Théâtre.

Interprétation et mise en scène de Robert Benoît, d’après Georges Simenon (1903-1989).

A la sortie du Petit Théâtre, Robert Benoît raconte comment il a « emprunté » la voix de Georges Simenon, lors d’un détour à la bibliothèque du fonds Simenon, à Liège. Le comédien ne pouvait dénicher meilleure introduction à la mise en scène de cette « dictée » de l’auteur belge.

« Lettre à ma mère » est un enregistrement couché sur le papier : à 70 ans, le père du célèbre commissaire Maigret découvre le magnétophone. Le nouvel outil de l’écrivain sert l’ultime chapitre de son œuvre, marqué par le souvenir et la confession.

Maturée au chevet de « ma chère maman » mourante, cette « lettre » est publiée trois ans après la mort d’Henriette. Mère et fils se sont mal aimés, murés souvent dans les silences. L’absence de communication familiale nourrit l’angoisse et les interrogations d’un Simenon vieillissant. Robert Benoît ajuste le ton pour incarner ce monologue. Le comédien parvient à donner corps aux peurs intimes de l’écrivain.

Le dépouillement de la mise en scène symbolise le vide des relations filiales : une vulgaire chaise, un petit bureau sans style, et en arrière plan, une armature de vieux lit d’hôpital. Une polonaise de Chopin souligne la mélancolie.

L’humanité et la sincérité de Robert Benoît font le reste. Georges Simenon se trouve incarné. Et l’œuvre tout entière se voit éclairée d’un jour nouveau. Car – les amateurs de Simenon le savent – « Lettre à ma mère » dévoile de nombreux thèmes présents dans les romans de l’écrivain.

Après « Lettre à mon juge »

Au rayon intime de Simenon, le comédien Benoît commence à s’y connaître : il avait déjà représenté « Lettre à mon juge », autre récit poignant, où le héros condamné explore les raisons de son crime passionnel ; sublimation des errements du couple que forma Simenon avec Denyse. Le projet avait accouché longtemps après la mort de Simenon. John, le fils de Georges, héritier moral de l’œuvre de son père, avait applaudi le travail de Robert Benoît. L’autorisation de mettre en scène la « Lettre à ma mère » en fut facilitée, et les droits cédés gratuitement.

Entre les deux mises en scène, Robert Benoît explique avoir pris le temps de mieux connaître l’auteur Simenon, et son œuvre « que je ne connaissais pas trop avant. Maintenant, j’ai aussi le sentiment d’avoir l’âge pour rendre le meilleur de la Lettre à ma mère », confie le comédien, les mains sur les tripes. Lieu chaleureux et intimiste, Le Petit Théâtre dans la ville lui offre l’occasion de rendre avec sincérité l’humanisme torturé d’un des génies littéraires les plus complexes.

La pièce sera présentée en Avignon cet été.

Laurent WATRIN.

——–

Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus