The battered man syndrome


Tous les 13 jours, en France, un homme décède sous les coups de sa conjointe. Ce constat ne doit surtout pas servir d’excuse ou de je ne sais pas trop quoi face aux femmes qui meurent tous les deux jours. Soit, ce ne sont pas les mêmes proportions mais ce constat prouve que le pervers manipulateur violent n’a pas de sexe. C’est un être humain, c’est tout, et cette perversion ne connaît aucune différentiation sexuelle. Ce qui est un fait, c’est que les victimes sont en majorité des femmes car généralement les hommes ont une force physique supérieure à leurs compagnes.

Mais ce ne sont que des statistiques et de plus des statistiques de mort. Je n’en connais hélas aucunes concernant les hommes battus et encore moins des statistiques d’hommes victimes de femmes rentrant dans la catégorie des « pervers manipulateurs non violents ». Tout au plus certaines études tendent à montrer que la violence physique est majoritairement employée par les hommes, mais que les femmes savent utiliser les violences morales. Les livres d’Isabelle Nazare-Aga et de Marie-France Hirigoyen devraient se trouver en bonne place dans toutes les bibliothèques !

En faisant ce constat, j’espère que les lecteurs de Wukali ne commettront aucun contre sens concernant ma pensée, je suis loin d’être misogyne, je ne pense pas que les femmes détruisent psychiquement les hommes, seulement que c’est une arme que certaines utilisent plus facilement que la violence physique à l’inverse des hommes. Le problème devant lequel se trouve la victime (homme ou femme) et la justice face à de telles violences et qu’il n’y a aucune trace visible à l’inverse des violences physiques qui elles marquent le corps.

Dans nos sociétés, à juste titre, on essaie de trouver des solutions pour mettre fin aux violences faites aux femmes, on en parle, on fait des colloques, on fait des lois, etc. Rien ou vraiment très peu pour les hommes, comme si ce problème n’existait pas. Soit la loi est d’application générale et ne fait aucune différentiation de sexe, c’est vrai, mais les personnes chargées de les appliquer sont formées pour accueillir des femmes et non point les hommes. À ce niveau il est difficile (il suffit de connaître des professionnels se chargeant de ce problème) de ne pas faire de différentiation sexuelle. Il est certain que dans nos sociétés l’homme c’est le mâle dominateur alors que la femme est une personne fragile. Reconnaître pour un homme qu’il est victime de sa compagne, c’est avant tout une atteinte à sa virilité, et il sait au plus profond de lui-même que les autres émettront plus ou moins inconsciemment un doute à ce niveau. Notre société a du mal à reconnaître que les femmes peuvent être l’auteur de violences, et pense que l’homme victime n’est « qu’une lavette ». Ce que l’on reconnaît aux femmes, notre société tend à le nier aux hommes, alors que leur calvaire est le même pendant les faits et après quand il faut demander réparation et surtout se reconstruire.

Maxime Gaget a le courage dans son livre autobiographique de raconter son histoire, son calvaire de 17 mois dont il portera les séquelles physiques (un nez, une oreille à refaire, 100 jours d’I.T.T. ce qui est énorme quand on sait à quoi correspond les I.T.T. légales) et morales, tout le restant de sa vie. C’est un témoignage et il faut le lire comme tel. Il a été écrit à « chaud », le procès de Nadia, son bourreau, n’a pas encore eu lieu. Il décrit une série de faits, souvent insoutenables, ne porte aucun jugement, sait reconnaître les aides indirectes qu’il a eues. Il n’y a aucun affect, il ne cherche pas la compassion ou l’empathie du lecteur, il ne fait que développer des séries d’actes de violence dont certaines aboutissent aux urgences. Il essaie de montrer comment, par amour, par faiblesse, il s’est laissé enfermé en enfer, comment il n’a pas vu le cercle se refermer sur lui, comment il n’a pas saisi les moments où il aurait pu s’enfuir.

Bien sûr ce n’est pas un théoricien ou un expert, il décrit et n’amène aucune analyse d’où parfois l’incompréhension du lecteur qui face à cette violence a du mal à comprendre sa passivité, car le lecteur ne vit pas la dépendance morale dont il est aussi victime. Ma Compagne mon bourreau n’est pas un livre abordant les mécanismes de la manipulation violente, c’est l’histoire d’un homme totalement « normal » qui en est victime. Dans 10 ou 20 ans quand il aura réussi à se reconstruire, il n’écrira pas le même livre. Mais celui que les éditions Michalon viennent de publier est empreint d’une « naïveté », d’une spontanéité qui le rend vivant et touchant.

Maxime Gaget a souffert, nous devons l’entendre et prendre conscience que les auteurs des violences conjugales ne sont pas du domaine exclusif des hommes.

Pierre de Restigné


Ma Compagne mon bourreau

Maxime Gaget

Éditions Michalon. 17€


WUKALI 16/02/2015


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