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Raphaël Feuillâtre et sa guitare au Festival

par Pétra Wauters

De Couperin à Piazzolla

On dit de Raphaël Feuillâtre que c’est l’étoile montante de la guitare ! Nous n’avions jamais vu sur scène ce musicien, mais il a été si bien présenté à la conférence de presse que nous avons choisi de l’écouter dans la riche programmation du festival de Pâques.

Raphaël Feuillâtre

Ce fut d’autant plus facile de nous faire une idée grâce aux sites officiels et à YouTube, car on y trouve des enregistrements de toute beauté. Cela nous a donné encore plus envie de sauter le pas ! Autre raison qui a attisé notre curiosité : le programme, magnifique. On fait le grand écart de François Couperin à Astor Piazzolla. On voyage : pour son récital aixois, il a choisi de nous présenter des pièces baroques françaises et allemandes, écrites à l’origine pour clavier, ainsi que des œuvres espagnoles et sud-américaines.

Les enregistrements que nous avions écoutés nous avaient déjà conquis : un jeu fascinant, très chantant, lumineux, avec quelque chose de presque vocal dans le son. Lumineux comme le guitariste, et on confirme : si son talent est immense, le jeune homme est aussi « beau et solaire » en vrai. Et ça, les écrans ne peuvent pas le donner : cette présence physique, cette attention, cette complicité qui se créent dans une salle quand un musicien est vraiment là.

Dans le programme, François Couperin (1668–1733), Les Barricades mystérieuses (arrangées par Antoine Fougeray), et Jacques Duphly(1715–1789), Médée (arrangement par Antoine Fougeray), représentent le clavecin français du XVIIIe siècle.

Olécio partenaire de Wukali

Ils sont suivis par Johann Sebastian Bach (1685–1750)Concerto en ré majeur BWV 972 (d’après Antonio Vivaldi), arrangement par Judicaël Perroy… La musique baroque adaptée à la guitare, c’est un pur bijou, comme le prouve justement ce Concerto que Bach lui-même avait arrangé d’un concerto pour violon de Vivaldi ! Vous suivez ? Ce qui est beau dans tout ça, c’est que Judicaël Perroy à l’arrangement et Raphaël Feuillâtre à la guitare s’inscrivent dans une longue tradition : les musiciens ont toujours réarrangé, retranscrit, réinventé, et Bach lui-même ne se privait pas de revisiter Vivaldi !

Du côté hispano-américain, le guitariste nous emmène loin, avec Agustín Barrios Mangoré (guitariste paraguayen de génie) et Miguel Llobet (pionnier de la guitare de concert) dialoguent avec Heitor Villa-Lobos et Astor Piazzolla.

On aime particulièrement Isaac Albéniz, taillé sur mesure pour le bel instrument. Même si, et c’est un paradoxe, ces pièces étaient écrites pour le piano, la plupart des œuvres jouées, avec leurs basses profondes, leurs ornements et leur parfum andalou, trouvent sous les doigts de ce magnifique guitariste un souffle nouveau, une vie nouvelle et beaucoup de naturel.

On parle souvent des instruments des musiciens, et pour cause : ils jouent un rôle essentiel et en disent long du musicien et de ses exigences sonores. On apprend que la guitare de Feuillâtre est une guitare du luthier australien Greg Smallman. Elle est tout simplement exceptionnelle et techniquement avancée. Cela étant, elle ne fait pas tout ! C’est bien Raphaël Feuillâtre qui nous livre l’infinie variété des possibilités techniques, la richesse des couleurs, et qui, un des moments forts de la soirée, joue avec le côté percussif de sa guitare ! Oui, on l’a déjà entendu, on peut taper sur la caisse, mais comme lui le fait, c’est phénoménal ! 

Nous avons assisté à une véritable traversée du temps, rassemblant quatre siècles de musique.
Raphaël Feuillâtre ne s’est pas contenté d’interpréter : il a relié les époques, fait dialoguer les styles, et finalement composé un véritable tableau de maître, par touches vivantes, colorées, expressives,  toute une palette concentrée dans six cordes… sans oublier la caisse !

Le jeune homme nous a offert un bis énergique avec des effets de guitares surprenants. Il s’inspire, comme le titre l’indique, d’un univers circassien  : Foco de Roland Dyens et Clown down de Roland Dyens

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