When Leonardo da Vinci draws ahead of his master Verrochio

Le premier sujet de notre nouvel article sur les peintures de Léonard de Vinci Le Baptême du Christ est un tableau auquel tous les membres de l’atelier de Verrocchio, inclus Léonard de Vinci et Andrea Del Verrocchio lui-même, ont mis la main. Réalisé entre 1472-1475 il est aujourd’hui exposé à la Galerie des Offices

à Florence. Léonard a alors 23 ans, et depuis l’âge de 15 ans travaille dans l’atelier de Verrochio. Il s’agit d’une huile sur bois, elle mesure 177cm x 151cm. Cet usage de la peinture à l’huile plutôt que la tempera ( peinture utilisant l’oeuf comme liant) souvent utilisée jusque là à Florence a été notamment introduit en Italie par les marchands et les artistes flamands.

Nous savons par des écrits d’époque que l’ange au premier plan est de Léonard. Le 19ème siècle a découvert que le paysage au-dessus de la créature céleste avec le fleuve qui descend des montagnes vers la mer en se perdant dans la lumière cosmique du fond, invention lyrique personnelle, est aussi de lui.

L’histoire raconte que Verrochio après avoir vu la prouesse de Léonard et impressionné par son travail, fit le serment de ne plus reprendre ses pinceaux. L’élève avait dépassé le maître.

Le modelé de cet ange construit suivant des mouvements multiples vus d’angles variés frappa tous les artistes florentins et marqua la naissance, et donc la reconnaissance, de Léonard peintre.|left>

La rotation donnée par notre génie à son personnage est une prouesse technique avec son mouvement tournant s’amorçant de dos et venant s’achever dans le cou où se voient les petites  rides habituelles. Le regard est volontaire, concentré, réaliste avec ses pupilles claires orientées vers le Christ. Le front est haut, le nez droit, la bouche aux lèvres roses est sensuelle. Cet ange au visage féminin, ambigu, est aux antipodes de celui du second, encore gamin, tel ceux des enfants rencontrés dans les rues de Florence.

Les boucles des cheveux du messager de Dieu, pas encore arrêté dans le mouvement, se dispersent au vent, occupant l’espace et accentuant l’effet de profondeur. L’opposition avec l’autre ange est manifeste : il est si bien coiffé !

Les couleurs qui composent le personnage de Léonard, bleus comme verts ou bruns, sont plus lumineuses, plus transparentes.

Intéressons- nous au paysage : cette fusion d’éléments naturels solides et liquides en une tempête de déluge final est digne de Turner. C’est dire à quel point ce style de peinture est inconnu à l’époque. Une réelle émotion étreint le spectateur qui comprend que ce paysage exprime aussi le ressenti de l’artiste en cette période de sa vie. L’élément liquide bouillonne, déborde des rochers. La rivière s’écoule vers le fond du tableau où une mer verdâtre apparaît, là ou la clarté lumineuse devient insoutenable, attirant irrésistiblement le regard du spectateur. Formes et matières sont ductiles, éliminées par une lumière surnaturelle où se crée le miracle de l’esprit. Une différence de nature et non d’intensité sépare Léonard des autres peintres de son temps. C’est bien ainsi que son époque l’a interprétée.

Ce qui caractérise les œuvres du Vinci élaborées dans l’atelier de Verrocchio, et en fait leur particularité, c’est leur immatérialité : des personnages flottent dans l’air en quasi- lévitation, les draperies sont animées par un vent céleste   accentuant ce mouvement continu dans l’espace. Tout cela fait qu’il est aisé de reconnaître le travail de Léonard dans les peintures réalisées en collaboration.

Dans cette œuvre de jeunesse se voient déjà l’intensité lumineuse, le mouvement tournant dans l’espace, la profondeur des volumes devenant densité volumétrique, le souffle animant les draperies. Autant d’éléments typiques que l’on retrouvera tout au long de sa carrière.


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L’Annonciation

Reviennent à Léonard l’Ange agenouillé, le paysage fuyant à l’infini, le tapis de verdure s’arrêtant devant le pupitre. A Lorenzo di Credi (autre élève de Verrochio) le reste. La dominante colorée se situe dans les verts, mais la robe de l’Ange est rouge.

Le paysage va d’un port avec phare et jetée où des bateaux accostent vers des montagnes grandioses, éléments primordiaux de la nature. Les grands pins allongés sont des arbres que l’on rencontre partout en Toscane, encore aujourd’hui. L’eau est omniprésente dans le fond de paysage. D’un côté le port avec des bateaux, de l’autre une rivière rejoint la mer au lointain.

Le tapis de verdure a une épaisseur et une consistance qui lui donnent sa réalité. Les petites fleurs et les herbes y apparaissent vivantes. Une route serpente de l’arrière de la balustrade jusqu’au port. C’est la seule fois dans l’œuvre du Vinci où la présence humaine est aussi manifeste dans un paysage.|left>

Le morceau le plus élevé de la composition, c’est l’Ange agenouillé, être parfait au visage ambigu. Ses mains « parlent » par l’angle formé entre elles, les drapés sont animés par un vent irrationnel. La densité volumétrique est bien nette.

La créature céleste est bien différente de la Vierge à l’aspect matériel des bons élèves de l’atelier de Verrocchio, comme ici Lorenzo di Credi.

 Détail caractéristique : avec l’Ange la lumière se réfracte sur les draperies, modèle les couleurs. Elle passe au-travers de Marie sans laisser la moindre trace. L’opposition avec la mère du Christ est flagrante : l’Ange vient de s’arrêter au sol, sa jambe droite encore en arrière créant un effet de profondeur, accentuant la perspective.|right>

Le jeu des mains devient dialogue : l’une explique, respecte, bénit. L’autre tenant la fleur de lys ( symbole de pureté et de chasteté) s’incline doucement formant un angle avec la première, démonstration d’efficacité dans la découverte du miracle, soulignant la divinité de la Vierge, l’aspect visuel et tactile des formes et des couleurs où des transparences apparaissent.

Observons Marie. Elle est vue d’une pièce, à trente degrés. Elle pose, ni plus ni moins : même en tenant compte des repeints, les mains maniérées aux doigts ampoulés n’ont pas d’unité interne, les proportions sont irréalistes, formelles. Lorenzo a dû utiliser l’artifice de l’angle d’architecture pour donner l’illusion de la profondeur. Ce qui est adroit mais lourd, démonstratif, bien loin de l’immatérialité léonardienne qui esquisse pour suggérer. Le corps de Marie est statique, immobile. Celui de l’Ange est dynamique, vivant. Les ailes rallongées sont un repeint tardif.

L’utilisation d’une architecture en fond de tableau cachant l’espace dimensionnel est impensable chez Léonard. Cela n’existe pas dans son œuvre avérée.

Tableau lumineux d’une grande élévation spirituelle, très harmonieux. Pour la partie revenant à notre peintre d’une fascination inexplicable chez un autre.

Cette « idylle religieuse » est présentée à la lumière du matin dans une matière souple et dense.

Miracle de la découverte du monde et de la vie, c’est le sujet idéal pour un début de carrière. Cette composition de grande taille vise à l’universel mais ne l’atteint pas encore : il faudra du temps à Léonard pour acquérir une parfaite maîtrise de son métier mais il promet déjà.

Jacques Tcharny


Prochain article: La Vierge à l’Enfant avec Sainte Anne (Louvre) et La Vierge aux rochers ( version 2. Londres)


WUKALI 05/05/2015

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