Speech of the French President about the destructions of the archeological heritage happening in Irak and Syria


Le lieu est symbolique, Le Louvre, et c’est depuis les salles du Département des Antiquités orientales que François Hollande s’est exprimé, mercredi 18 mars, pour défendre devant le monde les patrimoines archéologiques proies des fanatiques iconoclastes, menacés aujourd’hui en Irak et en Syrie, et «valeurs essentielles de l’humanité». Entouré de la directrice générale de l’Unesco Madame Irina Bokova, de la ministre de la culture et de la communication Fleur Pellerin, du Président du Louvre, des Conservateurs et scientifiques ainsi que de nombreuses personnalités, le Président de la République a prononcé un discours dont nous reproduisons intégralement la teneur (vidéo et texte intégral).

P-A L


Discours au département des antiquités… par elysee

Discours de François Hollande

Madame la Ministre ;

Monsieur le Ministre ;

Monsieur le Député ;

Messieurs les Ambassadeurs ;

Madame la Directrice générale de l’UNESCO ;

Monsieur le Président de l’Etablissement du Louvre ;

Mesdames et Messieurs ;

Au moment où je m’exprime ici, dans ce musée du Louvre, dans un autre musée à Tunis, une attaque terroriste vient de se produire. Elle aurait fait de nombreux morts et plusieurs blessés. J’ai immédiatement appelé le président tunisien pour lui exprimer notre solidarité et notre soutien dans cette épreuve.

Chaque fois qu’un crime terroriste est commis, où que ce soit, nous sommes tous concernés. Nous le sommes quand il s’agit de vies humaines, effroyablement broyées par la machine terroriste. Nous avons eu ces événements douloureux en France au mois de janvier. C’est vrai aujourd’hui à Tunis, comme ça l’a été à Copenhague. Nous sommes tous concernés.

Nous sommes également concernés – et c’est le sens de cette visite ici, dans ce lieu de culture, dans ce lieu d’histoire, dans ce lieu de mémoire – lorsque des œuvres, qui sont le patrimoine de l’humanité, qui sont aussi l’histoire de l’Irak, de la Syrie, sont détruites par les mêmes fanatiques, les mêmes terroristes qui s’attaquent à l’histoire comme ils s’attaquent aux personnes. C’est le même dessein, c’est la même volonté : briser, casser, diviser, rompre, éradiquer tout ce qui a pu exister avant, pour éradiquer tout ce qui est valeurs essentielles de l’humanité.

Je voulais venir ici, parce que c’est une douleur que nous ressentons tous et encore davantage les professeurs, les chercheurs, les historiens, quand des éléments de notre patrimoine commun viennent à être dévastés. Je rappelle ce qu’a été l’histoire de l’archéologie française, parce que c’est grâce à elle que ces antiquités assyriennes ont été présentées pour la première fois, c’est-à-dire d’abord exhumées, découvertes. Et je veux ici, citer Paul-Émile Botta qui fut effectivement le premier à intervenir sur le site de Khorsabad au milieu du XIXe siècle et qui a permis d’accueillir ici, au Louvre, ces pièces que nous admirons.

Et puis, tout au long des décennies qui se sont écoulées, les archéologues français ont continué leur travail avec d’autres – avec les Syriens, avec les Irakiens, avec les plus grands scientifiques – pour continuer à mettre à jour ce qui fait la richesse de ces peuples et la richesse de l’humanité. Je veux saluer ce que fait l’UNESCO pour permettre la poursuite de ces travaux. Et avec Madame la directrice générale, nous sommes présents lorsqu’il y a une fierté commune à voir ce que notre patrimoine recèle de merveilles. Mais aussi, nous sommes ensemble lorsqu’il y a de la tristesse et du chagrin à partager, quand nous constatons ce que le terrorisme peut faire ou, plus exactement, peut défaire.

Nous étions ensemble à Tombouctou. Je me souviens de cette visite car elle était à la fois joyeuse et sombre. Joyeuse quand je constatais ces foules qui se rassemblaient pour nous dire combien elles retrouvaient la liberté et, en même temps, triste de constater que des documents, des manuscrits avaient été détruits, brûlés et que des statues, déjà des statues, avaient été entièrement saccagées.

Et puis, nous sommes ici, et nous constatons que nous devons tout faire pour préserver les trésors. Tout faire ! Et que nous devons faire en sorte, malgré les épreuves que connaissent l’Irak et la Syrie, de pouvoir agir. Comment agir ? Il y a ce qui relève de l’action, de l’action diplomatique – la France est en première ligne –, de l’action de force – la France prend ses responsabilités, notamment en Irak. Il y a ce qui relève de la solidarité à l’égard notamment, des forces démocratiques en Syrie. Et puis il y a ce que nous pouvons faire aussi, pour la sauvegarde du patrimoine et de la culture.

Depuis le 1er mars, le musée national irakien a rouvert à Bagdad comme pour bien montrer aussi la réponse qu’il convenait d’apporter au terrorisme. Je veux saluer cette renaissance et le Louvre lui-même, Monsieur le président, organisera à Lens à l’automne 2016 une grande exposition consacrée à la Mésopotamie, en étroite collaboration avec le musée national d’Irak. Parce que nous devons aussi être présents et montrer aussi à ces populations qui souffrent la fierté qui doit être la leur de leur belle histoire, de leur grande histoire.

J’ai également demandé au président du Louvre d’envoyer prochainement à Bagdad une mission d’expertise pour évaluer les moyens nécessaires à la préservation des trésors de ce pays. Les conclusions de cette mission serviront à identifier de nouveaux axes de coopération entre la France et l’Irak. Les archives des fouilles archéologiques françaises seront numérisées et mises à disposition de l’Irak, parce que la numérisation est aussi un moyen de diffuser les œuvres et de permettre la transmission des savoirs à destination des scientifiques comme du grand public.

Nous voudrions aussi que les jeunes archéologues – il y en a ici et je veux les saluer – puissent poursuivre leur travail en étroite coopération avec les universités françaises, l’Institut français du Proche-Orient et l’université d’Erbil. La France, ainsi, accueillera des doctorants irakiens qui viendront compléter leur cursus et leurs travaux de recherche et nous veillerons à intensifier les aides à la publication conjointe de ces travaux archéologiques.

Je veux souligner qu’il y a aujourd’hui, dans les conditions que chacun connaît, six missions archéologiques que la France continue de financer en Irak, dans le Kurdistan irakien, parce que nous devons, malgré le terrorisme, malgré les risques de la guerre, malgré les pressions, malgré les destructions, continuer, continuer à vivre donc continuer à chercher, continuer à révéler ce que l’histoire a pu produire et ce que l’avenir peut encore continuer à nous faire espérer.

Nous devons continuer, continuer à donner confiance parce que si des œuvres peuvent être détruites, si des hommes et des femmes, peuvent être assassinés, rien ne pourra empêcher le droit, la démocratie, la culture de gagner, car au bout de la lutte, il y a toujours la lumière. Et la lumière vient des démocraties, la lumière vient des libertés, la lumière vient des hommes et des femmes qui sont épris de culture. Et c’est pourquoi cette victoire est inscrite.

Il y a effectivement de la douleur aujourd’hui. Je pense aux victimes du musée du Bardo. Je pense à ces hommes et à ces femmes, lâchement assassinées. Je pense à ces touristes qui venaient pour admirer la Tunisie et ce qu’elle peut offrir comme éléments de patrimoine. Je pense aux Tunisiens qui accueillent déjà beaucoup de réfugiés venant de Libye et qui ont réussi une transition démocratique exceptionnelle, pays du printemps arabe.

Oui, la France doit être solidaire, solidaire de tous les peuples frappés par le terrorisme, solidaire aussi de tous les peuples qui veulent leur liberté. Et pour mieux affirmer cette solidarité, nous voulions ici, dans ce lieu de culture, dire que la France utilisera tous les moyens pour que la culture puisse continuer à être regardée comme une fierté pour l’humanité et comme une liberté pour les créateurs. Merci.


Mise en page par WUKALI


WUKALI 21/03/2005


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