Pour WUKALI, Edwige BUDKAHistorienne d’art. Conférencière au Musée des Châteaux de Versailles et de Trianon et au Musée de la Renaissance à Écouen – présente cette toute nouvelle exposition consacrée à Louis François Lejeune, un très grand peintre de l’épopée napoléonienne, et qui vient de s’ouvrir au château de Versailles.


La peinture et la guerre sont les deux vocations de Louis François Lejeune, durant sa vie, il mènera les deux activités « de front » ; né en 1775 à Strasbourg, il reste très discret sur ses origines, on le croit, d’après ses mémoires fils d’artiste, il décrit son père : « grammairien, sculpteur, dessinateur et peintre », en fait, celui-ci est chef pâtissier au service du commandant en chef de la Haute et Basse Alsace. Il est très difficile de faire la part entre réalité et fiction dans ses mémoires, Lejeune brouille les pistes, se crée la famille qu’il aurait voulu avoir et cache ses modestes origines. Toute sa vie il cherchera à se hisser dans la société et se créera un réseau de relations fort honorifiques, il épousera d’ailleurs Marie-Louise Amable Clary, nièce de Joseph Bonaparte et de Bernadotte.

En 1778 sa famille s’installe à Paris, Louis François entre alors dans l’atelier du plus grand paysagiste de l’époque, Pierre-Henri de Valenciennes : « il m’apprenait à découvrir mes modèles dans la nature belle et abondante ».

Lorsque la France entre en guerre en 1792, Lejeune s’engage dans la Compagnie des Arts de Paris, qui recrute des élèves des Lettres et des Sciences, du Droit et des Beaux Arts ; c’est le point de départ d’une belle carrière militaire : il participe à dix-huit campagnes ; nommé aide de camp du général Berthier en 1800, il finira son ascension en 1812 comme général de brigade. De plus l’homme est un guerrier valeureux, blessé sept fois, prisonnier en Espagne en 1811 et remis aux ennemis Anglais.

L’œuvre de Lejeune est marquée par la brève formation qu’il a reçue à l’école du génie de Metz, où il apprend les mathématiques, l’art des fortifications et la topographie, essentielle pour ses peintures de batailles.

Pour les réaliser, Lejeune accumule les croquis et les notes, quand il ne participe pas au combat, il se renseigne auprès de ceux qui y étaient, et quand il est acteur , il aime se représenter sur le tableau :on le voit à Marengo, mais aussi tout à côté de l’Empereur dans le bivouac d’Austerlitz.

Ses compositions de batailles sont généralement construites en trois plans : le premier tient plutôt de l’anecdote, le second s’intéresse à la bataille en elle-même, le paysage se déroule sur le troisième plan ; l’artiste peut aussi peindre sur un même tableau plusieurs moments d’une journée, par exemple pour Marengo, on voit au premier plan la mort de Desaix qui a lieu le matin associée à une bataille de l’après-midi.

Le paysage en panorama est une notion nouvelle que Lejeune introduit.

Le spectateur est placé au- dessus du premier plan puis, la perspective remonte vers le fond du tableau (comme une scène de théâtre) ceci est particulier aux peintres de batailles alors que les peintres d’histoire construisent sur deux perspectives :le spectateur est placé sous le premier plan et au-dessus du paysage (Gros, Girodet par exemple).

Les nombreux personnages sont représentés avec une minutie extraordinaire, tous les uniformes et les galons sont reconnaissables. Lejeune effectue avant certaines batailles des missions de reconnaissance, il arpente le terrain, fait des relevés topographique , ses paysages s’apparentent donc à une carte en trois dimensions tant ils sont précis.

En 1837, Lejeune quitte ses fonctions dans l’armée et part pour Toulouse où il deviendra maire de la ville et Directeur de l’école des Beaux- Arts, il y mourra en 1837.

L’œuvre de Louis François Lejeune est un véritable reportage sur l’épopée napoléonienne, elle a largement participé à la propagande voulue par l’Empereur d’autant que l’artiste a connu un certain succès et a souvent exposé dans les salons parisiens.

Edwige BUDKA

Historienne d’art. Conférencière au Musée des Châteaux de Versailles et de Trianon, et au Musée de la Renaissance à Écouen


Les guerres de Napoléon. Louis François Lejeune, général et peintre (1755-1848).

Du 14 février au 13 mai 2012.

Aile nord du château de Versailles, Salles d’Afrique. Ouverture : jusqu’au 31 mars

tous les jours (sauf le lundi) de 9 h à 17 h 30 à partir du 1er avril jusqu’à 18 h 30. www.chateauversailles.fr

Commissaire : Valérie Bajou, conservateur au château de Versailles – scénographe : Nicolas Adam. Exposition réalisée avec le soutien de Renault Trucks Defense et en partenariat média avec Napoléon 1er, L’œil et Histoire.

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