A selection of famous paintings and works of art for the new permanent collection of Centre Pompidou-Metz


«Ô peintre ô père de plus tard ô dépasseur de toute limite
À toi salut qui es sur terre et non dans les cieux imaginés…
»

Ces deux vers extraits d’un long poème de Louis Aragon (« Discours pour les grands murs d’un jeune homme appelé Pablo Picasso, in «Louis Aragon, Écrits sur l’art moderne». Flammarion. 2011), auraient pu servir de prologue à «Phares» , ce tout nouvel événement qui inaugure l’exposition permanente du Centre Pompidou-Metz ( voir article ).

Dix-huit artistes, dix -huit oeuvres dont un polyptique en 7 panneaux, voilà ce que désormais pourront admirer tout au long de l’année les visiteurs du Centre Pompidou-Metz et cela pour une durée de 2 ans. Ces oeuvres puisées dans les réserves du centre Pompidou (Paris) trouvent à Metz des murs, des cimaises, des espaces, à leur mesure et même de la lumière !

Établir un choix, une sélection, tant à travers une période de temps que parmi une multitude de possibles est toujours arbitraire, toujours subjectif, toujours discriminant et l’on entendra toujours des voix pour dire: «Mais bon sang, pourquoi avoir choisi celui-ci ou celui-là plutôt que tel autre», certes, comme ne dirait pas ma grand-mère…!

Mais il faut se rendre à l’évidence, l’exposition est très belle, très riche, magique presque, et occupe tout le rez de chaussée du Centre. En y accédant, on est confronté tout de suite à une vaste toile de Joan Miro (1893-1983) Personnages et oiseaux dans la nuit (1974), 274/ 637cm. un univers de signes, de formes symboles, qui se déploient sur un fond orange au ton très chaud

«Phares» enthousiasmera certains qui s’esbaudiront, et il y a de quoi devant les 4 reliefs peints sur bois de 8m de haut chacun de Robert Delaunay qui ornaient l’entrée du hall des réseaux du Palais des chemins de fer (1937). Oeuvre jusque là remisée dans les réserves parisiennes du Centre Pompidou et qui ne pouvait être présentée au MNAM faute de hauteur suffisante. Alors là oui à Pompidou-Metz, il y a de la place et de la hauteur sous la Grande Nef et çà dégage, çà décoiffe, 18m, pas moins ! Une peinture immense, captivante, reprenant, stylisées, les icônes emblématiques du chemin de fer, à savoir, ses signaux, ses codes couleurs, l’horloge de gare et ses aiguilles, un univers géométrique de fantaisie mécanique et moderne où la couleur fonctionne comme dans un rêve. Ce n’est pas «La bête humaine» mais plutôt un premier matin du monde, une vision apaisée, ensoleillée et joyeuse.

Lui fait face dans un dialogue que l’on pourrait imaginer vivant la «Composition aux deux perroquets» (1935_1939) de Fernand Léger. Aragon qui le connut bien et l’admirait parlait à propos de son oeuvre de «lyrisme des jours industriels» de «joie de la vie». L’oeuvre de Léger permet de raconter le siècle. Avec cette toile, le cubisme de Léger s’est depuis longtemps atténué et désormais laisse place à une représentation adoucie du corps humain, plus sensible, les personnages restent cependant bordés par des traits noirs. Les corps sont massifs, robustes mais sont intérieurement habités par une grâce et beaucoup de douceur. L’équilibre de l’ensemble trouve son rythme, son aplomb tout à la fois par l’introduction d’éléments verticaux, des poutres qui contribuent à créer selon une bien bonne vieille règle d’or une harmonie agréable à l’oeil mais aussi par l’invention de deux perroquets qui apportent de façon tout à fait cocasse une certaine fantaisie. La corrélation de cette oeuvre avec celle des muralistes mexicains Rivera, Orozsco, Siqueiros est évidente. Les séjours que fit notamment Léger aux Usa où ils étaient en exil lui furent à n’en pas douter profitables. On peut aussi citer les liens amicaux de Léger avec Le Corbusier et son goût pour l’architecture moderne.

Bien sûr un Picasso, honneur oblige, un rideau de scène, (c’est devenu presqu’une habitude au Centre Pompidou-Metz) participe à la fête (rideau de scène pour le ballet Mercure 1924. Théâtre de la Cigale 392/501cm)

Les autres oeuvres ressortent d’une pédagogie et de courants esthétiques, de visions, d’approches très différents. On y trouvera une oeuvre de la série Tabula de Robert Hantaï (1974), une longue toile bleue formant des carrés dont le principe répétitif dérivé du minimalisme se différencie en fonction d’une observation attentive.

Certaines oeuvres peuvent décontenancer le spectateur et susciter des sarcasmes tel le fameux Infiltration homogène pour piano à queue de Joseph Beuys (1921-1986), une espèce de happening militant, Beuys a entièrement recouvert une piano de concert d’une gangue de feutre marquée d’une croix rouge pour dénoncer un scandale thérapeutique ( celui de la thalidomide) et au mur un autre habillage de feutre pend telle une mue abandonnée voulue par l’artiste.

Tout un ensemble de toiles formant un polyptique en 7 panneaux, de 230/ 390 cm, Survivants (2000), de l’artiste franco-chinois Yan Pei-Ming vivant à Dijon. Une façon de concevoir le portrait avec une grande économie de moyens et utilisant une peinture presque monochrome et une large brosse. Parmi les personnages représentés on reconnait Mao Tse Tung sur son lit de mort.

Un fantastique Frank Stella (Polombe 1994) acrylique sur toile de 335/ 965 cm, près d’une salle baignée de lumière naturelle, éblouira par la multiplicité du contenu, le travail , usant de calculs informatiques, le choc de la couleur, des fluorescences, et cet ineffable impression de relief.

La couleur éclate sur de nombreuses toiles au demeurant toutes de grande tailles, et c’est d’ailleurs peut-être là la spécificité des sélections effectuées, le Centre Pompidou-Metz devenant ainsi l’écrin des très grands formats que d’autres musées ne peuvent que très difficilement recevoir.

Deux oeuvres de peintres américains se font face: Sam Francis (1923-1994) dont on peut admirer In Lovely Blueness N°1, huile sur toile de 300/ 700cm. Ce tableau inspiré d’un poème d’Hölderlin fonctionne comme un hymne à la couleur que le peintre découvrira tout particulièrement en Provence, et ce n’est pas un hasard s’il se lie d’amitié avec le gendre même de Henri Matisse, Georges Duthuit.

Joan Mitchell 1926-1992 (La grande vallée XIV), débute à New-York portée par l’expressionnisme abstrait. Elle s’est ensuite aussi installée, comme Sam Francis, en France, et elle aime à peindre la nature suivant en quelque sorte la trace laissée par Monet dans ses Nymphéas, et en habitant ses peintures d’une émotion qui elle n’a rien d’impressionniste

La diversité du choix des oeuvres portera le visiteur à s’interroger sur la création artistique du XXème siècle et contemporaine. Il marquera un temps d’arrêt devant le dyptique de Pierre Soulages, Peinture 202/453cm, 29 juin 1979, et se perdra dans le mystère changeant du noir.

Il observera avec soin la marqueterie de formes et de volumes voulue par Louise Nevelson (1899-1988) Reflexions of a waterfall (1982), tel un meuble noir portant des ouvertures comme des moucharabieh, et d’inspiration aztèque.

Il s’amusera avec cette longue descente de toile de Claude Viallat, un des chefs de file du mouvement Supports/Surface, Orangé, formes bleu clair (1970) 1233 / 200 cm, qui reproduit de façon systémique une forme de couleur qui se répète et qui tombe du haut des cintres vers le sol comme un long oriflamme au milieu d’un riad marocain.

Avec Anish Kappoor, peintre anglo-indien (né en 1954), c’est une rencontre complice et ludique, l’oeuvre (Sans titre, 2008) bien connue au demeurant des messins fut exposée pendant l’exposition de préfiguration du Centre Pompidou-Metz. Une espèce d’oeil, en fibre de verre, résine et peinture de grand format (profondeur 150cm/ diamètre 302cm) ou l’on joue à se voir déformé et où on parle face à la chose qui renvoie le son en écho.

Certaines oeuvres surprennent, ou déconcertent d’autres s’inscrivent dores et déjà dans l’univers formel et décoratif de notre temps. Il en est ainsi de Untitled (to Donna) 5a (1971) de Dan Flavin, une structure faite de tubes fluorescents et métal, ou de l’ensemble créé par Robert Irwin (né en 1928) et formé d’une peinture acrylique sur disque en plexiglass, de 4 éclairages, diamètre du disque 137,5cm, ou encore du Monde perdu, 1959, 204/ 308cm, une des compositions de Pierre Alechinsky (né en 1927) qui réinvente là une forme de calligraphie par des tracés cursifs.

D’autres expositions à venir selon le rythme de 2 ans permettront de présenter, d’autres écoles, d’autres courants, d’autres artistes.

Est-on bien sûr au demeurant de la validité de toutes les oeuvres présentées, de tous les discours émis? C’est précisément l’objectif du Centre Pompidou, confronter les créations, l’inventivité artistique, avec la réalité du monde et la société technologique et industrielle, provoquer aussi des réactions, c’est à dire porter de l’énergie, faire des choix et donner à vivre.

Pierre-Alain Lévy


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