In the maelstrom of an adventurous life and psychology


Un roman, l’histoire d’un soldat britannique, métis anglo-indien, rescapé maintes fois de la mort.
Lieutenant de la Royal Navy, Tom Larch doit son surnom de Trompe-la-mort suite à un reportage à la BBC relatant le « miracle » dont il a bénéficié quand il fut le seul survivant d’un hélicoptère abattu en Irak le 2 février 2004. Ce n’était pas loin de là, la première fois que la mort s’était approchée de lui : seul rescapé d’un accident de voiture, victime d’un coup de couteau à la sortie d’une boite de nuit en Belgique, une balle dans l’épaule en Sierra-Leone, sans oublier la traversée d’une verrière à treize ans et surtout l’incendie de sa maison dans lequel sa mère trouva la mort.

Tom Larch est né à New-Delhi, d’un père anglais et d’une mère hindoue, reniée par sa famille car ne s’étant pas mariée dans sa caste. A 8 ans, il quitte l’Inde pour l’Angleterre, pour vivre en Angleterre, à Greenwich plus exactement, où il découvre une autre culture, bien que vivant auprès et avec des immigrés indiens. Son enfance se passe entre un père absent, toujours en déplacement professionnel et une mère malade. Quand il découvre que son géniteur a une maîtresse, les liens entre tous les deux se rompent pour devenir inexistants à la mort de sa mère. Le jour de sa majorité, il s’engage dans l’armée et se considère orphelin. D’ailleurs des années plus tard quand son père veut le voir car devant subir une opération cardiaque délicate, il ne lui répond même pas.
Grâce au reportage le concernant, il connaît une notoriété médiatique qu’il refuse. Pour lui, il a eu de la chance, chance que ses camarades n’ont pas bénéficié. Il était un soldat, le danger, la mort font partie de l’univers des soldats et il refuse de devenir un symbole, le symbole de l’anglais « moyen », plus ou moins nationaliste qui est prêt à mourir pour les valeurs de grandeur du royaume. Quand il est radié des cadres de l’armée, il préfère prendre la direction d’une association d’aide à des adolescents en difficulté plutôt que d’autres travaux nettement plus rémunérateurs que sa notoriété lui aurait permis d’obtenir. Il refuse même une petite fortune ne voulant pas que son histoire fasse l’objet d’un film hollywoodien. Ce n’est pas un manque d’ambition qui le guide, mais une envie de vivre sa vie, de ne jamais penser au passé, d’être lui-même et non de jouer un rôle que d’autres, que la société veulent lui conférer.

La journaliste, Helen, du reportage est amoureuse de Tom (ils vont vivre ensemble et avoir une fille) à cause de l’image qu’elle a de lui, une sorte de surhomme qui survit à toutes les embûches de la vie. Elle ne peut comprendre ce manque d’ambition, elle qui sacrifie sa vie privée à son travail. En plus, elle aussi est en butte contre son père qui a quitté le foyer familial quand elle était petite. Aussi, elle ne croit pas à l’amour éternel et s’évertue à essayer de construire une théorie de l’amour basée sur un parallèle avec la dérive des continents : on se rencontre et, petit à petit, on se sépare sans espoir de revenir se ressouder. Aussi finissent-ils par se quitter.

La vie de Tom Larch connaît un vrai retournement quand un milliardaire lui demande d’aller retrouver son fils en Inde. Malcolm Reiner a bâti un empire et voyait en son fils Alex son héritier, statut que celui-ci ne voulait pas vivre, d’où la rupture entre les deux. Le parallèle entre Tom est Alex est évident, d’autant que tous les deux ont perdu leurs mères quand ils étaient jeunes, et que tous deux se sentent responsables de leurs morts. S’ensuit une sorte de quête personnelle du héros dans son pays d’enfance dont il ne partage plus la culture d’où des attitudes considérées comme « néo-colonialistes ». Bien sûr, il finira par se retrouver, par assumer son passé et même à renouer avec son père.

J’ai trouvé cette dernière partie quelque peu « faible », de temps en temps on ressent une sorte de remplissage comme si l’auteur n’arrivait pas à correctement suivre son héros et « bâclait » son histoire. Mais c’est plus une impression car, de fait, une fois le livre fermé, on sait que l’on est pas prêt de l’oublier. Et cela par une sorte de magie due à la postface qui nous apporte la clé du roman et de la véritable personnalité de Tom. De fait Jean-Michel Guenassia nous donne la grille de lecture de son ouvrage à la fin et non au début.

Son roman est une variation moderne autour d’une pensée de Montaigne  : « je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche. »

Avec une petite réserve, c’est une variation réussie.

Émile Cougut



Trompe-la-mort

Jean-Michel Guenassia

Éditions Albin Michel. 22 euros. sortie en librairie le 8 janvier 2015


WUKALI 26 /12/2014


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