When family nightmares foul the present time


La chronique littéraire d’Émile COUGUT.


Voilà un titre pour le moins original, que peut bien signifier «A + 2» est en droit de se demander le chaland qui erre autour des étals de sa librairie préférée. Sans dévoiler le contenu de ce récit, je peux en dire le signifiant (que le lecteur apprendra… pas si vite que ça) : Auschwitz plus deux générations. La seconde génération est celle de Sophie Schulze, Auschwitz est non une bourgade de la campagne polonaise mais bien l’endroit symbole de la honte de l’humanité, du délire nazi où de tous lieux d’horreur, de négation de l’humanité, que tout un chacun peut mettre dans cet endroit où le non-humain a sévi.

Voilà vous avez le sens du titre du livre. Vous avez le contenu aussi. Bien sur avant d’arriver à une visite guidée de cet endroit, vous aurez suivi la narratrice à Ryad, Strasbourg, Paris, Niamey, Jérusalem pour connaître ses activités, certes intéressantes mais sans strictement aucun rapport avec l’antisémitisme abjecte (voilà une belle redondance comme si l’antisémitisme ne pouvait pas être qu’abject) des théories nazis. Vous aurez (un peu) réfléchi autour de Descartes, Kant, Marx, et bien sur Arendt et Heidegger. Et à la fin vous aurez droit à une description de la Dame à l’hermine de Léonard de Vinci.

Voilà ce que vous avez dans A + 2. Soyons honnête, le point d’orgue est la visite à Auschwitz. Le point d’orgue. Pourquoi cet endroit, tout simplement c‘est que le grand père allemand de la narratrice n’était pas un rebelle comme sa famille a voulu lui faire croire durant son enfance, mais un soldat allemand de la Wehrmacht durant la seconde guerre mondiale comme elle l’apprend un peu par hasard. Alors on comprend. Ce qu’elle a voulu décrire c’est le poids de la culpabilité deux générations après, avec la fameuse question : « est-on responsable des actes de ses ancêtres ? » « Comment faire pour réparer les horreurs qu’ils ont commises ? » Mon ami Patrick Kopp a déjà écrit sur ce sujet dans Wukali (lire article et autre critique). Je ne peux que vous inciter de le lire pour avoir une analyse bien plus fine et pertinente que celle que je pourrai avoir pour analyser ce dilemme. En plus je suis et je revendique haut et fort mes origines bordelaises. Mais je ne me sens en rien responsable de l’ignominie de mes ancêtres qui ont du plus ou moins traficoter avec la traite négrière. Autre temps autres mœurs, et c’est bien parce que je sais ce qu’est l’esclavage que je le combat totalement sans pour autant battre ma coulpe pour expier la culture de mes ancêtres.

Indéniablement Sophie Schulze a un gros problème avec son grand père. Je le comprends, en revanche, je ne comprends pas le rapport entre cette culpabilité et son travail d’enseignante à Ryad ! Je ne comprends pas pourquoi elle se sent responsable des engagements de son grand père, sans chercher à les analyser par rapport à la vie de ce dernier dans l’Allemagne d’entre guerres. Je n’ai pas compris ; perçu sa démarche pour chercher à surmonter le poids qu’elle croit que l’histoire fait peser sur elle. Peut -être que les réponses à mes questions se trouvent dans A + 2, sûrement même, mais, à titre personnel je ne les y ai pas trouvées.

Peut être qu’un autre lecteur pourra m’amener à les percevoir

Emile Cougut


A + 2

Sophie Schulze

Éditions Léo Scheer. 17€. Sortie librairie le 20 août


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