The flaming loves of Frida Kahlo in Mexico with Rivera, Trotsky, an artistic and politic context, a superb novel and love story


On connaît bien Gérard de Cortanze, écrivain prolifique de talent qui s’est vu décerné le Prix Renaudot en 2002 pour son roman Assam. Ceux qui ont eu la chance d’aller admirer l’exposition à Paris en 2013 « Frida, Diego, l’art en fusion » savent que c’est lui qui fut l’un des rédacteurs du catalogue.

Gérard de Cortanze a déjà commis quelques livres sur l’extraordinaire, inclassable Frida Kahlo. Cette femme peintre mexicaine a eu une vie sortant totalement de l’ordinaire : fille d’un émigré allemand et d’une mère mexicaine elle née en 1907 dans la maison familiale la « Casa azul  » dans le quartier de Coyoacan, banlieue de Mexico regroupant la moyenne bourgeoisie. Atteinte de poliomyélite dans son enfance, elle a vécu avec une atrophie de la jambe droite. A 18ans, elle est victime d’un terrible accident de tramway dont elle aura toute sa vie de terribles séquelles : elle ne peut avoir d’enfants, elle porte des corsets en plâtre, en acier, se fait opérer un nombre incalculable de fois des pieds, de la colonne vertébrale, et même à la fin de sa vie, ne peut plus que se déplacer en fauteuil roulant et subit l’amputation de sa jambe droite atteinte de la gangrène. Elle décède dans sa maison natale en 1954 officiellement d’embolie pulmonaire mais plus vraisemblablement elle s’est suicidée. Ayant trop souffert dans la position allongée durant sa vie, elle a voulu être incinérée, et ses cendres (sauf celles que Diego a mangées) se trouvent dans une urne représentant son visage sur son lit à baldaquin dans la Casa azul devenue musée Frida Kahlo.


L’œuvre de Frida Kahlo est immense, très marquée par sa culture mexicaine et surtout par les souffrances qu’elle ressentait à cause de ses problèmes de santé. Ne disait elle pas : « si un créateur avait besoin d’être heureux pour créer, cela se saurait. » André Breton fut impressionné par son œuvre et voyait en elle «La» peintre surréaliste. Frida, bien que proche du mouvement surréaliste a toujours refusé d’en faire partie, ne voulant être qu’elle-même et non rattachée à un quelconque courant. En plus, elle n’appréciait pas Breton et son voyage à Paris en 1939 où elle rencontra les surréalistes lui laissa plus une impression de dégoût, de rejet que d’adhésion ! Elle a toujours dit qu’elle ne peignait pas ses rêves mais sa réalité.

Entrée jeune au parti communiste mexicain, elle rencontre un militant et surtout un des plus grand peintre mexicain, Diego Rivera, célèbre pour ses immenses fresques murales. Malgré une différence d’âge de 21 ans, ils se marient. Tout deux formeront une sorte de couple fusionnel avec énormément de haine, de jalousie car, le moins que l’on puisse dire, c’est que chacun de leur côté trompe allègrement son conjoint, lui avec toutes les femmes qu’il rencontre dont Cristina la sœur de Frida ou l’actrice Paulette Godard, elle avec des hommes et des femmes dont Jacqueline Lamba, épouse d’André Breton, et surtout Trotski. Ils divorcent en 1938, mais se remarient l’année d’après et continueront de se déchirer ne pouvant se passer l’un de l’autre.

Dans «Les amants de Coyoacan», Gérard de Cortanze nous amène en 1937, quand Léon Trotski et sa compagne Natalia bénéficient de l’asile politique au Mexique. Invités par Frida et Diego, ils s’installent dans la Casa azul qu’ils ne quitteront que quand les relations avec Diego dégénèrent. Il faut dire que Trotski a une liaison torride, profonde, dévorante mais courte, avec Frida. Cette rencontre entre le révolutionnaire déchu et Frida va transformer la vie de cette dernière qui reconnaîtra que grâce à « Barbichette » elle a vécu sa période la plus féconde au niveau de son art.

Dans ce roman flamboyant, chaud comme le couleurs des tableaux de Frida, du Mexique, on voit un Trotski en quelque sorte humain, ce n’est plus le chef de l’Armée rouge mais un passionné des cactus rares qui s’occupe de ses poules et de ses lapins, un homme qui souffre à la mort de ses enfants, un homme maladroit, véritable adolescent boutonneux pris dans sa passion pour Frida, mais aussi un homme qui a conscience que Staline fera tout pour l’éliminer physiquement et qui vit au quotidien avec l’idée de sa mort inéluctable. On connaît l’histoire, un coup de piolet dans le crâne, mais on connaît moins les moyens pris par son assassin pour arriver à ses fins et ses liens avec Frida. Lisez Les amants de Coyoacan, et vous comprendrez. Bien sûr, il y a en toile de fond les problèmes politiques du Mexique de cette époque, la lutte entre les staliniens et les trotskistes, la IV internationale, mais n’attendez surtout pas de lire un essai politique. Les amants de Coyoacan nous décrit une histoire d’amour, une passion aussi torride que le climat d’Amérique centrale de laquelle se détache la personnalité de Frida Kahlo qui fascine tant Gérard de Cortanze.

Et cette fascination, il sait parfaitement la transmettre au lecteur qui, une fois le livre lu ne pense qu’à une chose, se plonger dans l’œuvre de cette immense peintre.

Émile Cougut



Les amants de Coyoacan

Gérard de Cortanze

Éditions Albin Michel. 20€90


WUKALI

05/05/2015

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