From child prodigy to internationally acclaimed fame


La chronique de Jean-Pierrre PISTER.


Le chef d’orchestre Lorin Maazel est décédé le 13 juillet dernier des suites d’une pneumonie. Il était né à Neuilly-sur-Seine en 1930 alors que son père, acteur américain, effectuait un stage de théâtre à Paris. Ses racines étaient judéo-russes et hollandaises. Enfant prodige, maîtrisant le violon dès l’âge de cinq ans, il s’initia si rapidement à la direction d’orchestre que Toscanini, lui-même, l’invita à conduire son ensemble de la NBC alors qu’il avait tout juste onze ans. Autant doué pour les mathématiques que pour la musique, il hésita entre les deux vocations jusqu’à sa rencontre avec le Maestro italien Vittorio de Sabata. Celui-ci parvint à le convaincre de s’orienter vers la direction d’orchestre.

Venu en Italie au début des années 1950 pour étudier le répertoire baroque, il est rapidement repéré par la direction artistique de la Deutsche Grammophon qui lui fait enregistrer ses premiers disques à la tête de la Philharmonie de Berlin, à partir de 1957, au tout début de l’ère Karajan. On le voit ensuite invité à Bayreuth en 1960 : il est alors le premier chef d’orchestre d’origine américaine à se produire sur la « Colline sacrée ». En 1963, il dirige les Noces de Figaro au festival de Salzbourg. Quelque temps auparavant il a fait des débuts remarqués en France, à la tête de l’Orchestre National, en dirigeant le Roméo et Juliette de Berlioz et le Requiem de Verdi. Au même moment, il fait sensation, à la tête du même orchestre, en gravant une version de référence de L’Enfant et les sortilèges de Ravel, suivi peu après par l’enregistrement de L’Heure espagnole. Sa carrière européenne et internationale est lancée. Il révèle Sibelius aux membres de l’Orchestre Philharmonique de Vienne. À partir de 1965, il se fixe dans le Berlin-Ouest du temps de la Guerre froide où il devient, implicitement, le jeune rival de Karajan. Il a pris en effet la succession du regretté Ferenc Fricsay à la direction de l’Orchestre Radio Symphonique, l’ancien orchestre RIAS créé par les Américains dès l’après-guerre. Il a également la responsabilité de l’Opéra Allemand de Berlin dans le quartier de Charlottenburg. Il succédera ensuite à Klemperer à la tête du Philharmonia de Londres, puis à George Szell à celle de l’Orchestre de Cleveland. À la fin des années 1970, il devient le conseiller musical de l’Orchestre National de France. C’est ensuite, à partir de 1982, la direction de l’Opéra de Vienne, interrompue brutalement, deux ans plus tard, à la suite de campagnes de presse et de cabales politiques, non dépourvues de relents antisémites. Il reste néanmoins en bons termes avec les Wiener Philharmoniker qu’il dirige, plusieurs années de suite, pour le fameux Concert du Nouvel an. Candidat autoproclamé à la succession de Karajan comme directeur musical de la Philharmonie de Berlin, il est cruellement mortifié lorsque que les membres de l’orchestre lui préfèrent, en 1989, Claudio Abbado. Il se replie alors sur les États-Unis pour prendre la direction de l’Orchestre de Pittsburgh où sont ses racines familiales. La fin des années 1990 le verra à Munich avec l’Orchestre de la Radio bavaroise, puis en Italie avec la jeune formation Filarmonica Toscanini. Après le tournant de l‘an 2000, il succède à Kurt Masur à la direction de l’Orchestre de New York, avant de retrouver Munich et son Philharmonique, l’ancienne formation de Celibidache.


Une carrière aussi remplie laisse perplexe l’observateur. Maazel a en effet dirigé plusieurs milliers de concerts symphoniques et de productions lyriques en plus d’une cinquantaine d’années. Il a gravé plus de 300 disques pour une multitude de labels. Il s’est essayé à la composition avec, notamment, un opéra créé à Londres, 1984, d’après l’œuvre d’Orwell. Il a continué à pratiquer le violon et on peut l’entendre jouer la fameuse Méditation dans son enregistrement intégral de Thaïs. Son immense répertoire allait de Bach à Gershwin et à la Lulu d’Alban Berg. L’artiste était doté d’une culture, d’une mémoire et d’une oreille exceptionnelles. Il était capable de démêler les partitions les plus complexes en dirigeant toujours par cœur. Cependant, une telle facilité n’allait pas sans une certaine tendance à la superficialité et à la routine. Lorin Maazel était très conscient de sa propre valeur et ses cachets, qu’il négociait lui-même, étaient parmi les plus élevés du monde musical. Une tendance à l’arrogance rendait parfois difficile ses contacts avec les formations dont il avait la charge. Ainsi, ses ruptures avec l’Orchestre National de France et avec la Philharmonie de Berlin ont défrayé la chronique. Il n’empêche que le musicien était un des plus doués de sa génération, souvent capable du meilleur. Nous gardons personnellement un fort souvenir de sa direction d’Otello de Verdi au mois d’août 1975, au festival d’Orange, avec le grand John Vickers dans le rôle-titre. En revanche, sa venue à l’Arsenal de Metz, en juin 2006, avec le Filarmonica Toscanini, dans un programme grand public assez convenu consacré à Rimski-Korsakov et Dvorak, ne nous a pas laissé d’impressions marquantes.

Jean-Pierre Pister


WUKALI 03/04/2014


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