The orthography of French. A useless and non-sense reform


La réforme de l’orthographe, la question de l’écriture du français, querelle picrocholine ou nécessité indispensable ? C’était voilà près de 26 ans, le 19 juin 1990, que M. Maurice Druon, Secrétaire perpétuel de l’Académie française

, présentait en séance solennelle où assistait le Premier ministre de l’époque Michel Rocard, François Mitterand étant Président de la République, un rapport devant le Conseil supérieur de la langue française, «pour formuler des propositions claires et précises sur l’ orthographe du français».

Nous n’avions manifestement pas là réunis des thuriféraires de la révolution, des anarchistes soucieux de sabrer dans notre territoire langagier, des apostats du beau langage. Les uns et les autres, quelles que fussent leurs différences partisanes, une Académie plutôt conservatrice, et un gouvernement socialiste dont le président est un amoureux de littérature et le ministre de la culture, Jack Lang (encore et toujours), un amoureux du théâtre et un fervent défenseur des écrivains, étaient des hommes de bonne volonté, respecteux et soucieux de notre trésor culturel, la langue française.

C’est une information parue voici quelques jours sur TF1 qui a mis le feu aux poudres et flambe sur Facebook. En effet le décret d’application de cette réforme est parue au journal officiel et il est demandé aux enseignants de l’appliquer.

On ne pourra qu’être ahuri de découvrir ce laps de temps impensable entre ce projet et cette prise de décision et son application? Faut-il que d’innombrables comités Théodule aient interféré depuis lors ?

«Ma patrie c’est la langue française», c’est sous cette formule reprise d’un ancien qu’Albert Camus ouvrait son discours de réception dans le célèbre Institut du quai Conti, et cette même formulation fut plus tard reprise par Jean-Marie Le Clézio . Cioran dit à peu près la même chose: «On n’habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c’est cela et rien d’autre.»

Claude Hagège, linguiste qui fait autorité, et dont les livres se vendent comme des petits pains chauds tout juste sortis du four, n’a de cesse, et il a raison, de dénoncer l’apathie et le désintérêt des Français sur leur langue, tandis que tous nos amis francophones, du Québec en passant par la Belgique, l’Afrique et moult autres pays du monde voient notre langue avec envie, rempart contre un sabir anglo-américain fier de lui et dominateur, ou des politiques populistes largement conservatrices et réactionnaires qui les briment ( le Vlaams Belang en Belgique)

Je me garderai d’évoquer ces monstruosités qui fleurissent en langage SMS et qui devient l’alpha et l’omega des adolescents rétifs à l’enseignement du français. Ce phénomème réducteur ou« t’inquiète» se notifie« tkt», n’est au demeurant pas réductible à notre seule langue mais sévit aussi en anglais, ce qui en rien n’est plus rassurant !

À lire de près le discours de Maurice Druon, le projet de réforme mis en place après la consultation de maints grammairiens, linguistes et autres comités experts et après consultations de nos partenaires francophones, n’a rien de dramatique ni de bouleversant. D’ailleurs l’épée de parade de nos académiciens brille par son éclat et son raffinement et nullement du sang d’adversaires terrassés au combat !

J’avoue que la liste de mots sujets à réforme me semble profondément ridicule je continuerai à écrire« nénuphar» ou «oignon» de la manière que j’ai apprise. Cette modification de l’orthographe est une facilité donnée aux cancres, une petite lâcheté intellectuelle. Par ailleurs son inscription dans le calendrier politique actuelle constitue une erreur, on a tant de sujets bien plus importants à réformer et une polémique de plus n’est guère bénéfique pour la cohésion sociale dont on parle tant ! Si l’on fait preuve de curiosité pour les langues comparées, l’anglais pour ne pas le citer, des spécificités de prononciation existent tout autant, ainsi le mot pluriel women se prononce [ˈwɪm.ɪ̞n] , c ‘est à dire avec une phonie «wi» pour la première syllabe et non point «wou» comme au singulier du mot woman [ˈwʊm.ən]. Les exemples abondent, inutile de développer. Je ne sache pas, mais peut-être me trompé-je, une envie des spécialistes d’Oxford de vouloir, à l’instar de leurs collègues français, bouleverser ainsi leur langue ! Quant à l’espagnol c’est encore plus simple car il s’écrit phonétiquement, ainsi «téléphone» s’écrit-il «téléfono»! Mais voilà notre langue a son propre génie et possède sa propre mesure !

La réforme de l’orthographe n’est en aucun cas la question fondamentale. En revanche la question cruciale, essentielle et primordiale c’est l’apprentissage de la lecture. Apprendre à écrire, à lire, à structurer sa pensée, à communiquer, stimuler ainsi sa curiosité et au demeurant s’ouvrir sur le monde.

C’est d’ailleurs un des paradoxes, au moment où l’étendue de la connaissance et des savoirs explose et ce de façon exponentielle, un nombre toujours plus grand hélas d’individus ( et bien entendu les scolaires) lisent de moins en moins, préférant au livre l’utilisation de l’ordinateur ou de la liseuse. Alors que précisément cet outil fabuleux que représente l’usage internet permettrait de posséder un savoir encyclopédique, et devrait conduire à plus de curiosité sur le monde environnant, l’on constate l’inverse ce qui est un comble ! On n’a jamais autant publié de livres en France et pourtant le nombre des lecteurs est en baisse !

Nos réformateurs, peut-être animés d’un sain souci et hélas allant dans le sens du poil, cassent le thermomètre plutôt que de soigner la maladie !

Ils devraient davantage s’intéresser aux neurosciences et tout particulièrement à la question de l’acquisition du langage. Il serait intéressant à cet égard d’envisager un comparatif entre les systèmes culturels et d’éducation au Japon ou en Chine et en France. D’un côté l’on a à faire à Tokyo ou à Pékin à un système d’écriture par idéogrammes tandis qu’en Occident l’écriture s’établit autours de lettres, de syllabes et de phonèmes, il suffit pour cela d’apprendre l’alphabet et l’articulation des lettres en elles, voyelles et syllabes, pour a minima être capable de reproduire un son. C’est loin, très loin d’être le cas pour le chinois ou le japonais, car il convient prioritairement d’apprendre par coeur et quasiment tout au long de sa vie des graphies ( idéogrammes) qui fusionnées les unes aux autres créent des concepts, des mots. Pour ce résultat et c’est précisément le point que je veux souligner, l’enfant chinois ou japonais doit écrire des centaines de fois un idéogramme pour en comprendre le sens mais d’abord et surtout pour le mémoriser. C’est un travail très dur, difficile et exigeant, une espèce de formatage du cerveau ( comme tous les apprentissages au demeurant)! C’est aussi une fatigue supplémentaire, le cerveau tel un muscle fournissant une activité. Sans extrapoler de beaucoup, ces «fourmis» asiatiques, comme les appelaient naguère des commentateurs occidentaux méprisants, possèdent une capacité de travail impressionnante et ont bouleversé le monde. De manière tangente l’on peut aussi dire que l’idée même du travail dans le monde sino-japonais est consubstantielle à l’individu, de l’autre dans le monde latin en particulier on rappelle que l’étymologie du mot vient d’une vieille torture ! Vérité d’un côté des Pyrénées…

En outre, cet apprentissage astreignant de l’expression écrite a cours dans des sociétés largement confucianistes ou de cultures telles indépendamment des fluctuations politiques, où la tradition se nourrit du respect du aux maîtres, de la notion de travail et du respect aussi du aux ancêtres. Notre tradition occidentale, fondée sur le respect du à l’écrit ( ne parle-t-on pas de «la religion du Livre» pour la religion juive et de ses épigones spirituels ultérieurs), c’est un riche patrimoine enrichi et fécondé autour des siècles et notamment autour de l’idée de la liberté de l’individu, c’est une mise en abyme des philosophies riches de confrontations intellectuelles permanentes, demeure quelles qu’en soient les critiques démagogues (Michel Onfray récemment ) la base même de l’évolution humaniste du monde.

Une étude publiée en mai 2015 par Microsoft Canada a révélé que la capacité d’attention des jeunes Canadiens avait régressé et se plaçait derrière celle du poisson ( 7 secondes)! L’usage immodéré et mal conditionné de l’internet a des effets pernicieux !

Nous sommes ici au coeur du débat et cette réforme de l’orthographe est une ineptie ! Il ne s’agit en effet pas de «moderniser» la langue française, et je ne débattrais pas autour du mot« moderne», Roland Barthes comme Alain Finkielkraut ont écrit de très belles pages là dessus. Il s’agit avant tout de redonner une énergie, une vivacité, une capacité de curiosité, un« faire-société», une volonté de se prendre en charge et d’aller de l’avant. Au coeur de ce débat c’est de la démocratie même et de la liberté dont il s’agit !

J’entends déjà les cris d’orfraie de la bêtise faite partisane qui verraient derrière de tels propos de ma part une attitude réactionnaire. Je les laisse à leurs responsabilités, on se rappelle vers quels errements a conduit la chasse aux «mandarins» pendant la Révolution culturelle de la Chine de Mao !

Plus que jamais il faut réhabiliter la lecture, tout procède de là et tous les moyens qui seront mis en oeuvre seront bons, c’est aussi une urgence nationale qui impacte toute notre société et l’avenir de notre pays.

Pierre-Alain Lévy


WUKALI 10/02/2016
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