What’s the price for culture ?


Lu dans la presse.


La décision a été prise à l’unanimité lors du conseil d’administration de l’Opéra de Paris, le 16 décembre. En 2014, les prix des places d’opéra, de catégories 1, 2 ou 3, vont augmenter de 10 %. Le taux de remplissage du Palais Garnier et de l’Opéra Bastille tourne autour de 93 %, ce qui est élevé. Mais le lundi soir, les salles sont clairsemées. Du coup, les places seront nettement plus chères les vendredis et samedis soir (+ 20 %), moment d’affluence, nettement moins (- 20 %) les lundis soir et les samedis en matinée.

Les raisons de ce changement de braquet sont simples: elles se nomment baisse de subventions et nécessité de faire rentrer de l’argent. «Comparativement aux autres grands opéras à l’étranger, nous ne sommes pas si cher», explique Christophe Tardieu, directeur de l’Opéra de Paris, «nous avons fait quelques sondages qui montrent que notre public était prêt à nous suivre».

25 dollars pour le MoMA à New York

L’Opéra de Paris n’est pas le seul à mettre le sujet des tarifs sur le tapis. Les grands musées, dont le Louvre, ont récemment fait des demandes auprès du gouver­nement – Bercy et le ministère de la Culture – afin d’être autorisés à relever les leurs, pour les mêmes raisons.

Pour l’instant, Bercy se montre favorable, le ministère de la Culture un peu moins – sauf s’il y a de grands travaux prévus, comme ceux de la Pyramide du Louvre. Ce dernier devrait d’ailleurs augmenter ses prix cette année. Un groupe de travail a tout de même été constitué rue de Valois, en 2013. Et les musées ne vont pas lâcher l’affaire. Certains réfléchissent à l’instauration d’un tarif «modulable», plus élevé les jours d’affluence, moins les après-midi creuses. D’autres souhaitent ­accorder des ristournes à qui réserve sur Internet. «Il faudrait nous laisser la possi­bilité d’améliorer nos comptes», plaide un directeur de musée. Les prix de certains billets à l’étranger – 25 dollars pour le MoMA à New York, un ­record – ou la somme que les aficionados d’art contemporain ont payée pour la Fiac cet automne (35 euros) donnent de ­l’ardeur à tout le monde: dans les grands musées, on est persuadé que 1 ou 2 euros de plus par entrée ne ­changerait pas grand-chose pour le visiteur, ­surtout s’il est étranger et, donc, captif.

«Longtemps, on a calé l’entrée des expositions sur le billet de cinéma, soit environ 8 à 10 euros», explique Valérie Vesque-Jeancard, directrice générale déléguée à la Réunion des Musées nationaux-Grand Palais, «mais les coûts d’assurance pour les transports d’œuvres ont flambé et en 2014, nous serons désormais plus proches de 12 ou 15 euros». Tout en offrant des cartes de fidélité avantageuses pour les jeunes et des tarifs moindres pour les scolaires ou les familles, la RMN-GP augmente ses tarifs tous les deux ans.

«Nous conduisons des enquêtes régulières auprès du public et le prix du billet est rarement un sujet, contrairement aux files d’attente», poursuit la directrice. «Les gens veulent bien payer si l’exposition a un caractère exceptionnel, si tout le monde en parle et qu’il se crée un sentiment d’urgence pour aller la voir.»

Mais comme dans tout, il y a une limite à ne pas dépasser. Les catalogues d’exposition, par exemple, ne se vendent plus au-delà de 50 euros. Le défi, aujourd’hui, est de trouver le «juste prix» pour les grands établissements à succès, souvent situés en Île-de-France. Le tout alors que l’équilibre des comptes n’est pas un dogme dans une économie subventionnée et que le ministère de la Culture tient à donner des signes de démocratisation…

Les concerts de rock sont-ils trop chers?

Avec des prix atteignant des sommets -jusqu’à 280 euros pour Madonna à l’Olympia en 2012 -, le concert de rock a la réputation d’être ruineux. Salomon Hazot, patron de Nous productions, un des grands du secteur, a d’ailleurs cru bon appeler «au boycott des spectacles trop chers». «Les spectateurs doivent se révolter», a-t-il asséné dans Le Parisien, en septembre 2013, «une minorité d’artistes veut se faire de l’argent sur le dos de leurs fans». La charge n’a pas été du goût de ses concurrents. «Les producteurs prennent toujours un risque lorsqu’ils organisent un concert», explique Dominique Revert, codirigeant d’Alias Productions, «nous avons aussi intérêt à ce que les places se vendent». Outre le coût des salles et des techniciens, les cachets des grandes stars «ont tendance à s’envoler». À tel point que les 20-25 ans, qui calent lorsque les prix dépassent 40 euros, se rabattent sur les festivals pour les écouter. À Paris, le marché se maintient, ainsi qu’à Nantes, Toulouse et Lille, où le rock fait recette. Les places pour Muse ou Black Eyed Peas partent en quelques minutes. La plupart des billets de concert sont de 5 à 10 euros moins chers en province qu’à Paris (autour de 50 euros, en moyenne). Reste que cette industrie n’est pas cartésienne. «Quand un concert ne marche pas, on aura beau casser les prix, cela ne décollera pas», affirme Dominique Revert.

Claire Bommelaer

Source: Le Figaro


« La gratuité totale dans les musées est une folie »

De nombreuses institutions françaises, à l’instar de l’Opéra de Paris ou du musée du Louvre, songent à relever leurs prix d’entrée pour faire face, entre autres, aux baisses de subvention.

Françoise Benhamou vient de publier Économie du pa­trimoine culturel. Éditions de la Découverte

De nombreuses institutions françaises, à l’instar de l’Opéra de Paris ou du musée du Louvre, songent à relever leurs prix d’entrée pour faire face, entre autres, aux baisses de subvention.

LE FIGARO. – Les musées français sont-ils chers?

Françoise BENHAMOU. – C’est difficile à dire, car ils sont dans une économie ­spéciale, très subventionnée, qui ne raisonne pas en termes d’équilibre des comptes. La notion de juste prix – aux yeux des visiteurs, mais aussi des musées – est très difficile à définir. Les tarifs, en France, sont le fruit de décisions politiques. Globalement, compte tenu du ­service de très grande qualité que l’on a dans la plupart des musées, et de la ­teneur des collections publiques, on ne peut pas dire que cela soit cher.
En Grande-Bretagne, notamment, l’accès aux collections permanentes est libre, les expositions payantes. Faut-il suivre cet exemple?

En fait, les musées britanniques compensent le coût de gratuité par des prix d’entrée pour les expositions temporaires très élevés, de l’ordre de 20 ou 25 livres sterling. Or, ce sont les expositions qui attirent le public. À l’entrée des musées, même quand c’est gratuit, des grandes urnes sont disposées: les visiteurs versent la participation financière qu’ils veulent. C’est une manière de dire que les choses ne sont jamais gratuites et que la culture a un coût.

En France, on fait de la gratuité sur ­mesure, en fonction des publics que l’on veut attirer, les jeunes, les chômeurs, etc. Et en général, la gratuité ­ciblée marche.

Le Louvre Lens a décidé de poursuivre la gratuité en 2014 et les musées de la Ville de Paris aussi. Pourtant, on ne compte plus les débats autour de cette politique…
Les musées de la Ville de Paris sont libres d’accès pour les collections permanentes depuis 2001, ce qui a permis de doubler la fréquentation. Mais aujourd’hui, on fait face à un immense problème de finances publiques. La gratuité est ­séduisante dans le principe, mais extrêmement coûteuse dans les faits et une pure folie dans le contexte actuel. Elle suscite des effets d’au­baine, auprès des tour-opérateurs ou de ceux qui paieraient de toute façon. La Ville de Paris va avoir du mal à remettre en cause cette gratuité, mais c’est possible de le faire, au nom de la maîtrise des ­impôts.

Claire Bommelaer

Source: Le Figaro


Illustration de l’entête: Opéra de Paris – Palais Garnier


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