Hundred Years’ War and Edward, the Black Prince


Qui était Édouard de Woodstock, fils aîné du roi d’Angleterre Ourdoue III et de Philippa de Hainaut, Comte de Chester, Duc de Cornouailles, premier Prince de Galles, et surtout Prince d’Aquitaine de 1362 à 1371? La réponse ne sera pas la même si on est limougeoux avec la mémoire du sac de la ville de Limoges en 1370 ou bordelais, dont la ville fut à cette époque le siège d’une des cours les plus brillantes d’Europe.

Le Prince d’Aquitaine comme le montre Antoine Lebègue dans sa biographie publiée par les éditions Sud-Ouest est avant tout un prince de son époque. Héritier du trône d’Angleterre, c’est un homme de guerre du Moyen Âge, formaté par la culture de la chevalerie. L’honneur est plus qu’un concept, c’est une façon de vivre, peu importe l’issu d’un combat ce qui compte c’est la bravoure, la façon de combattre. La guerre durant toute la Guerre de Cent ans est bien loin de ce qu’elle deviendra quelque temps plus tard. Il y a peu de batailles rangées, décisives et celles-ci répondent à tout un rituel chevaleresque. La guerre se sont des « chevauchées » et celles du Prince noir sont les plus célèbres, du moins dans le sud-ouest, c’est-à-dire des colonnes, souvent trois, de soldats qui avancent en territoire ennemi en pillant, massacrant parfois, et surtout en recherchant le butin le plus important, le butin étant avant tout constitué des rançons payées par les prisonniers. La plupart du temps, ces colonnes évitaient les villes et places-fortes trop bien défendues, les sièges étaient rares. De fait, le but n’est pas de tuer, enfin pas tous les combattants ou les habitants, mais de faire le plus de prisonniers possibles qui pourront être libérés après versement de tout ou partie d’une rançon. Le but de ces chevauchées est avant tout d’épuiser économiquement l’adversaire. Le gain de territoire n’est que secondaire.

Quand Édouard de Woodstock chevauche dans le sud-ouest c’est d’abord pour reconstituer la dot qu’Aliénor d’Aquitaine a amenée lors de son mariage avec Henri Plantagenet devenu roi d’Angleterre et qui diminuait sous les assauts des Français. Il y réussit brillamment faisant montre d’un véritable génie tactique. Pour un Français du XXIème siècle, il n’est pas toujours facile de comprendre les enjeux, les liens créer par la vassalité à une époque où l’état nation n’existait pas. Le roi d’Angleterre n’était roi que dans une partie des îles anglo-normandes, pour toutes ses possessions sur le continent, il devait prêter hommage au roi de France qui n’eut de cesse durant l’Histoire de sanctionner tout manquement (souvent inventé) à ce serment de vassalité. Toute la politique des rois d’Angleterre fut de s’affranchir de ce serment. Et le problème de la succession de Charles IV, le dernier capétien « direct », le refus de reconnaître la validité de la loi salique (inventée de toute pièce par les légistes français), permirent en plus aux rois d’Angleterre de revendiquer la couronne de France.

Le Prince Noir ne participa qu’à trois grandes batailles, mais des batailles qui marquèrent l’histoire : Crécy aux côtés de son père, Poitiers durant laquelle fut fait prisonnier Jean II, et Najera avec la capture de Du Guesclin.

Un épisode de la guerre de Cent ans, la bataille de Poitiers.


Malade après la campagne d’Espagne, le Prince Noir se retira en Angleterre en 1371 pour y mourir en 1376 (cirrhose, malaria, dysenterie?) quelques mois avant son père. Son gisant est toujours visible dans la cathédrale de Canterbury.

Il aimait le luxe, dépensait sans compter, eut la faiblesse de croire en la parole de Don Pedro qui ne régla pas les dettes de la campagne d’Espagne qui le rétablit sur le trône de Castille. S’il fut très populaire à Bordeaux, les mesures fiscales qu’il fut obligé de prendre causèrent la défection des comtes du Périgord, de Comminges, d’Armagnac, d’Albret qui retournèrent dans le camp français. Quand il partit pour l’Angleterre, la plus part des gains territoriaux qu’il avait conquis avait disparu.

Le Prince Noir est une des dernières grandes figures de la Chevalerie au même titre que Jean II, mais il ne sut résister aux manœuvres de Charles V qui lui se montra être un vrai politique.

Antoine Lebègue a écrit un livre de « vulgarisation » dans le meilleur sens du terme. C’est un vrai roman, où rien n’est faux, pas une thèse savante où les hommes n’apparaissent qu’accessoirement derrière des considérations économiques, sociales, etc. Soit, on peut regretter qu’à part la tour de feu sur les rochers de Cordouan à l’embouchure de la Gironde, ou la mise en place du fouage, il est peu fait mention des réalisations qu’il fit tant en Aquitaine que dans ses fiefs anglais. Mais une belle peinture de la société de son époque est esquissée ce qui permet au lecteur de réviser ses connaissances de cette époque qui a tant marqué l’histoire de France.

Que des événements et des noms qui ravivent nos souvenirs : les rois Philippe VI, le premier des Valois, son fils Jean II, son petit fils Charles V qui rebâtit son royaume, Du Guesclin, Gaston de Foix dit Gaston Phoebus, Jean II D’armagnac, Charles le mauvais, roi de Navarre, Pierre le cruel, roi de Castille, Édouard III et son épouse Philippa de Hainaut, la bataille de Crécy, celle de Poitiers et l’importance des archers gallois contre les arbalètes françaises, le siège de Calais et ses Bourgeois menés par Eustache de Saint Pierre, et tant d’autres.

Édouard de Woodstock est passé à la postérité. Le dernier chapitre du livre d’Antoine Lebègue s’intitule « de la légende au mythe », processus qui avait déjà commencé de son vivant. Son surnom, Prince Noir, est-il du à la couleur de son armure ou à la vision française des exactions qu’il commit ? Que penser de la reproduction encore actuelle de son image aussi bien sur les boites de soldats de plomb que de chocolats ?

Les amateurs d’Histoire, et pas que ceux du sud-ouest prendront un réel plaisir à la lecture de cette biographie.

Félix Delmas


Le Prince Noir (1330-1376) et sa légende

Antoine Lebègue

Éditions Sud-Ouest. 19€


WUKALI 09/12/2014


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