Cet article du New-York Times, que nous avons tenu à traduire et à vous présenter, va bien au delà d’une information familière sur la vie d’un orchestre, aussi célèbre fut-il. Son contenu est au coeur même des politiques culturelles et économiques, au coeur même de la politique. Il touche aux préoccupations que Wukali a à coeur de mettre en avant soit : l’entropie artistique et culturelle comme expression d’une réalité politique et culturelle, comme vecteur d’identité et de puissance, comme moyen d’un dynamisme économique identifié au plan de la « globalisation » internationale et du jeu des puissances. L’hégémonie culturelle un temps prôné par des penseurs révolutionnaires et maudits comme Gramsci revient en force aujourd’hui avec la notion banalisée du Soft Power. L’histoire, sur ce point, leur a donné raison.

Pierre-Alain Lévy


Traduit du New-York Times .13 nov, 2012.

De longue date la Chine apparait comme une espèce de Terre promise pour la musique classique et deux des plus grands orchestres américains barbotent dans cette idée à travers de grands projets et différentes approches. D’un côté vous trouvez le fin et léger Orchestre de Philadelphie et de l’autre le grand balourd de la Big Pomme.

Le New-York Philharmonic va dévoiler mercredi un partenariat pour sept ans avec le Shanghaï Symphony Orchestra. Cela inclut une résidence de 10 à 14 jours en Chine et une participation à un programme de formation. Ce programme commencera dès l’automne 2014, pour l’heure les détails n’en sont pas encore formulés, et sa résidence est censée débuter l’été suivant.

De l’autre côté il y a la méthode du Philly. Le Philadelphia Orchestra bat au poing le N-Y Philharmonic, le printemps dernier il a joué à Pékin ainsi que dans de grandes capitales de province, dans son programme des Master classes, des leçons, des concerts, et des visites dans des parcs, des écoles et des hôpitaux. La tournée était organisée en partenariat avec le National Center for Performing Arts à Pékin.

Mais l’aventure du Philly ( en respectant le texte anglais NDLR) était plus improvisée. Elle se déroula juste huit mois après que l’annonce en fut faite. Un chargé de communication, Katherine E. Blodgett, qualifia la visite de projet pilote pour tester les plans de campagne. Le Philharmonia Orchestra a l’intention de retourner au printemps prochain et espère que la résidence conduira à une relation de long terme dit-elle.

Mademoiselle Blodgett fit aussi remarquer que le Philharmonia Orchestra fut le premier orchestre américain à visiter la République Populaire de Chine en 1973, et y retourna en 2008 et en 2010. Le New-York Philharmonic visita la Chine en 2008 lors d’une tournée vers la Corée du Nord.

Le poins que l’on puisse dire, c’est que l’explosion en Chine pour la musique est impressionnante il suffit d’observer le nombre de salles de concerts, d’orchestres, de fabricants d’instruments de musique classique, et le développement de l’étude de la musique classique dans ce pays pendant les dix ans écoulés. L’audience du public croit de même. De nombreux organisateurs de concerts sont friands de recevoir des ensembles internationaux de prestige pour remplir leurs somptueux auditoriums.

Simultanément les officiels chinois, avec l’appui d’une politique gouvernementale qui a pour objet de construire une culture comme une expression de puissance nationale et avec la détermination de l’effort à fournir, sont heureux d’importer une expertise culturelle occidentale. Le Lincoln Center où réside le Philharmonic a ainsi déclaré il y a presque 17 mois qu’il deviendrait un consultant contractuel pour les développeurs d’un complexe artistique à Tianjin, une ville située à 45 mn de train à très grande vitesse de Pékin.

Le projet du New York Philharmonic n’est pas lié à la stratégie du Lincoln Center et trouve en partie naissance dans l’énergie du chef d’orchestre Long Yu, une figure centrale de la musique classique chinoise . Mr Yu, natif de Shanghaï, est le directeur musical du Guangzhou Symphony Orchestra, directeur artistique du China Philharmonic ainsi que du Festival de Musique de Pékin.

Plus important, il est le directeur musical du Shanghaï Symphony Orchestra, qui a payé le Philharmonic pour partager un concert à Central Park à New-York en juillet 2010. En plus d’avoir dirigé le Shanghaï Orchestra à ce concert, il était aux côtés du N-Y Philharmonic dans un concert du Jour de l’An et refera la même chose le 12 février.

Le N-Y Philharmonic a dans un premier temps annoncé son partenariat lors d’une cérémonie de signature à Shanghaï il y a 16 mois. L’événement ne suscita pas l’attention de la presse occidentale à l’exception du blog WQXR’S. Le programme était censé débuter en 2013 avec l’ouverture d’une salle de concert à Shanghaï. Mais l’ouverture fut retardée ainsi que le projet.

Lors de récents entretiens de presse, les officiels ont révélés quelques détails. Un groupe d’environ quatre à cinq membres du N-Y Philharmonic passeront une semaine, trois fois par an, pour travailler avec des étudiants d’une nouvelle académie orchestrale à Shanghaï. L’enseignement aura aussi pareillement lieue durant la résidence d’été, ce qui inclut des représentations du N-Y Philharmonic ainsi que de son orchestre de chambre.

Quelques étudiants pourront aussi venir à New-York pour une formation complémentaire et pour découvrir« l’environnement musical new-yorkais» fait savoir Mr Matthew VanBesien, directeur exécutif du N-Y Philharmonic.

Anastasia Boudanoque, producteur exécutif à Cami Music ( Columbia artistic management International NDLR), précise que les étudiants seront sélectionnés dans les pays d’Asie, essentiellement : la Chine, le Japon, la Corée du Sud, Singapour et Taiwan. Mr Boudanoque conseille le Shanghaï Symphony Orchestra et représente Mr Yu.

Mr Yu a déclaré que l’académie inclurait le Conservatoire de Musique de Shanghaï et prendrait comme modèle l’école de formation du Berlin Philharmoniker, qui est une émanation de l’orchestre et assure une continuum dans la tradition musicale et prépare des musiciens. Des bourses pour 30 à 50 musiciens seront prévues pour le programme de deux ans a t-il fait savoir. Les musiciens du N-Y Philharmonic auront leur mot à dire pendant les auditions.

Il ajoute que l’académie n’est qu’une des pièces dont la Chine a besoin pour compléter son système concentrique dans la musique classique. Les musiciens abondent, orchestres et salles de concert augmentent, cependant la scène manque d’autres éléments tels des directeurs professionnels, au fait des systèmes de politiques de marketing culturel et de communication extérieure via des systèmes électroniques, ainsi que d’accès facile aux partitions. Oui il y a des publics, note-t-il «mais si nous ne nous dotons pas d’un grand système, ces publics resteront chez eux».

Les officiels n’ont pas souhaité révéler les détails financiers du partenariat. Ce qu’en dit Mr VanBesien, «la ville de Shanghaï contribue à un grand investissement». Le Shanghaï Symphony Orchestra et le Conservatoire participent aussi à payer la participation du N-Y Philharmonic, de même l’orchestre lui même recueillera de l’argent de ses mécènes (« sponsors» NDLR). Mais l’arrangement final est «davantage bénéficiaire» à l’orchestre que pour d’autres tournées internationales.

«Nous ne négligeons aucun domaine» conclut-il incluant «l’identité de notre marque pour le développement du talent, pour identifier le talent». L’accord met aussi en avant le N-Y Philharmonc à Shanghaï, une capitale financière, et lui apporte ainsi d’avantage de mécènes potentiels. «Il y a plein de choses à faire en Chine» ajoute-t-il.

À l’occasion de sa première saison comme directeur exécutif, Mr VanBesien a cherché de positionner à positionner le N-Y Philharmonic comme une ressource s’exprimant bien au-delà du simple pourvoyeur de concerts. «C’est une développement particulièrement intéressant»

Cet effort constitue l’iceberg visible de l’expression d »un mouvement de masse en Amérique du nord, des responsables d’orchestre et de leurs administrateurs pour affronter un développement de la marginalisation et un dollar affaibli. Le mot à la mode ( «a big buzzword» NDLR) est «résidence», impliquant que des orchestres s’installent pendant un certain temps dans une autre ville où ils peuvent vendre des tickets, construire de nouvelles audiences et attirer les contributeurs financiers. Relever les catégories de la jeunesse impécunieuse par l’éducation musicale, proposer une formation de haut niveau à de futurs professionnels, se diviser en petits ensembles et aller dans les villes périphériques, proposer des concerts en diffusion simultanée, ainsi que séduire des groupes ethniques locaux. Telles sont les stratégies envisagées.

Les musiciens du New-York Philharmonic qui prendront part aux sessions de formation seront volontaires pour cet emploi et payés en extra. La violoniste Fiona Simon, responsable de l’union des musiciens nous a fait savoir du vif intérêt que prennent les musiciens.

L’un des plus enthousiastes est Liang Wang, premier hauboiste et né en Chine. C’est ainsi qu’il dit qu’il y a un besoin particulier de former des instrumentistes pour instruments à vent compte-tenu de la surabondance de pianistes et de cordistes; «les Vents sont si faibles, nous avons assez de pianistes» ajoute-t-il, précisant que les officiels de ShanghaÏ étaient impatients d’élever le niveau culturel. «L’argent n’est pas une fin, combien de Ferrari pouvez-vous acheter ?» conclut-il.

Daniel J. Wakin

Traduction pour Wukali, P-A L


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Illustration. Le chef Long YU a la tête du Shanghai Symphony Orchestra.


ÉCOUTER VOIR

Concert du Shanghai Orchestra. New-York, Central Park. Juillet 2010. Atmosphère.

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