La beauté et la mort
Fin connaisseur de la musique de Verdi, Gianandrea Noseda dirige l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Zurich dont il est directeur musical depuis 2021. Le Requiem de Verdi est une œuvre saisissante et pleine de contrastes qu’il connaît particulièrement bien, et de bout en bout on sent la fusion intime entre élan spirituel et ce lien opératique qui rend cette œuvre si singulière par rapport à d’autres requiem. On lit du reste dans le programme : « Noseda voit dans le Requiem de Verdi « l’ultime essai de la part du compositeur de s’approcher de Dieu ». Verdi y opère une fusion intime entre élan spirituel et dispositions parfois presque opératiques, ce qui confère à l’œuvre un visage tout à fait particulier.
Nul doute, le chef est dans son élément : il a déjà donné ce Requiem à la tête de nombreux orchestres et pas des moindres : l’Orchestre de Paris, le London Symphony Orchestra… Investi dès les premières mesures, il nous offre une lecture énergique et dramatique, la tension palpable tant à l’orchestre que dans les voix magnifiques des chœurs. Le son est amplifié, très amplifié nous semble-t-il, mais le Verdi est respecté dans ce sens aigu du dramatique, de ces grandes fresques chorales et de ces contrastes orchestraux si caractéristiques. Après la force d’un Dies Irae aux accents cataclysmiques – qui résonnera longtemps après dans nos oreilles- on apprécie la douceur apaisante de l’Agnus Dei. Toujours ces fameux contrastes !

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Zurich, direction Gianandrea Noseda
Photos Caroline Doutre
Parmi les solistes, de grands chanteurs verdiens comme Marina Rebeka, Agnieszka Rehlis, Alexander Vinogradov ou Joseph Calleja, tous familiers des opéras du compositeur.
Marina Rebeka est une magnifique soprano : elle conjugue un timbre d’une beauté rare, une technique vocale irréprochable et un legato d’une souplesse inouïe. On aime ses aigus acérés et son art des nuances. De toute évidence, le Requiem est une œuvre qu’elle connaît parfaitement ; elle est pleinement « habitée » et a livré notamment un merveilleux « libera me »
Agnieszka Rehlis, alto polonaise, séduit par la profondeur de ses graves et une homogénéité de voix impressionnante. Elle parcourt toute sa tessiture avec une aisance naturelle, et s’affirme comme une grande spécialiste du répertoire verdien.
Alexander Vinogradov, basse, remplaçait ce soir David Leigh. Dans le Requiem de Verdi, la basse joue un rôle essentiel : elle incarne l’autorité, la gravité, la profondeur dans les moments forts et bouleversants comme le Confutatis ou le Mors stupebit. Tout était d’une belle évidence.
On apprécie Joseph Calleja, ce ténor maltais à la voix claire et méditerranéenne, souvent comparé aux plus grandes légendes du chant, avec son timbre chaleureux et son vibrato si caractéristique. Pourtant l’écoute n’a pas été sans interrogations. Ce que l’oreille la plus attentive pouvait questionner, la salle a semblé ne pas l’entendre, ou choisir de ne pas le retenir. Car la salle a aimé Verdi, son magnifique Requiem. Elle a répondu chaleureusement, sincèrement, à l’orchestre, aux chœurs, à la soprano, à l’alto, à la basse et au célèbre ténor. Comme si le charisme, la présence, ou peut-être la mémoire affective de cette voix, continuaient d’opérer au-delà même de ce que l’oreille pouvait questionner.
C’est sans doute cela, au fond, la magie d’un grand Requiem : il dépasse les voix individuelles, il nous fait oublier « les imperfections ». Il nous rappelle que la musique, quand elle est portée avec cette conviction, cette énergie et cette foi dans le texte, touche quelque chose d’universel. Ce soir-là l’émotion était quand même bien présente.
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