Can we tell you we did and deeply love this actress and her performance on stage


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Elle s’est taillée les veines, scarifiée, saoulée. Elle a vomis sur scène, elle s’est fait mal sur scène et c’est ce que tout le monde attendait d’elle. Mardi 10 novembre, pour la première parisienne de Primera carta de San Pablo a los Corintios à l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris, Angelica Liddell s’est présentée plus apaisée, plus théâtrale, moins performeuse, plus performante. Après quelques huées lors de la première de You are my Destiny à l’Odéon en 2014 elle renoue avec ce qu’elle avait laissé dans Todo el cielo sobre la tierra. Une profonde noirceur de l’humanité, son rapport à la soumission de la femme à Dieu, à l’homme et son « je » intime, trop intime parfois, qui, entre réflexion faussement naïve et fulgurance de l’esprit a quelque chose de l’ordre de la maïeutique.

La promesse tacite de la performance entre l’artiste et le public n’est pas tout a fait tenue ici, mais c’est justement en allant là où on ne l’attendait plus, dans le silence, dans l’immobilité, dans l’apaisement, qu’elle entretient ce statut de performeuse. Faut-il qu’elle ait confiance en la force de son texte et en son jeu pour s’adresser au public près d’une heure au centre de la scène immobile, les mains dans les poches sans aucune autre action parasite qu’une pause cigarette ? Faut-il qu’elle ait confiance en son esthétique pour radicaliser son travail dramaturgique au point de refuser la création de tout lien trop évident entre les différents médiums qu’elle utilise pour traiter de la soumission ? Parfois le travail le plus dur est de défaire les évidences pour laisser le soin au public de les recréer.

« Mais ce qui m’aide à vivre, c’est justement l’idée du châtiment. Et de le mériter. »

L’exercice périlleux de la critique

Ils sont nombreux ceux qui n’ont pas aimé le spectacle, voir qui l’ont détesté. Mais comme toujours avec Angelica Liddell, passer outre la subjectivité d’un ressenti est difficile, plus difficile qu’avec d’autres metteurs en scène. Ainsi on peut lire de nombreux articles qui ne font que paraphraser le spectacle en assignant entre deux phrases quelques adjectifs de valeurs. Nous ne ferons pas mieux ici et nous exprimerons en quelques lignes toute notre subjectivité, car oui : quelle jouissance d’écouter Blondie chanter Call Me dans la salle à l’italienne et n’avoir d’autre choix que de prêter attention aux paroles, cri de détresse d’une femme à l’être aimé le priant de l’appeler pendant que nous contemplons la Vénus d’Urbino extraite du tableau de Titien, quel choc d’écouter la Lettre de la reine du calvaire au grand amant écrite et interprétée par la metteure en scène, seule en scène sans artifice. Quelle souffrance face à cette jeune femme dont les cheveux sont coupés. Quelle extase face à ce christ doré qu’on dirait tout juste décroché des poutres de son crucifix dont Liddell s’est fait un sex toy étant petite. Quel choc lorsque le réel intervient sur scène, once performative résistant au virage esthétique que prend Liddell. Quelle ravissement face à ces tableaux de nymphes tondues. Voyez comme il est difficile d’être objectif lorsqu’on provoque chez les spectateurs tant de réactions. Parce qu’il faut bien lui reconnaître une chose, personne dans la salle n’est resté indifférent à cette folle/génie/imposteur (libre à vous de rayer les mentions inutiles). N’est ce pas là un point important du théâtre que touche Liddell ? Provoquer. Provoquer des émotions, des réactions, de l’exaspération, de la colère, du dégout, de la haine, de la fascination, de l’admiration, de l’amour, de la joie, de la jouissance.

Ronan Ynard


WUKALI 20/11/2015

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