A detective story spotted in Marseilles


Dans le genre des romans policiers, il y a des livres, qui entrent dans la catégorie des ethno-localisés, c’est-à-dire dont un des « personnages principaux » est une région ou une ville. Ces romans permettent à leur auteur de décrire l’amour, la passion qu’il porte à cet endroit et au lecteur, s’il ne le connait pas, de le découvrir. Bien sûr, la description est parfois si précise qu’il n’y a des fait que seuls les « sachants » puissent vraiment partager car ils peuvent visualiser. En revanche le « non sachant » peut avoir très vite l’impression de ne pouvoir participer à cette sorte de communion, certes sûrement très intéressante mais qu’il lui est interdit d’atteindre. Le lecteur se sent alors exclu et le contenu du roman perd de sa saveur quelques soient les autres qualités du livre qui peuvent être très grandes. Le pire, enfin la cerise sur le gâteau en quelque sorte, est atteinte quand l’auteur semble prendre du haut de sa superbe le lecteur profane que dans sa grande bonté il se charge d’instruire. Cette impression est due le plus souvent à des expressions locales qui font l’objet d’un renvoi qui se veut explicatif en bas de page. Renvois où la tentative d’humour peut être ressentie comme étant de l’’ironie condescendante.

Mais bien sûr ce que je viens d’écrire supra ne concerne que les non sachants, les pauvres ignares non-résidents dans ce lieu béni des Dieux dixit l’auteur.

Après, il est certain qu’un roman policier doit correspondre tant faire ce peut à la réalité, sinon nous passons du roman policier au roman de science-fiction. Je n’ai strictement rien contre la science-fiction, il y en a de la très bonne, surtout quand le livre est présenté comme tel. Elle est souvent mauvaise quand elle ne s’assume pas comme telle, quand elle se cache sous un autre genre comme le policier par exemple. Ainsi imaginer un préfet ordonnant une exhumation c’est une vraie scène de science-fiction tant elle est irréelle dans un pays comme la France ou dans une ville comme Marseille. Si on souhaite faire passer sa passion pour Marseille, on n’y fait pas se dérouler des événements se voulant avoir une assise légale alors que tout est imaginaire, sinon c’est de fait Marseille qui devient une ville de science-fiction, imaginaire, irréelle, une ville qui n’existe pas en dehors de l’imagination fertile de l’auteur.

Dans un roman policier, il y a aussi des personnages. Il faut qu’ils aient une certaine réalité, une profondeur aussi bien dans leur personnalité que dans leurs actions. Et à ce niveau, Joseph Ingrassia est plutôt très bon. Soit la fonction, le métier de Marcel Bourdin est plus qu’improbable, mais heureusement un auteur est en droit d’imaginer l’improbable (pas l’irréel) car quand il y a une logique dans cet improbable car servie par le réalisme, la consistance de l’action, la personnalité du héros, personne ne peut critiquer le choix de l’auteur.

Un roman policier c’est aussi et surtout une intrigue le plus souvent autour d’un crime. A ce niveau, le moins que l’on puisse reconnaitre, c’est que le mode opératoire de la criminelle est très très original, digne des meilleurs romans policiers. Dommage qu’il soit à la base d’un roman de police-fiction enrobé dans un lourd bagout marseillais.

Joseph Ingrassia a de l’imagination, sait parfaitement dessiner les personnages de ses romans, mais il est victime d’une sorte de caricature de la « tchatche » marseillaise très (trop ?) à la mode de nos jours.

S’il arrive à s’en sortir, alors ses romans seront bien plus palpitants à lire.

Emile Cougut


Vies sucrées. Les aventures médico-policières du docteur Marcel Bourdin

Joseph Ingrassia

Éditions Dolomites 16€


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