The importance of being earnest or a quarrel about language, lawyers and diplomacy. To which extent are French lawyers interested in this matter ?


La chronique de Benoît Rayski.


Wukali est un magasine consacré aux arts. Et le métier d’avocat, avec ses plaidoiries parfois dignes des tragédies grecques, peut être considéré comme un art. C’est pourquoi le site de Pierre-Alain Lévy a jugé utile de relayer un texte du Barreau de Paris.

Mais dans l’art il y a de tout. Il y a Matisse et les peintres, spécialistes en croutes en tout genre, de la place du Tertre. Il y a Proust et Christine Angot. Il y a Mozart et Yvette Horner. Il y a Prokofiev et la danse des canards. Il y a Eisenstein et Jean- Claude Van Damme. Il serait inutilement insultant de dire dans laquelle de ces catégories se range l’intéressant texte de nos robes noires. Mais il est vrai qu’à sa façon il frôle – involontairement – les sommets du burlesque américain incarné par les Marx Brothers.

Les avocats français, qui ont évidemment tous le nom de Beyrouth gravé dans leurs coeurs s’inquiètent pour le Liban. Ils sont « vivement préoccupés» par le fait que le Tribunal Spécial pour le Liban ( TSL) a posé comme exigence l’usage de l’anglais pour ses débats. Le Liban, rappellent-ils, est un pays arabophone et francophone. Mais, à bien les lire, il n’est pas sur que ça soit pour l’arabe qu’ils se fassent du souci…

Les mêmes se désolent que les principes du droit « romano-germanique» aient été abandonnés par le TSL au bénéfice du droit anglo-saxon. Comme chacun sait le droit « romano-germanique» fait partie avec le camembert, l’andouillette, le béret basque et la baguette de pain des pierres fondatrices qui ont servi à bâtir la France éternelle. Ici on ne frôle plus les sommets des Marx Brothers : on les dépasse allègrement.

On notera avec tristesse que les avocats arabophones et francophones libanais, mais qui parlent tous très bien anglais, n’ont pas estimé nécessaire de protester. On relèvera aussi que les avocats français qui aiment tant le Liban l’aiment d’autant plus qu’ils n’y connaissent rien. Et enfin, en ces jours de grisailles moroses où les occasions de rire sont rarissimes, on remerciera Wukali de nous avoir donné l’occasion de nous fendre la pêche.

PS : J’ai relu le texte du Barreau de Paris. Une véritable épreuve. Mais elle m’a permis enfin d’approcher le pourquoi et le comment de sa prose drolatique. Il s’agit tout bêtement d’une histoire de jobs et de sous. En effet le Barreau de Paris voit dans la décision du TSL une invitation à choisir des avocats anglophones. Ce qui a priori exclut nos avocats à nous et bien de chez nous. A mon avis, et vu le texte, ça vaut vraiment mieux pour les accusés…

Benoît Rayski


Illustration de l’entête: Les gens de Justice. Honoré Daumier. Un avocat qui évidemment est rempli de la conviction la plus intime… que son client le paiera bien. Lithographie, 1845. Musée Carnavalet.


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