de Boston, Budapest, Ottawa, Prague, Tokyo, Zurich, Bâle et Washington.

« Si nous avons reçu une écoute attentive de la part de tous les propriétaires et prêteurs de ces œuvres, c’est justement parce que nous sommes à Aix-en-Provence, la ville de Cézanne, une ville qui pourtant l’a longtemps repoussé. » Henri Pontier, conservateur au musée d’Aix et directeur de l’école de dessin vers 1900 disait : « Moi vivant, aucun de ses tableaux ne rentrera dans le musée. » précise Bruno Ely. Ce n’est qu’avec la génération suivante, celle de Picasso, Braque et Matisse, que Cézanne fut progressivement reconnu, non plus seulement comme le Maître d’Aix, mais surtout comme le « père de l’art moderne ». Cette exposition en est d’autant plus importante et symbolique.

Le musée Granet a lui aussi bénéficié de quelques travaux pour augmenter sa superficie d’accueil des expositions.

L’exposition mettra en lumière plusieurs chefs-d’œuvre emblématiques de Cézanne. Le Pot de gingembre, venu de Washington, illustre son travail sur les volumes et la matière. La Table de cuisine incarne quant à elle toute la rigueur et la pluralité des points de vue du peintre.

Les joueurs de cartes. ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt | Paul Cézanne, Les Joueurs de cartes, entre 1890 et 1895 | Huile sur toile, 47 x 56,5 cm | Legs comte Isaac de Camondo, 1911

Parmi les toiles majeures, on nous signale encore Les Joueurs de cartes, conservé au musée d’Orsay, pour lesquels ont posé des paysans employés sur le domaine. Une toile qui témoigne joliment de son approche épurée et structurée de la composition. Les portraits occupent aussi une place de choix, avec des œuvres comme Louis-Auguste Cézanne, son père absorbé dans sa lecture, ou Hortense, sa compagne, dont la patience face au pinceau du maître est légendaire.

A l’honneur encore les paysages iconiques de Cézanne : BibémusL’Estaque et Sainte-Victoire, avec notamment une version de 1897 prêtée par le Kunstmuseum de Berne. Quant à la « Maison et ferme du Jas-de-Bouffan, conservée au Národní muzeum, le musée national de Prague, elle s’affiche fièrement comme l’image officielle de Cézanne 2025 au Musée Granet.

La bastide du Jas-de-Bouffan

Sur place, à l’occasion de cette visite de chantier, on constate que la bastide n’a pas tout à fait la couleur que l’on avait en mémoire. La question de l’enduit avait d’ailleurs suscité un débat, et c’est finalement un gris, joli et changeant en fonction de la lumière, qui a été retenu. Les couleurs de l’époque de Cézanne, si l’on en croit notamment ses tableaux, étaient orangées pour les façades et bleues pour les volets, comme on peut le voir sur l’affiche. Mais certains s’interrogent encore : était-elle plutôt ocre-jaune avec des volets verts ? Quoi qu’il en soit, à partir du 28 juin, le public découvrira la bastide familiale du Jas-de-Bouffan, ce lieu ô combien emblématique qui aura retrouvé tout son éclat d’antan.

La propriété a été achetée par la ville en 2018. Aujourd’hui, la bastide est nichée au cœur d’un parc de cinq hectares, au bout d’une majestueuse allée de marronniers. Entourée autrefois de 15 hectares de vignes et de vergers, ce fut le premier terrain d’expérimentation de Cézanne, un vaste atelier à ciel ouvert.  C’est un point d’ancrage cher à Paul Cezanne lors de ses allers-retours entre Paris et Aix-en-Provence, nous confiera Denis Coutagne, président de la Société Paul Cézanne et conservateur en chef du patrimoine, ancien directeur du musée Granet.  Un lieu tranquillecar le peintre aimait la solitude ».

C’est ici, à l’extrémité du parc, qu’il posa son chevalet pour la première fois afin de peindre la Sainte-Victoire. Bien sûr, des immeubles ont poussé comme des champignons, et si la célèbre montagne n’est plus visible, l’endroit reste préservé et verdoyant. En visitant la bastide, on se sent « chez Cézanne ». Plus qu’une demeure familiale, cette grande maison fut son premier laboratoire artistique. C’est là qu’il réalisa notamment ses premières expériences picturales, en peignant directement sur les murs du grand salon une série de neuf grands panneaux muraux. Même si l’objectif est bien d’« entrer dans l’œuvre de Cezanne », Denis Coutagne rappelle que, pour des raisons de sécurité et de climatisation, « aucune peinture de Cézanne ne sera exposée dans la bastide, à l’exception d’un fragment mural découvert en 2023 dans le grand salon. C’est le musée Granet qui a la charge des œuvres signées Cezanne. » Cependant, on apprend que des projections ainsi que des mises en scène des tableaux de l’artiste seront prévues pour montrer au public les panneaux peints entre 1860 et 1870,  sur tous les murs disponibles du grand salon. Ces peintures réalisées à même le plâtre seront transposées sur toile après la mort du peintre. On trouvait entre autres sur les murs : Les Quatre Saisons : Le Printemps, L’Eté, L’Automne, L’Hiver, Le Baigneur au rocher, Le Jeu de cache-cache (d’après Lancret). 

 Bastide du Jas de Bouffan
©photo Michel Fraisset,

On est impressionné par le vaste chantier de rénovation de la Bastide, qui comprend plusieurs axes majeurs. Il y a d’abord ces travaux essentiels, aujourd’hui invisibles car déjà achevés, tels que la consolidation des sols et d’autres interventions techniques cruciales pour garantir la stabilité et la préservation du site. Il y a encore la mise en valeur du grand salon, la restitution de la cuisine dans son apparence d’origine, ainsi que la restauration d’une chambre ornée de précieuses gypseries illustrant Léda et le cygne. Ce décor sculpté dans le plâtre représente un épisode mythologique :  Zeus, transformé en cygne, séduit Léda, la reine de Sparte. On s’attarde encore sur la rénovation du tout premier atelier du peintre, aménagé sous les toits en 1881 par son père qui, en quelque sorte, acceptait de voir enfin son fils, comme un artiste. La pièce, pas très grande, est superbe et lumineuse.                      

Gypseries. Léda et le cygne
©photo Pétra Wauters

Bien sûr, la bastide a beaucoup changé au fil des ans. Elle a évolué au gré de ses propriétaires successifs, chacun y apportant sa touche selon les goûts et les tendances de son époque. Des aménagements successifs ont transformé son apparence, reflétant des styles et sensibilités variés. La ferme attenante, également en cours de restauration, deviendra un centre de recherche et de documentation piloté par la société Paul Cézanne. Chargée de gérer le catalogue raisonné de l’artiste, la société a rapatrié à Aix-en-Provence cet important outil de référence, autrefois conservé à New York. L’orangerie, qui n’existait pas à l’époque de Cézanne, séduit déjà. Ce sera un bel endroit pour se restaurer, se détendre à l’ombre, devant le bassin, et boire un verre.

L’ atelier des Lauves

On le connaît bien pour l’avoir souvent visité ce bâtiment provençal qui date de 1901-1902, ses murs en pierre, son toit de tuile, ses deux niveaux, dont un étage pour accueillir le grand atelier du peintre. Ici, tout est parfaitement adapté aux besoins du peintre : son plafond haut qui permettait d’accrocher de grandes toiles et de peindre sur des formats importants, sa grande baie vitrée orientée au nord, un choix délibéré de Cézanne pour obtenir une lumière constante et diffuse en évitant les variations brutales du soleil.  Les visiteurs s’interrogent :  une fente verticale parcourt le mur nord de l’atelier.  Cézanne avait fait aménager cette ouverture pour introduire ou sortir ses œuvres de grand format sans difficulté. 

L’intérieur de l’atelier était relativement dépouillé de l’époque de Cézanne.  Lors de la visite presse, l’atelier était carrément vide, rénovation oblige. Cependant,  certains objets emblématiques restent gravés dans les mémoires : un pot à gingembre, bleu, que l’on retrouve dans des compositions du peintre, tout comme un pot à olives vernissé de couleur vertes, cruches et pichets en terre cuites,  des crânes humains et d’autres « témoins » du quotidien du peintre. Dans ce superbe atelier, les souvenirs et fragments d’histoire évoqués pourront être découverts par les visiteurs dès le 28 juin.

L’atelier est également remarquable pour son intégration dans le paysage environnant, offrant des vues sur la campagne aixoise et la montagne Sainte-Victoire que Cézanne a tant représentée dans ses œuvres.

Atelier des Lauves
photo@ Sophie Spiteri

Lors de la visite presse, l’atelier était vide, mais certains objets emblématiques restent gravés dans les mémoires : un pot à gingembre, un pot à olives vernissé, des crânes humains et d’autres « témoins » du quotidien du peintre. Dans ce superbe atelier, les souvenirs et fragments d’histoire évoqués pourront être découverts par les visiteurs dès le 28 juin.

L’atelier des Lauves, situé au nord d’Aix, s’est enrichi d’un vaste jardin grâce à l’acquisition par la ville de la campagne Girard, propriété voisine. Cet aménagement permet de créer un véritable site patrimonial doté d’un espace d’accueil et d’installations touristiques (billetterie, boutique, restauration, ateliers pédagogiques) le tout distincts de l’atelier.

Les visiteurs pourront également arpenter les carrières de Bibémus et admirer la Sainte-Victoire à travers le regard de Cézanne. D’autres expositions viendront enrichir l’offre culturelle, comme celle du musée du Vieil Aix sur le contexte de l’époque ou celle du Pavillon de Vendôme, qui reviendra sur les rétrospectives consacrées à Cézanne en 1956 et 1961.

Avec ses nouveaux espaces, la bastide du Jas de Bouffan deviendra un lieu culturel incontournable à Aix-en-Provence. La restauration de tous les sites découverts à l’occasion de cette visite offrira au public du monde entier une immersion unique dans l’univers de Cézanne. Rappelons, avec les vacances de Pâques qui approchent, que la Petite Galerie Cézanne, conçue pour les enfants (mais qui plaît aussi aux grands), est ouverte .

Illustration de l’entête: Paul Cézanne, Maison et ferme du Jas de Bouffan, 1885-1887 (détail). Huile sur toile, 60,8 x 73,8 cm National Gallery Prague, République Tchèque © National Gallery Prague 2023

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